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Les bébés Softenon, l’un des premiers scandales sanitaires


Dans les années 50 et 60, le thalidomide (commercialisé en Belgique sous le nom de Softenon) est un médicament utilisé comme sédatif et anti-nauséeux, notamment chez les femmes enceintes. Malheureusement, on découvre qu’il est à l’origine de graves malformations congénitales chez les bébés. Scandale sanitaire, nombreux procès, cette tragédie aura un effet accélérateur dans la mise en place de normes plus strictes sanitaires avant la mise sur le marché de médicaments.

Tous les 15 jours, Pierre Schepens psychiatre, directeur de la clinique de la forêt de Soignes, nous plonge dans l'histoire de la médecine. Aujourd'hui, il nous parle de ce scandale sans précédent.

En 1956, un petit garçon naît en Allemagne. Il n’a pas d’oreilles. Cette malformation est alors extrêmement rare. Son papa travaille dans une firme pharmaceutique, bien en vue à l’époque. C’est notamment là qu’on produit la pénicilline qui soigne des dizaines de maladies auparavant incurables. Le futur père a reçu, pour sa femme enceinte, un nouveau médicament que la firme va prochainement mettre sur le marché : le thalidomide. Ce petit garçon sera considéré comme le patient 0, la première victime du "médicament". Il décèdera à l'âge de 5 ans.

Le thalidomide a porté plusieurs noms dans plusieurs pays. Chez nous, il sera commercialisé sous le nom de Softenon. Comme la pénicilline, la firme pharmaceutique le vend comme un produit miracle. Il permettrait de se détendre, soignerait la grippe et même la lèpre. En réalité, le médicament n’a pas beaucoup d’effets, mais on remarque qu’il calme cependant les nausées. L’idée fait mouche, et le public cible est vite trouvé. Car qui d’autre que les femmes enceintes souffrent plus de la nausée ?

Le remède miracle est prescrit en masse, partout. Il faut dire qu’à l’époque, il n’y a pas encore de médicament de ce type, annoncé sans effets secondaires, sur le marché. Des neurologues, dès la fin des années 50, détectent des névrites, des inflammations des nerfs, mais la firme minimise et organise des campagnes de dénigrement contre ces médecins.

Il faut attendre les années 60 pour qu’apparaissent les premiers bébés atteints de phocomélie, des malformations des bras ou des jambes, mais aussi de paralysie faciale, de surdité, d’anomalies cardiaques, entre autres graves séquelles. La firme se défend et trouve des excuses toutes aussi aberrantes les unes que les autres : la faute à la rubéole, à la radioscopie, la génétique, à un nouveau virus, aux essais nucléaires ou aux irradiations d’Hiroshima, aux ondes télés, au phosphore… Tout est bon pour défendre ses intérêts et son médicament infernal.


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Mais la science rattrape vite l’entreprise, malgré les pressions énormes pour étouffer l’affaire. Le scandale finit par éclater, et début des années 60, le Softenon/thalidomide est petit à petit interdit. On estime que 20.000 enfants ont été victimes du traitement, dont la moitié est morte avant l’âge d’un an.

Le scandale aura eu comme conséquence de renforcer drastiquement les contrôles sur les produits pharmaceutiques mis sur le marché, que ce soit des médicaments, des traitements ou des vaccins. Malgré tout, certains produits ont échappé aux radars, on se souvient par exemple du tristement célèbre Mediator en France. Ces affaires auront participé à la suspicion d’une partie de l’opinion publique envers la pharmaceutique, qui fait souvent la une de l’actualité ces derniers temps avec la campagne de vaccination contre le Covid-19. Précisons cependant qu'un vaccin est sensiblement différent d'un médicament, et que les vaccins sont actuellement bien plus contrôlés que ne l'était le thalidomide à l'époque. La recherche médicale est également largement plus poussée et pointue.


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