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"La sage-femme part du principe que cette femme, ce bébé, cette famille-là sont compétents"

le rôle de la sage-femme
le rôle de la sage-femme - © Pixabay

Le rôle de la sage-femme est en constante évolution. Elle est la partenaire idéale de la femme et du couple pendant la période périnatale. Et cela se vérifie scientifiquement. Explications avec Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala Naissance.

Depuis 2016, l'OMS préconise que, dans les pays où les sages-femmes sont bien informées et établies, ce soit elles qui assurent les soins continus et globaux aux femmes enceintes à bas risques et à leur bébé.

Continus car il est souhaitable que tout au long de la grossesse, de l'accouchement, de la période post-natale, ce soit la même sage-femme ou équipe de sages-femmes qui accompagne la future mère.

Globaux signifiant qu'on surveille la femme dans son entièreté, pour assurer son bien-être à la fois physique, psychique, social, voire spirituel, ainsi que pour sa famille. Les soins et les conseils prodigués sont taillés sur mesure pour sa situation propre.
 

Que recherchent les futures mères ?

Interrogées, les femmes disent en général qu'elles ont besoin de temps, de la disponibilité du soignant, pour créer une relation de confiance dans cette période si sensible. Cela permet de réduire l'anxiété, qui a un impact certain sur la grossesse et l'accouchement. 

Elles ont besoin d'une attitude respectueuse, d'une écoute, d'un soutien émotionnel. Chacune est unique, avec ses propres besoins culturels et émotionnels.

Au milieu des multiples doutes qui les assaillent et de tous les diktats, elles doivent pouvoir ressentir aussi une confiance en leurs capacités. 

Elles doivent sentir que le soignant fait preuve envers elles de sensibilité et de compassion.

Elles demandent aussi qu'on démédicalise la grossesse et l'accouchement et qu'on les remette dans un processus naturel et physiologique, qu'on arrête de leur faire peur avec tout ce qui peut aller de travers.

Elles ont besoin d'une information honnête, facile à comprendre, complète. 

Si elles se sentent autonomes, elles gagnent en confiance, elles sont plus actives dans les soins et elles se sentent plus compétentes. Et plus un parent se sent compétent, plus il va se sentir adéquat et ajusté aux besoins de son enfant.

Elles sont besoin de continuité dans la relation, avec une seule sage-femme ou une seule équipe, dans un lieu familier proche de chez elles, avec un réseau de confiance.

Bref, les femmes veulent être prises comme des êtres complets, compétents, dans leur globalité, physique, émotionnelle, affective, mentale, et qu'on leur donne du temps pour qu'elles puissent déployer leurs propres ressources.

 

Concrètement ?

Quand ce sont les sages-femmes qui répondent à ces besoins pour les femmes à bas risques, on constate une diminution du nombre d'accouchements prématurés, du nombre d'interventions perturbant la naissance pendant l'accouchement, du nombre d'instrumentations comme les ventouses, les forceps, les césariennes, les péridurales. Cela veut dire plus d'accouchements spontanés par voie basse, moins de médicalisation, donc un taux plus élevé d'allaitement maternel.

Par ailleurs, il n'y a pas de différence significative en termes de mortalité et de morbidité. Les femmes se sentent plus en confiance, plus en contrôle et on observe moins de morbidité psychologique à long terme, comme la dépression, les problèmes d'attachement, le divorce...

Ce partenariat avec la sage-femme est l'idéal car celle-ci part du principe que cette femme, ce bébé, cette famille-là sont compétents.


Les avantages de la relation 'one-to-one'

Dans cette relation 'one-to-one', les sages-femmes se disent plus épanouies dans leur métier, elles sentent qu'elles font une différence dans la vie des femmes, des couples, des familles, voire du monde.

Elles y trouvent un meilleur équilibre travail et vie personnelle, souffrent moins de stress ou d'épuisement professionnel. Elles sont fières de leur travail, elles en retirent une profonde satisfaction.

Financièrement, cette réduction d'interventions et d'accouchements prématurés diminue les frais de la Sécurité sociale, tout comme la diminution des dépressions et des interruptions de travail.


La collaboration avec le gynécologue

Quand les choses se compliquent, le gynécologue va apporter ses connaissances, ses compétences et son humanité. Son rôle essentiel, combiné à celui de la sage-femme qui agit en première ligne, en prévention, en dépistage, contribue à créer une véritable équipe autour de la femme.

Il faut donc sortir de la rivalité gynécologue/sage-femme, travailler ensemble et mettre les compétences en commun au service des familles, conclut Aline Schoentjes.

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