Tendances Première

Les vacances sont-elles synonymes de repos ou d'épuisement professionnel ?

Burn-out : quels sont les signes avant-coureurs et comment se remettre progressivement au travail ?
Burn-out : quels sont les signes avant-coureurs et comment se remettre progressivement au travail ? - © BrianAJackson - Getty Images/iStockphoto

La période de vacances est-elle plus propice au repos ? En plein mois d’août, c’est la question que l’on pourrait se poser. Comment se remet-on progressivement au travail lorsqu’on a vécu un burn-out ou un épuisement ? Comment peut-on débusquer des signes avant-coureurs et comment aider les personnes qui remettent progressivement un pied au travail après une longue interruption ? Voici quelques questions auxquelles nous avons tenté d’obtenir des réponses, avec nos deux invitées, Catherine Choque et Vanessa Sommville, du programme Sensecare.

Des congés qui ne permettent pas de récupérer l’énergie nécessaire

Catherine Choque explique que lorsqu’on est en vacances, évidemment les rythmes ralentissent. Certains collègues partent en vacances, cela nous arrive à nous aussi mais ce n’est pas pour ça que les personnes qui sont en souffrance au travail se mettent, elles, en pause. Durant cette période, il peut y avoir une surcharge de travail pour ceux qui restent. Puis, quand on se met en congé, qu’on a trop tiré sur la corde et eu beaucoup de stress, c’est souvent durant les premiers jours de congé qu’on s’effondre et que l’on peut avoir des symptômes pour une certaine maladie, une grande fatigue et au final cette période de congé ne nous permet pas de récupérer notre énergie.

Selon Vanessa Sommville, les périodes de vacances restent en effet des moments difficiles pour les travailleurs. Notamment parce qu’il y a une surcharge de travail car les équipes sont en effectif réduit. À la fin des vacances, se produit aussi parfois l’effondrement, mais ça peut aussi être au début des vacances. On prend conscience de l’état d’épuisement et de stress dans lequel on se trouve, on est alors allé trop loin. Au moment de reprendre le travail, on peut aussi se rendre compte que ça ne va pas être possible. Lorsque nos congés ne nous permettent pas de récupérer l’énergie, c’est un signe avant-coureur d’épuisement professionnel. Cependant, la période où on fait le point et où on récupère peut être assez courte. Tout dépend jusqu’où la personne est allée dans son épuisement. Se couper de son travail pendant deux semaines et se recentrer un peu sur soi, c’est bien sûr bénéfique pour tout le monde. Cela peut suffire, hélas pas toujours.

Burn-out, une définition qui ne met pas tout le monde d’accord

Travailleurs, entreprises et organisations syndicales ont encore du chemin à parcourir vis-à-vis du burn-out, notamment face à sa définition. De fait, les professionnels du terrain et les scientifiques ne sont pas toujours d’accord quant à la définition du burn-out. Quand on n’est pas d’accord sur la définition, on n’est pas spécialement d’accord sur la manière dont on le diagnostique, sur comment il faut le prendre en charge. Il y a tout de même de grandes tendances, même si on ne s’accorde pas sur la définition. On ne peut pas dire non plus que l’état d’épuisement professionnel n’existe pas, il existe bel et bien. Là où tout le monde est d’accord, c’est lorsqu’on dit que le burn-out est un épuisement qui vient après un stress chronique où l’on a beaucoup tenu, où on ne s’est pas arrêté et où il y a un craquage à un moment donné. Les causes sont multifactorielles, tant individuelles que collectives, elles sont liées à l’entreprise mais aussi sociétales. La prise en charge doit donc être multifactorielle également.

Il y a une réelle prise de conscience de la part des employeurs et des entreprises et il y a une réelle volonté de mettre des choses en place pour que la situation s’améliore. En général ce sont les plus méritants qui sont toujours bien présents qui s’effondrent. On peut dès lors constater qu’il y a une véritable envie d’accompagner le retour de ces personnes, d’essayer de comprendre ce qui s’est passé dans la majorité des cas. Au départ, le travailleur a toujours un peu d’appréhension lorsqu’il est de retour et a aussi parfois un peu de colère par rapport à son employeur car il peut lui reprocher de ne pas avoir vu la chose arriver. Mais depuis quelques années, il y a vraiment un changement.

