Tendances Première

La "passion economy" en plein boom depuis la crise Covid : le début d’une nouvelle ère ?

Le concept de "l’économie de la passion" rencontre un grand succès depuis quelques années mais il est surtout en plein boom depuis la crise Covid. Jean-Olivier Collinet de Jobyourself est venu nous parler de l’ouvrage "The Passion Economy" d’Adam Davidson dans Tendance Première. Explications.

Définir la "Passion Economy" n'est pas si simple. On peut par contre affirmer que cette économie est formée de milliers d’indépendants "malgré eux" qui ont fait de leur passion ou de leurs centres d’intérêt leur principale source de revenus, via internet notamment, et qui se sont "détachés" de l’économie de masse.

Ce processus s'est fait progressivement. Il y a quinze ans, ces entrepreneurs étaient des blogueurs parmi d’autres. Puis, la génération suivante a commencé à monétiser ses talents sur des sites comme " gig economy " ou Fiverr et ils sont devenus YouTubeurs, influenceurs, et pour certains dropshippers. Désormais, ces entrepreneurs sont éditeurs de newsletters payantes, infopreneurs, formateurs ou même profs et vivent de leur passion en s’adressant à un public ciblé et fidèle.

D’où vient la Passion Economy et à qui s’adresse-t-elle ?

 

Alors que l’économie industrielle du XXe siècle exigeait des travailleurs qu’ils se conforment, qu’ils reproduisent les processus et soient fiables, l’économie d’aujourd’hui exige qu'ils soient uniques et différents. "Ne pas être une marchandise" : c’est sans doute la meilleure façon de prospérer dans cette "nouvelle" économie.

"L’économie de la passion", définit en effet une économie dans laquelle les individus et les entreprises doivent abandonner la course à la grande taille et aux économies d’échelles au profit d’une offre basée sur l’intimité et la personnalisation.

Bien que ce concept ait originellement rencontré un grand succès dans la Silicon Valley – ce qui pourrait donc avoir des airs un peu " élitistes " – l’ouvrage "The Passion Economy" d’Adam Davidson paru en 2020 aborde au contraire ces petites entreprises plus "ordinaires" qui "surfent sur les vagues du changement". En effet, Adam Davidson – un journaliste américain spécialiste de sujets économiques pour NPR (National Public Radio) et le créateur du podcast populaire Planet Money – soutient qu'"un grand nombre de personnes ordinaires peuvent prospérer en faisant ce qui leur plaît" grâce à la Passion Economy.

Qu’y a-t-il de si nouveau dans cette passion economy ?

Ce qui diffère essentiellement, c'est le mode de rémunération. Les créateurs qui publient sur ces plateformes de vente tournent le dos aux réseaux sociaux et aux blogs comme premier canal de diffusion. S’ils continuent à utiliser Facebook, YouTube ou Instagram, ou s’ils continuent à éditer un blog, c’est davantage en support de leur visibilité que pour essayer d’en faire une activité principale génératrice de revenus. Une génération qui n’a plus envie de s’épuiser à entrer dans une course à l’audience de masse et à produire des contenus gratuits, les rendant dépendants des algorithmes des plateformes et des caprices des régies publicitaires, sans aucune garantie de succès ou de reconnaissance en retour. Une génération de créateurs qui préfèrent travailler leurs talents et créer un lien fort – et rémunérateur – avec leur base de fans.

Leur credo : mieux vaut avoir 1000 vrais fans qui vous paient 100 euros par an que 100.000 fans pour lesquels YouTube vont donne royalement quelques centimes par vidéo vue. Bref, des producteurs de contenus qui veulent être rémunérés directement – et équitablement – pour leur travail. Mais aussi des artisans qui choisissent de produire des belles pièces locales que des productions de demi-masse. On a pu aussi observer ce phénomène dans le domaine de l’agriculture, notamment avec le grand succès des épiceries locale durant le confinement et la crise Covid.

Les 8 règles de l’économie de la passion

 

Dans son ouvrage "The Passion Economy", Davidson liste les 8 règles d’or d’une entreprise basée sur l’économie de la passion. Les voici :

Règle n°1 : Poursuivez l’intimité à grande échelle

Les technologies d’aujourd’hui permettent de combiner le meilleur de l’économie de masse du XXe siècle (machines et grande échelle) avec le meilleur du XIXe siècle (l’artisanat). " Il vous faudra peut-être faire preuve de créativité et d’expérimentation et être prêt à vous adresser un grand nombre de personnes qui, au début, pourraient sembler indifférentes à ce que vous avez à offrir ", précise Davidson.

Règle n°2 : Ne créez que des produits qui ne peuvent pas être facilement copiés

Il est préférable de se concentrer sur une petite niche qui n’intéresse pas les grandes entreprises et sur les choses qui sont difficiles à faire. "Dès qu’un de vos produits ou services a du succès et commence à être largement copié, vous devriez l’abandonner et faire autre chose".

Règle n°3 : Le prix que vous demandez doit correspondre à la valeur que vous offrez

"Le prix doit déterminer les coûts, et non l’inverse." On nous a enseigné que les coûts déterminent les prix, mais ici c’est l’inverse. Il est également préférable d’oublier les prix du marché, parce que ces prix concernent les produits de l’économie de masse, et non ceux de la passion. Changez constamment votre prix parce que la passion et les besoins ont tendance à évoluer.

Règle n°4 : Quelques clients passionnés valent mieux que beaucoup de clients indifférents

"Votre stratégie de prix basée sur la valeur exige de vendre aux bonnes personnes." Une fois que vous aurez identifié votre niche et votre clientèle cible, vous vous ferez naturellement une réputation auprès de cette base, et les meilleurs clients viendront souvent à vous d’eux-mêmes, sans que vous ayez besoin de mettre en œuvre une stratégie de vente agressive.

Règle n°5 : La passion, ça commence par une histoire

"Quoi que vous vendiez, vous vendez d’abord une histoire, et il vaut mieux qu’elle soit vraie." La valeur, c’est rarement quelque chose qui peut être mesuré objectivement. Elle dépend de l’histoire que vous racontez. Mais si cette histoire est un mensonge, c’est dangereux pour votre entreprise : "maintenir un mensonge, cela nécessite un effort supplémentaire qui n’augmente pas la valeur de votre offre".

Règle n°6 : La technologie doit soutenir votre entreprise, pas la diriger

À mesure que la technologie et l’automatisation deviennent omniprésentes, les relations humaines personnelles deviennent de plus en plus importantes. "La technologie offre l’espace nécessaire aux entreprises fondées sur la valeur et la passion". Il devient possible (et nécessaire) de servir une niche trop petite pour intéresser les géants de l’économie de masse, afin de se protéger de leur concurrence.

Règle n°7 : Sachez où est vraiment votre valeur. Peut-être pas là où vous pensez

"L’essentiel, c’est la valeur réelle que vous pouvez apporter à un client qui a envie de votre offre". Il est de plus en plus important de comprendre où se situe la valeur et de tester toutes les manières de capter cette valeur.

Règle n°8 : Ne vendez pas des marchandises interchangeables, même si d’autres pourraient voir votre produit ainsi

"Une marchandise, c’est un produit indifférencié qui est facilement copié et reproduit par d’autres." Par définition, un commerce de passion concerne un produit unique, pas une marchandise.

 

Pour aller plus loin :

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