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Les réseaux sociaux sont-ils dangereux pour notre vie quotidienne?

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans nos vies et ils prennent une place prépondérante. On fait le point avec Salma Haouach (Lab de Salma) 

Les réseaux sociaux en tant qu’indicateurs

Si nous nous déconnectons des réseaux sociaux pendant un moment, nos "amis" finissent par s’inquiéter de notre absence; ils se demandent si nous allons bien. Les réseaux sociaux deviennent un indicateur de santé.

De même quand nous publions, nous nous attendons à des " likes ". Ils deviennent un indicateur d’approbation sociale, de mesure de nos relations sociales.

Pour sortir de cet engrenage, soit on prend du recul et on réfléchit au sens de ce qu’on publie et des réactions qu’on reçoit (est-ce que l’amitié peut se mesurer sur le nombre d’interactions sur les réseaux sociaux ?), soit on ne publie plus rien.

Parmi les dérives : le doxing

La récente affaire Griveaux met en avant le côté malveillant que peuvent avoir les réseaux sociaux. Le doxing est une pratique qui consiste à rechercher et à divulguer des informations sur l’identité et la vie privée d’un individu dans le but de lui nuire.

C’est un acte intentionnellement malveillant. Ça a toujours existé mais avec les réseaux sociaux, le phénomène s’est développé de manière exponentielle avec des interactions de très grande ampleur.

La comparaison sociale de Festinger

Elle consiste à évaluer ses propres opinions et ses propres aptitudes par rapport aux autres, en l’absence de critères objectifs. Transposée aux réseaux sociaux, cette théorie compare la qualité des interactions avec sa propre affirmation de soi.

Cette comparaison peut être ascendante ou descendante. On se mesure avec qui va mieux que soi et avec qui va moins bien que soi. Les deux ont une influence sur notre vision de nous-mêmes et notre affirmation de soi.

Comme nos rapports se basent sur la façon dont les autres nous voient, ça nous touche forcément. Là où c’est le plus dangereux, c’est quand ça touche les adolescents qui se définissent véritablement avec ces critères.

Les amis de mes amis sont mes amis

Des études ont montré qu’on a deux fois plus d’amis virtuels que physiques et que ce ne sont pas les mêmes. Si cette sphère prend autant de place et détermine autant l’image de soi et l’affirmation de soi, il y a un vrai collatéral. La communication sociale, l’empathie, la communication des émotions sont complètement faussées.

Le monde scientifique s’est penché sur la question : " comment savoir si la personne qui vous a envoyé un SMS vous ment ou pas ? ". Quand vous avez une personne en face de vous, ses attitudes, ses mimiques, son langage non-verbal peuvent vous indiquer si elle est sincère ou pas. Par contre, quand la relation est virtuelle, vous diminuez l’empathie, vous restez accroché à des écrits et il est impossible de savoir si la personne avec qui on interagit est sincère ou si elle est dans la représentation d’elle-même. On en revient à l’affirmation de soi, l’image qu’on a de soi par rapport aux autres, la mesure comparative par rapport aux autres.

La temporalité de la réponse est extrêmement importante. Sur les réseaux sociaux, on voit quand l’autre a vu une publication. Ça pose problème car l’un est en attente d’une réponse rapide alors que ce n’est pas parce qu’on a vu la publication qu’on l’a lue. Il y a une injonction à répondre immédiatement, surtout chez les jeunes. Ça altère la qualité de la relation parce qu’une réponse qui tarde est traduite par un manque d’intérêt d’attention. Or, il y a la vie physique.

La frontière entre le réel et le virtuel

Sur les réseaux sociaux, on ne montre pas sa vie mais celle qu’on a envie de montrer. On se montre tel qu’on a envie qu’on nous voie, c’est du toilettage social.

Parfois, chez les plus jeunes, la vie virtuelle est devenue la vraie vie. Par exemple, lorsqu’ils bloquent quelqu’un sur les réseaux sociaux, ils s’imaginent que cette personne n’existe plus. C’est une fausse réalité. Quand ils n’arrivent plus à faire la distinction entre la réalité et le virtuel, c’est un gros problème.

Les filtres sur Snapchat créent chez les jeunes une altération de l’image d’eux-mêmes. Il y a même des cabinets de chirurgie esthétique qui sont envahis de demandes pour correspondre à ces filtres.

Des relations qui ont du sens ?

Il faut se poser la question du sens : pourquoi est-on en relation avec la/les personne(s) ? Pourquoi discute-t-on avec ces groupes ?

Les relations avec la famille éloignée sont plus intenses grâce aux réseaux sociaux. On peut prendre et recevoir des nouvelles régulièrement, échanger des photos… Cette qualité d’échanges n’existerait pas sans les réseaux sociaux. Ils deviennent alors un outil de rapprochement familial.

Des études prouvent que les jeunes ont une vie sociale plus riche que nous parce qu’ils sont capables d’entretenir des relations facilement même à distance. Ils se posent moins de questions, c’est un autre mode de communication, plus primitif et non plus cognitif.
 

Gare aux bips !

Un autre collatéral : le bip des notifications.

Quand on l’entend, notre cerveau se met en route et sécrète de la dopamine qui est l’hormone de la jouissance et du plaisir immédiat. L’ennui, c’est que plus on sécrète de dopamine, moins on sécrète de sérotonine, l’hormone du bonheur. Aller trop dans le plaisir immédiat crée une addiction.

Le fear of missing out : la peur de rater quelque chose, c’est une sorte d’anxiété sociale caractérisée par la peur consciente de manquer une nouvelle importante ou un événement donnant une occasion d’interagir socialement.

Pour éviter ça, il faut enlever les notifications pour qu'en allant sur les réseaux sociaux, ce soit pour une raison précise : s’informer ou entrer en contact avec les autres.

La recherche d’emploi

Le CV est devenu désuet. 80 à 90% des recherches d’emploi se font via les réseaux sociaux. Les employeurs consultent LinkedIn pour notre profil professionnel mais également Facebook pour connaître notre personnalité, nos goûts, nos préférences, nos valeurs. D’où l’importance de ne pas poster n’importe quoi : sur Facebook, rien n’est éphémère.

Pour des collatéraux positifs

Gardons la pensée critique et l’esprit ouvert.

Quand on like n’importe quoi, il y a une sélection qui se fait via des algorithmes pour nous proposer des contenus qui ne correspondent pas toujours à nos attentes, nos goûts. De ce fait, nous ne sommes plus confrontés à des choix basés sur nos préférences. Choisissons d’être informés comme nous le désirons et gardons notre libre arbitre.

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