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La réalité virtuelle, une arme contre l’anxiété, les TOC, phobies et addictions

Comment ne plus avoir peur de prendre l’avion, la voiture ou l’ascenseur ? Comment supporter la vue d’une araignée, d’un serpent ? Comment ne plus être dépendant de la cigarette ? L’utilisation de la réalité virtuelle, combinée avec des thérapies cognitivo-comportementales et la psychanalyse, offre une méthode innovante qui permet de soigner efficacement les peurs, les phobies, les TOC et les addictions. Comment ces psychothérapies se déroulent-elles ? Un guide de référence détaille les étapes de la thérapie intégrant les environnements virtuels 3D. Explications avec ses auteurs.

Le docteur Éric Malbos est médecin psychiatre, enseignant et chercheur au pôle psychiatrie du CHU Conception, APHM (Marseille), et à l’Institut Fresnel de l’université Aix-Marseille. Il pratique depuis plus de quinze ans la thérapie par exposition à la réalité virtuelle pour les troubles mentaux dans un cadre clinique et de recherche.
Rodolphe Oppenheimer, pychothérapeute-psychanalyste, spécialisé dans les crises d’angoisse, de panique, l’agoraphobie et les dépressions. Il combine dans sa pratique réalité virtuelle et psychanalyse.

Ensemble, ils publient Psychothérapie et réalité virtuelle – anxiété, TOC, phobies et addictions ! (Ed. Odile Jacob)

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Une technique prouvée

Le docteur Éric Malbos est aujourd’hui l’un des grands spécialistes de cette technique. En 2002, la recherche sur la thérapie par la réalité virtuelle a été son sujet de thèse, lui permettant d’associer à la médecine sa passion pour les jeux vidéo, les mangas, la science-fiction… Des chercheurs en Italie et aux Etats-Unis y travaillaient déjà, depuis 1992.

"On a aujourd’hui 29 ans de recul en termes d’essais sur des personnes et 29 ans d’explications scientifiques, et une réelle efficacité thérapeutique a été démontrée pour de nombreux troubles mentaux."

L’évolution technologique en matière de réalité virtuelle a été phénoménale sur les 15 dernières années et a rendu la technique beaucoup plus accessible aux professionnels et au public. Les visiocasques sont désormais disponibles pour quelques centaines d’euros seulement, permettant d’utiliser les environnements virtuels thérapeutiques chez soi, toujours avec l’accompagnement d’un thérapeute.


Une approche progressive

La thérapie d’exposition classique n’offre pas que des avantages : c’est très angoissant d’être exposé à l’objet de ses craintes, que ce soit un avion, un chien, un ascenseur, une araignée. C’est comme si on jetait un enfant dans l’océan pour lui apprendre à nager, c’est beaucoup trop brutal, explique Éric Malbos.

Le principal avantage de la réalité virtuelle est de pouvoir faire les choses très doucement, très progressivement. On va par exemple mettre une toute petite araignée virtuelle, très loin du patient, et tout doucement, la rapprocher, la faire bouger. Le fait que ce ne soit pas vraiment la réalité donne au patient le courage d’affronter une situation qu’il n’oserait pas affronter dans la réalité.

Cela va l’habituer à la présence de l’araignée, avec évidemment la combinaison de la psychothérapie, de la thérapie cognitivo-comportementale.
 

Réalité virtuelle et dépression

La réalité virtuelle peut être utilisée pour les phobies, les TOC, mais aussi pour la dépression, pour l’instant de façon expérimentale.

  • Elle permet de mettre les patients face à leur anxiété ou de leurs pensées, en créant un climat anxiogène ou dépressiogène, puis en les amenant vers la relaxation, sur une plage ou un lieu agréable, afin qu’elles s’imprègnent du bien-être qu’elles ont perdu dans la réalité.
     
  • C’est bien connu : le sport est aussi efficace qu’un antidépresseur. La réalité virtuelle permet au patient par exemple de faire du vélo dans des paysages agréables.
     
  • La réalité virtuelle a aussi un rôle d’éducateur. Le patient va donner des conseils à un avatar de lui-même plus jeune, pour l’aider à gérer sa déception et sa tristesse. Ces conseils vont considérablement l’aider lui-même.
     

Réalité virtuelle et crises d’angoisse

Les crises d’angoisse sont traitées via une trousse à outils que l’on donne aux patients, pour lui apprendre à respirer, à se détendre. Parmi ces outils, on retrouve la technique du training autogène de Schultz, la méthode Jacobson, les slogans… Cela les rassure d’avoir toujours avec eux quelque chose qui les aide en cas d’angoisse ou de crise de panique.

Il faut savoir que plus de 30% des personnes font au moins une fois dans leur vie une attaque de panique. Certaines de ces attaques résultent simplement d’un dysfonctionnement biochimique temporaire du cerveau. D’autres ont des causes précises, comme un traumatisme direct (accident de voiture ou panne d’ascenseur), ou indirect (témoin d’événements angoissants, de maladies), le stress ou encore de fausses informations, comme celles que donnent les parents à leurs enfants. Du type : ne va pas nager trop loin, tu vas te noyer.

"Le fait de dire cela à un enfant va lui faire croire que l’environnement lui est hostile et il risque de développer plus tard des attaques de panique", alerte Éric Malbos.
 

Réalité virtuelle et addictions

Le traitement des addictions par la réalité virtuelle est très différent de celui des troubles anxieux, des phobies et des TOC, explique le docteur Éric Malbos. Son efficacité commence à être démontrée.

On n’utilise pas dans ce cas d’environnements virtuels qui provoquent l’anxiété du patient, mais 3 types d’environnement :

  • Des environnements de tentation : bars de plage ou restaurants avec cigarettes, alcool… On va réveiller ainsi chez le patient l’impulsion de vouloir consommer, pour l’aider, avec les méthodes enseignées à l’avance, à la gérer.
  • La relaxation, pour apprendre à mieux gérer ses émotions, via des images agréables et délassantes : plages, cascades…
  • Et enfin l’aversion : on montre, en réalité virtuelle, des conséquences de l’addiction, tels que des vomissements.
     

Quelles limites à la réalité virtuelle ?

La contre-indication majeure à la réalité virtuelle est l’épilepsie photo-sensible : le patient ne peut pas être exposé aux écrans.

On relève aussi le phénomène de cyber malaise, qui provoque, comme le mal de transport, nausées, transpiration, sensation de mal-être. Cela survient surtout quand le patient bouge trop vite et peut donc facilement s’arranger.

Sinon, tout le monde est susceptible de pouvoir avoir recours à la réalité virtuelle, quel que soit l’âge. A condition d’être accompagné par des professionnels, au risque de déclencher des crises de panique et d’aggraver son état.


Ecoutez ici l'intégralité de cet entretien

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