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La reconnaissance au travail, la clé du plaisir professionnel

Depuis le début du confinement, 5% seulement des télétravailleurs ont le sentiment d'être reconnus
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Depuis le début du confinement, 5% seulement des télétravailleurs ont le sentiment d'être reconnus - © Pixabay

Applaudissements aux fenêtres à 20h, témoignages de gratitude en chansons, en vidéos… Jamais notre reconnaissance envers certaines professions essentielles n’aura été aussi visible que pendant la crise sanitaire. À l’inverse, le recours massif au télétravail a soudain rendu moins perceptibles les efforts déployés par les travailleurs, créant la sensation d’un manque de valorisation du travail effectué. La reconnaissance au travail serait-elle la clé de notre épanouissement professionnel et de notre engagement dans l’entreprise ?

Depuis le début du confinement, 5% seulement des télétravailleurs ont le sentiment que leurs collègues et leur direction se rendent compte de tous les efforts qu'ils accomplissent. Ils ne se sentent pas reconnus en mode de télétravail, observe Jean-Olivier Collinet, de Jobyourself.

Le personnel soignant, de son côté, reçoit énormément de témoignages de gratitude de la part de la société, mais la rémunération qu'il perçoit ne reflète pas cette utilité sociale largement reconnue, d’où le mécontentement et le sentiment de manque de reconnaissance. Ce sont là deux aspects d'un même problème, celui de la reconnaissance professionnelle.


Un besoin fondamental

Avant même de s’appliquer au monde du travail, la reconnaissance est d’abord un besoin humain fondamental, qui apparaît dès l'enfance et qui joue un rôle central dans la construction de notre identité.

L'enfant, entre 3 et 6 ans, prend conscience qu'il évolue dans un environnement avec d'autres : il veut plaire, il veut apprendre. La reconnaissance naît de la conscience que l'on est un individu.

Ce besoin de reconnaissance se manifeste à l'école, l'enfant a besoin d'appartenir à un groupe, à une tribu, avec l'envie de s'habiller comme ses camarades ou d'essayer d'avoir des bons points.

Il se reproduit ensuite dans le monde professionnel. Nous sommes beaucoup à nous identifier dans ou par le travail. La reconnaissance par l’autre devient alors un enjeu central pour nourrir notre sentiment d’utilité, mais aussi pour s’incarner dans un groupe. 

Ce besoin de reconnaissance peut donc être très positif, mais il peut aussi mener à une grande fragilité. Le manque de reconnaissance triple le risque de maladie et double celui d’état dépressif chez les salariés, si l'entreprise n'est pas vigilante sur la question de la reconnaissance.

Le besoin de reconnaissance est de plus en plus fort aujourd'hui, il est exacerbé par le digital, les likes, les coeurs que l'on attend dès que l'on poste quelque chose.


La reconnaissance au travail, c'est quoi ?

La reconnaissance au travail se compose de 4 modes :

  • La reconnaissance sur la personne, qu'on appelle la reconnaissance existentielle : tu fais bien ton travail.
  • La reconnaissance sur le processus de travail, sur la pratique : comment je fais mon travail.
  • La reconnaissance sur l'investissement au travail, sur l'énergie que j'y mets.
  • La reconnaissance du résultat.

La reconnaissance n'est donc pas que le merci ou le bravo, ce n'est pas que les chiffres ou le résultat. Entre les deux, il y a tout un chemin pour y arriver.
 

La reconnaissance matérielle 

La rémunération est le premier signe de reconnaissance matérielle : tu travailles bien, je te donne un bon salaire.

Les augmentations, les primes, les bons d’achat et autres chèques cadeaux sont autant d’avantages qui témoignent aussi de la reconnaissance de l’entreprise.

Cette forme de reconnaissance peut également prendre un aspect plus symbolique, par l’attribution d’un titre de fonction : super junior, junior, presque senior, senior... 

La reconnaissance immatérielle

La reconnaissance immatérielle, ou communicationnelle, c'est tout d'abord savoir dire merci. 40% des salariés interrogés considèrent le merci comme le meilleur moyen de témoigner la reconnaissance, bien avant l’argent (21%).

On constate donc que la reconnaissance passe par des petites choses liées aux relations humaines, de sorte que le travailleur se sent reconnu, encouragé, écouté par ses collègues, son autorité, par des pairs, parfois même par la presse ou autre, et cette notion de reconnaissance lui donne un indice de motivation. La reconnaissance serait en effet un moyen d’améliorer la performance des salariés et de booster leur engagement dans l’entreprise.

La reconnaissance en a pris un sacré coup pendant cette période de télétravail forcé. L'entreprise n'était pas prête à mettre en place des signes de reconnaissance. Le télétravailleur se retrouve isolé chez lui, sans ses collègues, sans son management, qui de son côté se demande : mais qu'est-ce qu'il fait chez lui ?

"Non seulement on n'a pas de merci, mais en plus il y a une suspicion de réalisation", souligne Jean-Olivier Collinet. En additionnant ces deux facteurs, le risque de détresse mentale peut augmenter. Et même si le merci est exprimé, il manque la possibilité de donner à voir que l'on travaille, que l'on se démène. 
 

La considération de l'avis du salarié, le fait de le faire participer au processus de décision, est aussi un très bon moyen de montrer sa reconnaissance. Les entreprises participatives et collaboratives utilisent beaucoup plus ces signes de reconnaissance.

Le fait de proposer des formations est aussi une manifestation de reconnaissance : je vais participer à ton évolution de compétences. 
 

Une nécessaire remise en question de la reconnaissance au travail 

Un des travers de la reconnaissance est son instrumentalisation. Elle pousse l’individu vers une sorte de mise en scène de lui-même, il doit se vendre au quotidien. Le comble est l'instrumentalisation à l'américaine : on s'applaudit tous, on se dit tous merci, c'est le fake management.

Or, la reconnaissance doit être personnalisée. L'authenticité en est l'une des clés.

Pendant ce confinement, on a été tellement pris dans notre quotidien, dans notre inconfort, qu'on en a parfois oublié de créer des signes de reconnaissance et d'appartenance. A l'ère du télétravail, il est nécessaire de mettre en place des nouveaux processus qui favorisent ses signes, qui réinventent la reconnaissance.

Il est important de créer des liens avec ses collègues, même à distance. Et il est important aussi que le management, maintenant que l'urgence est gérée, se penche sur la façon de remercier ses équipes. On a tous besoin de motivation au travail !

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