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Livres pour ados : deux histoires de sorcières et de différences

Déborah Danblon nous revient avec ses bons conseils lecture ! Et avec aujourd'hui cette question : qui sont vraiment les sorcières et les sorciers ? 

Déborah Danblon nous présente deux livres pour la jeunesse, mais aussi pour les adultes, qui parlent de sorcières. Pas dans le sens des sorcières qui ont des pouvoirs magiques, mais plutôt dans le sens de mise au ban, parce que différentes.

Mais pourquoi différentes ? Est-ce la différence qui génère les pouvoirs ? Les femmes sont-elles plus mises au ban que les hommes ?

"Ces questions se posent dans ces livres comme dans l'histoire du monde, encore de nos jours."
 

Violante

Violante, c'est un livre de Maryline Desbiolles, très joliment illustré par Laurie Lecou, paru aux Éditions École des Loisirs.

Pourquoi Violante avec un a ? On comprend à la fin du roman ce que veut dire ce 'Violante', et qu'il y a plus derrière ce mot que simplement le sens de 'violente'.

Violante est une nouvelle élève. Son prénom déjà pose problème : on n'entend pas le a quand il est prononcé. Elle a une tignasse noire ébouriffée qui lui cache le visage. On va très vite découvrir qu'elle a une tache de naissance sur la joue. Une 'envie', peut-être parce que sa mère a eu envie de quelque chose pendant qu'elle l'attendait.

Violante porte ce poids et est à la hauteur de la consonance de son nom : elle n'est pas ouverte aux autres. 

"Et se pose pour nous, lecteurs et lectrices, la question de : qu'est-ce qui génère quoi ? Est-ce qu'elle est comme ça parce qu'elle est désagréable ? Ou est-ce parce qu'on est désagréable avec elle qu'elle est comme ça ?" interroge Déborah Danblon.

Arrive une autre nouvelle élève dans la clase, qui va devenir son amie. On a ainsi le point de vue d'une autre jeune fille sur Violante. Elle raconte qu'en choisissant de devenir son amie, elle se met aussi au ban de la classe.

"Et ça aussi, c'est une réflexion sociale. Quand on pactise, quand on se rapproche des démons, des sorcières, des diables, tout de suite on est amalgamé. On n'est pas celui qui fait le pont, on n'est pas celui qui tend la main, on n'est pas celui qui crée un tout, un lieu, une amitié. Non, on est celui qu'on va stigmatiser avec l'autre."

A travers ce tout petit roman, très dense et magnifique jusque dans les détails, on a cette histoire qu'on lit au premier degré, avec cette empathie pour Violante qui naît au fil du récit, mais on a aussi toutes ces questions sur le rejet, sur ces sorciers ou sorcières qu'on va repousser. S'ajoute à cela un vrai secret de famille, assez touchant, qui se révèle à la fin du roman.
 

Jusqu'au dernier

Déborah Danblon a été extrêmement touchée par le livre Jusqu'au dernier, écrit par Finbar Hawkins, traduit de l’anglais par Emmanuel Gros, paru aux Éditions Casterman.

C'est un vrai roman à rebondissements, inspiré de faits réels. L'histoire débute de façon violente et implacable, dans une période moyenâgeuse.

Une sorcière à la patte folle - qui a certains pouvoirs, sont-ils magiques, ou simplement de guérisseuse/rebouteuse ? - est mise à mort dans la forêt par des villageois, dont certains sont de sa propre famille. Elle a le temps de hurler à ses deux fillettes de s'enfuir. La plus jeune, toute douce, qui apprivoise les animaux, veut rester pour l'aider. L'aînée, plus dure, va plutôt vouloir venger la mort de sa mère, jusqu'au bout, jusqu'au dernier.
La mère, avant de mourir, aura confié une pierre magique à la petite, ce qui, pour la grande, est terrible.

Ce livre ouvre la porte à mille réflexions : sur le rejet lié à la peur de l'autre, sur l'ambivalence entre les soeurs, sur ces deux fonctionnements qui se répondent, sur ces deux faces de la même médaille.

C'est un livre qui n'est pas très difficile à lire, mais qui est compliqué à appréhender ; il faut être capable d'ingérer cette dureté et les réflexions qui l'accompagnent. Déborah Danblon le recommande pour les 13-14 ans, voire pour des jeunes de 12 ans, très mûrs et accompagnés.
 

Ecoutez ici Déborah Danblon

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