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Les infirmiers en danger : mais qui va soigner les gens demain ?

Un métier de plus en plus difficile
Un métier de plus en plus difficile - © Pixabay

Entre les 'mardis blouses blanches', le passage des études de trois à quatre ans, les infirmiers sont régulièrement sous les feux de l’actualité. Mais il existe une autre préoccupation : leur sécurité au travail ! Patients agressifs, relations parfois difficiles avec les familles, risques de contamination, manutentions difficiles, pression, maux de dos,… autant de facteurs de stress qui s’ajoutent aux difficultés quotidiennes des infirmiers.

La Haute Ecole Libre Mosane (Helmo) vient d’organiser un séminaire de prévention à destination de ses élèves.
Philippe Petit-Jean, enseignant à l’Helmo, voit le métier d’infirmier comme une profession qui demande certaines qualités, notamment des qualités humaines telles que l’empathie ou l’écoute. Ce n’est toutefois pas un sacerdoce : les infirmiers sont des êtres humains qui ont leurs propres fragilités à gérer en plus de celle des patients. Ils ont besoin d’une sécurité physique mais aussi psychologique, dans ce métier qui évolue de façon très rapide.

Il y a encore 30-40 ans, on ne parlait pas de sécurité, de bonne manutention, d’ergonomie. Entretemps, de nouvelles techniques, du nouveau matériel sont sortis sur le marché pour faciliter le travail infirmier, mais les patients, les maladies, le turnover ont évolué aussi et il est parfois difficile, pour les soignants, d’arriver à suivre. La partie administrative de leur travail est aussi de plus en plus lourde à gérer.

Et pourtant, il est important de prendre soin du personnel infirmier pour qu’il puisse prendre soin des patients. Prendre soin de soi est une notion relativement neuve. Les élèves infirmiers ont 18 ans et ils sont déjà confrontés à la maladie, à la misère, à la tristesse, à la pression. Ils doivent pouvoir le gérer.

Confrontés au rythme trépidant et stressant des stages puis du métier, les jeunes infirmiers ne parviennent pas au début à appliquer ces bons conseils donnés pendant le cours d’ergonomie. Mais Philippe Petit-Jean l’affirme : il est possible de prendre soin de soi, de pouvoir s’arrêter de temps en temps.

Il est totalement paradoxal qu’un jeune soignant, qu’une jeune soignante abîme sa santé pour soigner les autres. Il faut se protéger si on veut travailler dans la durée.

Des études ont montré qu’un infirmier sur deux présente les symptômes du burnout. Il y a donc un gros travail à faire à ce niveau-là. "Il faudrait plus de compréhension au niveau des hiérarchies. On met cette profession en danger de plus en plus. La pénurie s’installe et c’est grave, car qui va soigner les gens demain ? Laissez-nous faire notre boulot dans de bonnes conditions", demande Philippe Petit-Jean.


L’importance de la formation

L’Helmo propose également des formations aux professionnels, pour leur permettre de se remettre à niveau et d’apprendre les nouvelles techniques et pratiques, qui évoluent tout le temps.

"Cela ferait du bien à la profession que les directions donnent plus facilement accès à ces formations. Aujourd’hui, on ne lâche plus le personnel pour qu’il puisse se former : on ne peut plus remplacer un ou deux infirmiers qui partent en formation. Alors que la formation continue est essentielle dans ce métier", rappelle Philippe Petit-Jean.

Il est toujours bon d’avoir la possibilité de se sentir évoluer, de rencontrer d’autres collègues et d’échanger des expériences, de parler de ses difficultés. Cela a un réel impact sur la santé des soignants. L’augmentation des douleurs physiques, d’origine psychosomatique, en particulier les maux de dos, est un symptôme du mal-être du personnel de soin.


Les agressions

Parmi les risques, il y a aussi l’agression physique, qui a énormément augmenté. Entre les gens qui n’ont plus conscience de ce qu’ils font, parce qu’ils sont confus ou désorientés, d’autres qui sont ivres, d’autres encore qui sont agressifs à la base, les soignants n’en peuvent plus de devoir supporter tout cela.

Des petits trucs de prévention existent pour tenter de réagir aux agressions physiques : une façon de s’adresser aux gens, de s’opposer calmement. Ils sont d’une grande aide pour redonner confiance aux étudiants et leur ôter leurs craintes des agressions physiques, mais ils ne résolvent pas vraiment le problème.

Les agressions verbales viennent surtout des familles qui se sentent mal, en plein désarroi, et qui se déchargent sur le personnel soignant. Il est normal que les infirmiers aient parfois une parole un peu plus dure pour dire : stop, je ne suis pas là pour ça.
 

Un métier à valoriser

Le rôle des infirmiers à domicile a évolué au fil du temps. Ils font face à des pathologies plus lourdes, des soins plus lourds, une prise en charge pluridisciplinaire qui demande du temps. Les durées d’hospitalisation sont plus courtes et certains actes sont faits en ambulatoire. Les patients rentrent plus vite chez eux et ont besoin plus qu’avant de soins à domicile. Des liens privilégiés de reconnaissance, voire d’amitié, se nouent souvent entre eux. Cette communication est la base des soins.

Il faut encourager les jeunes à se lancer dans cette profession, en prévoyant des stimuli. Il faut aussi aider les infirmiers déjà en poste à persévérer dans ce métier. La solution ? Prendre un peu de distance, moins s’impliquer, mieux organiser ses journées, veiller à avoir une vie à côté de ce métier tellement prenant, profiter des petits moments de grâce.

Le métier devrait être revalorisé, mais le problème est bien sûr d’ordre financier, alors que l’humain, ça n’a pas de prix.

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