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La ville du quart d’heure, un concept qui provoque un engouement planétaire en pleine pandémie

En plaçant la notion de proximité heureuse au coeur des préoccupations, le concept de ville du quart d’heure suscite l’intérêt des urbanistes du monde entier en pleine crise du covid-19. Pour son créateur Carlos Moreno, cette nouvelle manière de vivre et de se déplacer en ville permettrait de relever le triple défi écologique, économique et social à l’aube du cinquième anniversaire de la COP 21.

Imaginez une ville multiservicielle où tout ce dont vous avez besoin serait accessible rapidement. Aller travailler, déposer ses enfants à l’école, faire ses courses, se rendre chez le médecin ou encore aller à la salle de sport ne prendrait que quinze minutes maximum, à pied ou à vélo. C’est ce que propose le concept de la ville du quart d’heure.

Utopie ? Fantasme bobo ? Nouvelle lubie urbaine ? Pas si sûr. L’idée séduit et de nombreuses villes comme Melbourne ou Paris planchent déjà sur le sujet.

Six fonctions sociales urbaines essentielles dans la ville du quart d’heure

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Dans la ville du quart d'heure, les 6 fonctions sociales urbaines indispensables doivent être accessible à maximum 15 minutes à vélo. © Getty Images

Dans son concept de ville du quart d’heure, l’urbaniste franco colombien Carlos Moreno identifie 6 fonctions sociales urbaines essentielles :

  1. Habiter
  2. Travailler
  3. S’approvisionner
  4. Se soigner
  5. S’éduquer
  6. S’épanouir

Pour lui, ces 6 fonctions sociales urbaines essentielles doivent être accessibles en moins de 15 minutes (au moyen d’une mobilité douce, voire décarbonée de préférence) afin de recréer ce qu’il appelle une proximité heureuse.


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Cette proximité heureuse recréée au sein des villes permettrait, selon Carlos Moreno, de lutter à la fois contre les inégalités et contre le réchauffement climatique, tout en restituant le lien social qui s’est étiolé au fil des décennies entre les citadins. Grâce à cette nouvelle façon de vivre et de se déplacer en ville, les citoyens disposeraient de plus de temps pour eux, pour leur famille, pour leurs collègues et pour leurs voisins. Le temps de transport ne serait plus subit mais choisit. Les quartiers deviendraient riches et vivants. L’entraide et la solidarité seraient facilitées. La consommation de CO2 diminuerait drastiquement. L’humain et les services - et non plus les bâtis ou les technologies – seraient au centre des préoccupations urbaines. La vie en ville serait apaisée.

Un concept qui séduit dans un contexte de pandémie mondiale

Le concept de ville du quart d’heure imaginé par Carlos Moreno ne date pas d’hier : ses balbutiements remontent à la COP 21, en décembre 2015. Alors comment expliquer cet engouement mondial soudain ?

Déjà, parce Carlos Moreno s’est chargé de le diffuser. D’abord en soufflant l’idée à la maire de Paris, Anne Hidalgo (qui a d’ailleurs fait de la ville du quart d’heure son slogan lors de sa campagne de réélection en juin 2020) puis en publiant un e-book intitulé Vie urbaine et proximité à l’heure du Covid-19 en juillet 2020.

Ensuite, parce que la crise du covid-19 a révélé à quel point les villes pouvaient être fragmentées avec pour certaines, des secteurs bien définis pour chaque "type" d’activité. À cause de la pandémie, les quartiers d’affaires sont désormais déserts, les centres commerciaux aussi, alors que le plan hiver vient d’être activé pour les sans-abri toujours plus nombreux. En télétravail forcé, certains citadins se sont aperçus qu’il n’y avait, à proximité de leur domicile, rien de bien consistant pour assouvir leurs besoins essentiels ; tandis que d’autres ont découvert avec joie les petits commerces de leur quartier, qui font également office de lieu de rencontre entre voisins. Et ça change tout.

Pour bon nombre d’urbanistes séduits par le concept de la ville du quart d’heure, ces symptômes prouvent la nécessité absolue de trouver une autre manière de vivre en ville, de mieux utiliser les ressources et les bâtiments urbains – qui ne sont utilisés en moyenne qu’à 40% de leur capacité – et de limiter les déplacements.

Une ville multicentrique et multiservicielle, c’est possible ?

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Après avoir été le siège du cartel de drogue du trafiquant Pablo Escobar pendant de nombreuses années, Medellin est aujourd’hui reconnue pour être l’exemple parfait d’une ville du quart d’heure. © Getty Images

Certaines villes proposent déjà des services de proximités divers et variés situés à moins de 15 minutes à pied ou à vélo du domicile. Comme Medellin, par exemple. Après avoir été le siège du cartel de drogue du trafiquant Pablo Escobar pendant de nombreuses années, la deuxième ville la plus peuplée de Colombie est aujourd’hui reconnue pour être l’exemple parfait d’une ville du quart d’heure. Comme quoi, tout est possible.

Pour en savoir plus sur le concept de la ville quart d’heure, retrouvez l’intervention de Carlos Moreno au micro de Tendances Première dans le podcast ci-dessous :

 

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