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"Le jeune qui souffre de troubles alimentaires est dans le déni"


Le Ligueur publie cette semaine un dossier consacré à l’alimentation, au rapport à l’alimentation et au corps, au sujet sensible qu’est le poids pour les ados, aux troubles alimentaires. Les détails avec Clémentine Rasquin et Alix Dehin, journalistes au Ligueur.

Les familles ont un rapport à l’alimentation très différent. On dit souvent : manger, c’est une histoire de famille, dans la mesure où chaque famille développe sa propre façon de concevoir le repas, explique Alix Dehin.

Autour du repas s’imbriquent et se construisent les relations sociales, la relation parent-enfant notamment, les règles de vie familiales et notre rapport à la nourriture. Le repas est vraiment devenu un sujet d’études sociologiques et culturelles. Il est prouvé qu’il y a une corrélation entre les habitudes alimentaires et le contexte socio-économique des familles.

Parmi les familles qui ont été consultées pour ce dossier, les pratiques sont très diverses. Pour certains, les repas structurent la journée de la famille, ils sont pris à heure fixe, on y raconte sa journée. Pour d’autres, le repas est pris rapidement, par nécessité, pour répondre aux besoins vitaux, mais pas par plaisir. D’autres encore ne mangent pas ensemble, chacun est autonome et se sert à l’heure qui lui convient. Enfin, d’autres mangent ensemble, mais devant les écrans, sans communiquer.
 

Comment parler du poids à ses enfants ?

Il ne faut jamais pointer l’enfant en tant que personne, ni son physique, mais plutôt son comportement, conseille Clémentine Rasquin. A l’enfant qui grignote des bonbons peu après le repas, il faut faire comprendre, de manière constructive, que cela ne va pas.

Dans les familles consultées par Le Ligueur, les approches sont très différentes. Certains sont très cash : toi, tu as grossi ces temps-ci. Pour d’autres, le poids est complètement tabou. La diététicienne pédiatrique Gisèle Gual considère d’ailleurs que c’est une bonne chose, car cela reste très douloureux, quel que soit l’âge de l’enfant, de s’entendre pointer du doigt sur une caractéristique physique. À nouveau, il vaut mieux parler du comportement qui pose problème, en faisant bien attention au vocabulaire utilisé.


Trop de messages tuent le message

Gisèle Gual observe depuis dix ans un grand décalage. Avant, la nourriture était associée à la notion de plaisir. Aujourd’hui, on est de plus en plus dans une quête de minceur, de santé, qui va parfois jusqu’à l’orthorexie, le fait d’éviter tout ce qui peut évoquer la malbouffe et de s’en tenir à ce qu’il y a de plus sain. C’est une tendance qui lui pose question, cette perte de notion de plaisir, qui est aussi au coeur de l’alimentation.

Il faut dire que les parents sont perdus dans la masse de messages, de recommandations, de prescriptions parfois contradictoires. Entre les 5 fruits et légumes par jour, éviter le sucre, le beurre, la viande… , dans leur souci de bien faire, les parents sont dans une confusion totale.


Une approche constructive

Comment mettre en oeuvre une approche constructive avec ses enfants ?

1. Arrêtons de tout focaliser sur le poids ! Le poids ne dit pas tout. On parle d’ailleurs pour les enfants de courbe de croissance.

2. Il faut questionner l’enfant sur son ressenti général. S’il évoque un mal-être ou des moqueries, on peut travailler quelque chose, à partir de sa plainte. Le parent peut être à la manoeuvre, il ne faut pas spécialement renvoyer vers des professionnels. Il peut déjà aider l’enfant à comprendre ce qui pose problème : est-ce que tu manges trop ? pourquoi, par envie, par ennui, par frustration ?

3. Envisager avec lui ce qui pourrait être mis en place pour que ça aille mieux. Acheter plus de fruits et légumes, prendre plus de temps au moment du repas…

4. Amener l’enfant à être à l’écoute de ses besoins et de ses sensations : j’ai une sensation de satiété, j’ai mangé assez, je me passe d’une deuxième assiette.


Quand peut-on parler de trouble alimentaire ?

Les parents doivent commencer à s’inquiéter lorsque le rapport au corps, à l’image, à l’alimentation ne tient plus une place saine dans la tête de l’enfant. Le trouble alimentaire part du fait que l’enfant veut prendre le contrôle de son alimentation. Mais le rapport de force va s’inverser : c’est l’alimentation qui va prendre le contrôle sur l’enfant.

Les troubles alimentaires les plus connus sont l’anorexie et la boulimie. Des indicateurs peuvent alerter le parent : l’enfant maigrit fortement, il s’observe beaucoup, il a une tendance au perfectionnisme, il fractionne ses repas, il superpose les couches pour cacher son corps, il se plaint d’avoir froid, il s’isole par rapport à son réseau, il est plus vite irritable, etc.

Il est important de savoir que ce trouble est multifactoriel, au carrefour de facteurs à la fois psychologiques, médicaux, environnementaux, il n’y a pas une cause unique ; et que cela survient aussi bien dans les familles fonctionnelles que dysfonctionnelles.


Comment sortir des troubles alimentaires ?

L’association MIATA vient en soutien aux proches de personnes souffrant de troubles alimentaires.

"Il y a des facteurs favorisants. On dit que "les filles écoutent leur père et regardent leur mère". Si un papa valorise fort la minceur, si une maman contrôle sans cesse son poids et son alimentation, c’est un terrain qui peut faciliter l’apparition d’un trouble. Mais l’association envisage les parents dans un rôle central de guérison de l’enfant et pas dans un rôle de coupables", explique Nora Tsibidas.

Le jeune qui souffre de trouble alimentaire est dans le déni, il ne va pas le reconnaître, car pour lui, ce trouble, c’est la solution à son problème. Il va louvoyer, embobiner ses parents.

Les parents doivent se concentrer sur la solution à trouver, plutôt que chercher les causes. Il est indispensable d’offrir un soutien infaillible, d’être toujours présent, avec un cadre ferme. Il faut appeler un chat un chat et dire : je m’inquiète pour toi, j’ai peur, je voudrais qu’on aille voir un spécialiste. On reprend ainsi le contrôle de son enfant, qui est perdu et s’enferme dans son trouble.

Une expertise bien particulière est nécessaire pour traiter ces enfants. Douze centres sont spécialisés en psychologie des troubles alimentaires un peu partout en Wallonie et à Bruxelles.


Combattre les idées reçues

Certaines idées reçues se transmettent de génération en génération. Par exemple, mon enfant doit-il absolument finir son assiette ? La diététicienne recommande de ne pas obliger l’enfant à finir son assiette, car on l’empêche d’écouter ses signaux internes de satiété. Il risque plus tard de ne pas savoir autoréguler ses apports alimentaires selon sa faim.

Il faut toutefois veiller à ce qu’ils goûtent de tout, à ce qu’ils ne mangent pas que ce qu’ils aiment, mais sans les obliger à terminer leur assiette.

Retrouvez le dossier complet dans Le Ligueur
et suivez la séquence ici !

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