Tendances Première

Livre : C’est quoi une famille, un 'bon' papa, une 'bonne' maman ?

C’est quoi une famille ? Toutes les familles sont-elles les mêmes ? La pédopsychiatre Marie Rose Moro raconte aux enfants, dès 7 ans, les familles d’aujourd’hui. Dans son livre, elle explique aux enfants quel type d’émotions ils peuvent avoir, quelles stratégies ils peuvent, eux-mêmes, ou avec leurs parents, mettre en place pour résoudre ce qui leur fait mal.

 


Quand ça va, quand ça va pas : Leur (s) famille (s)
ou Leur famille expliquée aux enfants (et aux parents)
de Marie Rose Moro, aux Editions Glénat Jeunesse,
un livre illustré par Laure Monloubou


 

Marie Rose Moro est pédopsychiatre, professeur des universités, praticien hospitalier en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris-Descartes, psychanalyste.

Pour elle, ce livre était indispensable, tant elle reçoit en consultation d’enfants et d’adolescents qui se posent des questions sur leur famille, sur leurs changements, sur les choix de leurs parents. Des questions dont ils souffrent. Mais bien souvent, ils n’osent pas interroger leurs parents, de peur de leur faire de la peine.

Elle a donc souhaité répondre à ces questions qu’elle trouve assez universelles, qui sont en réalité toujours les mêmes.

Le livre s’adresse bien sûr aussi aux parents et à tous ceux qui s’intéressent à ces questions.
 

Les réponses ont-elles évolué aujourd’hui ?

"On pourrait penser que la parole est plus libre de la part des adultes, mais je ne suis pas totalement sûre, en fait, observe Marie Rose Moro. Oui bien sûr, par exemple, un enfant adopté, on va le lui dire. […] Mais souvent on ne répond pas à l’ensemble des questions que les enfants se posent là-dessus.

Je pense que cette question de la famille, elle est tellement profonde, elle nous engage aussi, nous, en tant que parents, en tant que personnes, avec notre histoire, avec nos propres préjugés. Parce qu’il y a toujours cette idée qu’il y aurait une famille idéale, qui serait une sorte de famille normative. Alors qu’on sait que, dans le monde, il y a des milliers de modèles familiaux, que les enfants ont toujours circulé à l’intérieur des familles et qu’on a toujours inventé des nouvelles constellations familiales."

Mais je crois qu’au fond de nous, on a toujours cette idée - alors qu’historiquement, c’est une idée très datée et très limitée dans le temps - qu’une famille serait quelque chose d’absolument stable, avec une maman, un papa, et un, deux, trois enfants. Quelque chose d’une normativité, quelque chose qui ne bougerait pas tout au long de la vie de l’enfant. On sait que ce modèle, qui, encore une fois, est très minoritaire aujourd’hui et dans l’histoire, et est très individualiste au fond, n’existe pas beaucoup, en fait. C’est un modèle parmi d’autres.
 

Sur le rôle des papas

Les enfants se posent parfois la question : est-ce que j’ai le même papa que les autres ? Entre 6 et 10 ans, en particulier, on aime être dans la norme, être comme tous les copains. Or tous les papas ne sont effectivement pas les mêmes.

Marie Rose Moro a observé, à travers des études sociologiques et anthropologiques, que le rôle des pères s’est tellement transformé qu’il n’est pas facile pour eux de trouver celui qui leur convient vraiment, et pas seulement celui qu’on leur prescrit ou que la maman prescrit. Et lors d’une séparation, plein de modèles sont possibles. Nombreux sont les pères qui se posent des questions.

J’aurais tendance à penser que se fabriquer papa aujourd’hui est presque plus difficile qu’hier, c’est sûr, et même presque plus difficile que maman, […] et qu’au fond, les enfants doivent être bienveillants aussi à l’égard de leurs parents.

 

Quand ça va, quand ça va pas, un message d’espoir

En tant que pédopsychiatre, Marie Rose Moro voit régulièrement des familles, des enfants qui disent : ça ne va pas.

"Quand ça ne va pas, on va trouver une solution ensemble pour que ça aille. On peut toujours trouver des solutions. Faire famille, c’est quelque chose de dynamique. Même si ça ne va pas, on va chercher, on va inventer, on va trouver."

Et puis, on n’est pas père et mère de la même façon avec tous les enfants, ni à tous les âges. Les enfants grandissent et nous, on se modifie. Entre être mère d’un bébé et être mère d’une adolescente, ce n’est pas le même rôle !

"Je trouve que c’est important cette question de 'quand ça va pas', d’abord parce que ça arrive à toutes les familles. Et donc il ne faut pas avoir peur de ça. Je trouve aussi que les parents se culpabilisent beaucoup, dans des tas de situations. Il faut sortir de là pour constituer sa propre manière d’être parent, d’être famille. Encore une fois, il y a plein de modèles dans le monde, qu’on a mis dans le livre."

Moi je me méfie beaucoup de cette idée qu’il y aurait une famille dans laquelle les enfants iraient bien parce que la famille est 'normale', et que dans tout autre type de famille, on serait responsable de la souffrance des enfants. C’est terrible ! En particulier, les mamans sont souvent prises dans cette culpabilité-là, de travailler ou autre chose. Et qu’est-ce que ça va faire aux enfants ? Incroyable qu’on soit pris nous-mêmes dans ces jugements, dans cette culpabilité !

Donc, Quand ça va, quand ça va pas, c’est aussi un message d’espoir. C’est-à-dire que, oui, parfois il y a des choses qui ne vont pas. Ce n’est pas lié à notre manière de faire famille, c’est lié à des tas de choses, insiste Marie Rose Moro. Mais on réinvente, on réorganise, on discute beaucoup. Et c’est ça aussi qui fait qu’on fait famille, c’est qu’on est capable de résoudre des questions qui se posent, sans oublier les besoins des enfants.

 

Tu n’es pas obligé d’aimer ton frère ou ta soeur

"C’est vrai, ce n’est pas moral, une famille ou des liens, c’est autre chose. On n’est pas obligé d’aimer son frère ou sa soeur. On peut avoir de ces blessures d’enfance, où un enfant a le sentiment que son frère ou sa soeur ont été préférés et qu’il est le calimero, celui que personne n’attendait, que personne n’aime, qui est moins bien que son frère ou sa soeur. Ce sont des blessures terribles. Si on avait pu, à un certain moment, discuter de ces choses-là et comprendre qu’il peut y avoir des conflits…"

C’est évident qu’un père ou une mère peut avoir des préférences, mais on va faire avec. On ne va certainement pas le dire aux enfants, et on va trouver une manière de faire pour que chacun ait un peu de ce dont il a besoin, c’est-à-dire de la protection et de l’attention de ses parents.

Toutes les questions soulevées dans Quand ça va, quand ça va pas attirent l’attention de l’enfant sur son ressenti, le rassurent sur ses émotions et lui expliquent quand il doit en parler.

 

Ecoutez Marie Rose Moro dans Tendances Première
 

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