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Les laits ou jus végétaux : bon pour la santé ?

Renaud De Bruyn : "Peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’opposer lait de vache et boissons végétales"
Renaud De Bruyn : "Peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’opposer lait de vache et boissons végétales" - © Pixabay

Les boissons végétales sont tendance. Lait d’amande, d’avoine, de soja, de coco ou encore de riz, nous sommes de plus en plus nombreux à en consommer pour cause d’intolérance ou d’allergies alimentaires, mais aussi simplement par choix et par goût. Ces alternatives au lait de vache sont-elles bonnes pour la santé ? Sont-elles adaptées aux enfants plus jeunes ? Quel est leur impact sur notre environnement ? Réponses avec Serge Pieters, diététicien, enseignant à l’Institut Paul Lambin, et Renaud De Bruyn, chargé d’études pour Ecoconso.
 

Des produits et des productions très variés

On ne peut en principe pas parler de lait végétal, le lait étant issu d’un mammifère femelle ayant mis bas. L’appellation correcte est jus végétal : jus de coco, jus de soja… Mais dans la législation, établie il y a bien longtemps, l’appellation lait est autorisée.

Les boissons végétales sont très variées, il est donc intéressant d’essayer de démêler le vrai du faux, de se demander s’il est nécessaire d’opposer lait animal et jus végétal, de connaître le bilan environnemental global de ces alternatives.

Les boissons végétales nécessitent plus d’étapes de transformation que le lait de vache. On va essayer d’extraire du produit de base le maximum de protéines et de nutriments, mais ce procédé va détruire une série d’éléments nutritifs. On va donc devoir rajouter des nutriments pour ce que lait adapté ressemble le plus possible au lait de vache : du calcium, de la vitamine D ou B12.

Les boissons à base d’avoine ou de riz, par exemple, nécessitent des enzymes. La consistance crémeuse provient de l’adjonction d’huile de colza ou de tournesol. Comme elles sont fermentées, ces boissons contiennent plus de sucre, 5 grammes environ.

Les substituts de lait produits industriellement renferment souvent des adjuvants, des édulcorants, des agents épaississants, des conservateurs, des arômes et des stabilisateurs. Mieux vaut lire attentivement la composition !
 

Attention aux carences chez les jeunes enfants

Dans les magasins de diététique, on vend des laits végétaux les plus naturels possible, où il n’y a alors aucun ajout. "A ce moment-là, ce n’est absolument pas un substitut", alerte le diététicien Serge Pieters. Pour les nourrissons, après le lait maternel, il faut impérativement choisir des formules adaptées, à base de lait de vache ou de soja.

Les laits végétaux courants ne renferment pas assez d’énergie, de protéines, de calcium, de vitamine D, de fer, et risquent de provoquer des malnutritions importantes chez les enfants en bas âge. Même la diversification ne suffira pas à compenser ce manque en minéraux, protéines et vitamines. Il faut donc bien s’informer auprès de son médecin ou d’un diététicien.

L’adulte court moins de risques de carence alimentaire, car son alimentation est en principe beaucoup plus variée.
 

Laits et allergies

L’allergie au lait de vache vient d’une intolérance à sa protéine, qui provoque une réaction immunitaire chez certains enfants en bas âge. On doit alors leur donner des laits totalement adaptés. Cette allergie a tendance à disparaître avec l’âge : entre 6 et 9 ans, il n’y a pratiquement plus d’enfant allergique à la protéine de lait de vache.

En revanche, le lait de vache contient un sucre ou lactose, qui peut provoquer une intolérance : gaz, ballonnements, douleurs abdominales, diarrhée… 80% de la population mondiale serait intolérante au lactose à partir de l’âge de 3 ans. C’est vrai chez les Asiatiques, les Africains et chez les Latino-Américains. Mais nous, les Caucasiens, nous sommes tolérants au lactose à 85% pendant toute notre vie ! Il y a donc une distinction à faire.

Si on est intolérant au lactose, il est conseillé de réduire sa consommation dans un premier temps, puis de le réintroduire progressivement, pour observer le seuil de tolérance. Le yaourt, le kéfir, le lait pauvre en lactose, les fromages à pâte dure… poseront moins de problèmes. Les boissons végétales sont toutes recommandées en cas d’intolérance au lactose.

Les intolérants au gluten, et dans tous les cas les patients cœliaques, ne consommeront pas de lait d’avoine, qui contient une molécule assez proche du gluten et qui peut contenir des traces de blé sauvage.
Le lait d’amande est à proscrire en cas d’allergie aux noix et aux amandes.
Les boissons au soja sont déconseillées aux personnes sensibles au pollen de bouleau, qui font des allergies croisées avec le soja.

Le soja recèle en outre des hormones végétales, les phyto-oestrogènes, dont l’effet n’est pas encore élucidé. Il n’est donc pas conseillé aux nourrissons et aux jeunes enfants.
 

La valeur nutritionnelle

Ces jus végétaux n’ont pas toutes la même valeur nutritionnelle :

  • Leur quantité de protéines est généralement plus faible. Sauf pour le soja, qui a une teneur en protéines et en acides aminés comparable à celle du lait de vache.
  • Pour pallier le manque d’acides aminés, il faut compléter par des légumineuses, céréales, noix.
  • Ces jus végétaux ne sont, à la base, pas riches en calcium, ni en fer, ni en vitamines D et B12. Certaines marques de grande surface complémentent d’office les jus pour pouvoir les substituer au lait de vache, mais dans les magasins diététiques, ce n’est pas toujours le cas.
  • Le jus de riz est plus riche en glucides et plus pauvre en protéines. Il recèle un taux élevé de métaux lourds, notamment de l’arsenic, en raison des techniques de culture.
  • Il faut bien sûr veiller aux apports nutritionnels recommandés, en particulier pendant la croissance ou pour les personnes âgées. Le lait de vache est bon pour l’ostéoporose mais certains jus végétaux bien choisis constituent une excellente alternative.


Durabilité

Les méthodes de production varient très fort d’un élément de base à un autre. Les études montrent toutefois que d’un point de vue environnemental, ces jus végétaux ont moins d’impact qu’un lait animal. Certaines cultures posent plus de problèmes que d’autres, une certaine hiérarchie se dégage donc parmi les laits végétaux.

Dans le côté durable, il y a le côté local, rappelle Renaud De Bruyn : on peut utiliser pour ces jus de l’avoine locale, du soja produit en Europe, la filière soja se développe d’ailleurs en région wallonne. On peut s’intéresser aussi au critère du bio.

Aucun produit n’est réellement parfait. "Il faut apprendre à varier ses poisons", dit la diététique : équilibrer, varier, veiller à ne pas être dans la monoculture ni dans la monoconsommation.


La transformation indispensable ?

Les jus végétaux ne sont donc pas aussi naturels qu’on pourrait le penser. Ils doivent la plupart du temps être transformés pour ressembler à un lait.

"Il faudrait peut-être apprendre à avoir des produits plus naturels et moins transformés. On est dans l’idée d’avoir quelque chose d’équivalent au lait alors que ce n’est pas du lait, que ce sont des boissons différentes", explique Renaud De Bruyn. "Peut-être qu’il n’est pas nécessaire d’opposer lait de vache et boissons végétales, on peut boire les deux, pour des questions de santé ou de goût. Il ne faut pas diaboliser le lait, même s’il est d’origine animale."

Ecoutez la suite de l’émission ici

 

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