De plus en plus de consultations psychologiques

Récemment, le SPF Emploi a fait une étude avec deux universités belges car elles en avaient fait en 2010 et 2012 et grâce à cela, ils ont voulu comparer l’évolution du burn-out entre 2010 et 2018. Ils se sont rendu compte qu’il y avait une augmentation des fréquences de difficultés liées au travail. Ils ont aussi remarqué que les consultations chez le médecin traitant, ou en tout cas chez le médecin du travail, étaient de plus en plus liées à des consultations psychologiques. Ce qui veut dire que les professionnels de terrain sont de plus en plus sensibilisés à la question, et réorientent les personnes vers un accompagnement.

Au niveau de l’âge, il y a une période critique entre 30 et 40 ans. Généralement, c’est le moment où on se marie, où les enfants arrivent, où on a l’achat de sa maison et où on a une certaine ancienneté au travail, ce qui peut parfois amener à se poser des questions au sein de son travail. Il y a aussi des personnes en fin de carrière qui peuvent aussi se poser des questions sur la fin de leur carrière et se demander si elles ont encore envie de se former. Le burn-out est plutôt un processus, ce n’est pas un effondrement qui arrive du jour au lendemain. La plupart des personnes admettront que cela fait un petit temps qu’elles ne vont pas bien. Comme signes avant-coureurs il y a notamment ce stress chronique qui s’installe et dont on n’arrive pas à se débarrasser, il y a des signes émotionnels (difficultés à gérer ses émotions, beaucoup de tristesse, de colère qui ne passe pas). On peut aussi se retrouver avec des troubles physiques, des douleurs, des maux de tête, des maux de dos, et beaucoup de troubles cognitifs, des troubles de concentration et ce, même dans des petites choses du quotidien. Petit à petit le quotidien se retrouve affecté par tous ces symptômes.

Pouvoir se demander ce qu’on va encore accepter lors d’un retour au travail "post burn-out"

À un moment donné, il faut savoir se poser des limites. Il faut, en tant que personne, donner sa limite. On peut refuser un rendement absolu, un rythme effréné et c’est comme cela qu’on fait aussi bouger les lignes. Ce sont aussi des choses à négocier très vite au moment du retour au travail. Il faut pouvoir se demander ce qu’on va encore pouvoir accepter, comment et jusqu’où.

Tous les secteurs d’activité sont confondus et à tous niveaux de la hiérarchie. On dit souvent que pour les personnes qui sont dans la relation d’aide, là où on ne voit pas les effets de son action et les tâches, ce sont souvent des personnes plus à risque. Des métiers où il peut aussi y avoir un danger pour sa vie, ou un métier de surveillance comme la police par exemple. Des métiers où on est dans l’attente, comme les vigiles par exemple, où il peut y avoir un certain ennui. En ce qui concerne le travail de bureau, il est conseillé de décrocher quelques fois de son écran, notamment lorsque la journée de travail est terminée. Aujourd’hui avec les smartphones, on a accès à nos mails à tout moment, même en vacances. On reste alors en mode travail, on ne déconnecte pas. Les écrans représentent un facteur de risque aujourd’hui, car on ne les gère pas toujours très bien.

Une remise au travail progressive

Pendant les congés, le conseil est vraiment de déconnecter. Il n’y a pas d’urgence, personne ne joue sa vie sur un mail, on peut attendre le lundi matin pour trier sa boîte mail et déterminer ce qui est urgent et ce qui ne l’est pas.

Après un burn-out, il faut que la remise au travail soit progressive, qu’elle puisse se préparer avec les professionnels. Tout du stade de burn-out dans lequel la personne s'est retrouvée, si cette dernière est allée très loin ou pas. Il faut bien mesurer le moment de la reprise. Souvent, les personnes engagées dans la perfection ont toujours envie de se dépêcher et c’est donc important pour elles de choisir le juste moment.

En général, les personnes souffrantes de burn-out sont impatientes au début de leur arrêt de travail car elles n’ont pas encore accepté ce qui se passe, et comme ce sont souvent des personnes très travailleuses, l’idée d’arrêter de travailler est assez angoissante. Cette sensation passée, arrive le moment où il est temps d’accepter et qu’il est temps de prendre le temps nécessaire de récupérer. Vous l’aurez donc compris, prendre soin de soi et écouter son corps sont deux choses très importantes et auxquelles il faut faire attention !

Réécoutez la séquence complète de Tendances Première, avec nos invitées Catherine Choque et Vanessa Sommeville

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