Tendances Première

La fragilité n'est pas de la faiblesse

Virginie Megglé publie 'Étonnante fragilité', aux Éditions Eyrolles
Virginie Megglé publie 'Étonnante fragilité', aux Éditions Eyrolles - © Pixabay

Dans notre société, la fragilité est confondue avec la faiblesse. Aussi nous nous protégeons, dès qu’elle transparaît, sous un masque, comme une seconde peau. Nous nous défendons d’être fragiles et, au détriment de notre sensibilité, nous nous suradaptons.

Faut-il attendre de souffrir pour prendre conscience que nous sommes des êtres extraordinaires, doués de vulnérabilité ? Et si nous partions à la découverte de notre fragilité originelle ? Virginie Megglé, psychanalyste, nous invite à saisir cette clé du vivant, dans son livre Étonnante fragilité (Éd. Eyrolles).

Sensibilité qui nous émeut chez le petit enfant ou chez l’artiste, chez ceux que nous admirons, la fragilité permet l’empathie et nous ouvre à tous les possibles. C’est en nous mettant à son écoute, sans plus la nier, que nous puiserons en nous les meilleures, les plus authentiques de nos forces.

____________

Dans notre société, dès le plus jeune âge, la réussite est le maître mot. On demande à nos enfants d’être forts alors qu’ils sont par essence encore fragiles. On leur demande aussi de nous représenter, d’être beaux, intelligents. Cela se fait au détriment de leur sensibilité, qui fait part de leur fragilité.

Ce n’est pas nouveau : la fragilité a toujours été maltraitée, ne fût-ce qu’en temps de guerre. Mais nous vivons aujourd’hui dans une période dite de progrès, de non-guerre, et nous continuons pourtant à devoir être la plupart du temps des combattants, pour réussir.

Maltraiter la fragilité, c’est faire acte de faiblesse.

Les poètes ou des artistes comme Chopin, Beethoven, John Lennon, Coluche, Pierre Desproges,… ont comme point commun d’avoir assumé leur fragilité.

John Lennon, en avouant avoir été violent envers certaines femmes, a paradoxalement fait aveu de fragilité. Il a dit : "J’ai fait cette erreur". Sa propre fragilité étant déniée, car on lui demandait d’être fort, il a pris le risque de dénier la fragilité de l’autre. Il s’en est excusé au travers de ses chansons, explique Virginie Megglé.


Un rien suffit à nous fragiliser

La fragilité est sans sexe, elle est homme-femme. Elle est constitutive de la vie, elle fait notre humanité. La vie est fragile, éphémère, et il en va de même pour nous. Nous pouvons être forts, combatifs, un rien suffit à nous fragiliser. Une maladie, un accident va nous rappeler à la fragilité.

J’ai envie de dire : N’attendons pas l’accident pour être rappelé à notre fragilité. Essayons de trouver des gestes dès maintenant pour faire attention.

Cela devrait être un appel à prendre soin de la fragilité qui est en nous, à nous laisser étonner par elle, à être délicat avec la vie. Nous devenons alors, paradoxalement, en connexion avec une véritable puissance. Respecter la vie en son essence dès le départ, c’est pouvoir respecter la fragilité tout au long de la vie.


Les hommes interdits de fragilité

Nos sociétés occidentales sont brutales, elles ne laissent pas le temps de prendre en compte cette fragilité. Les gens entre eux se maltraitent, en particulier les hommes, historiquement des guerriers qui ont dû nier leur fragilité. Pendant longtemps, ils étaient comme interdits de paternité. Aujourd’hui, cette reconnaissance de la fragilité de l’enfance les renvoie à leur propre fragilité et à celle de l’humanité.

"En miroir, quand les hommes acceptent leur fragilité, cela nous renvoie à la nôtre, femmes. Après, certains hommes accepteront peut-être de voir la fragilité des femmes non pas comme la manifestation d’infériorité, mais comme un droit à prendre soin de soi."
 

La tragédie de la réussite

Marilyn Monroe et John Kennedy, c’est la rencontre de deux âmes-soeurs maltraitées par la vie. Ils ont tous deux souffert depuis l’enfance d’un déni de fragilité, au service de la réussite.

La conquête du pouvoir à tout prix se fait souvent au déni de la fragilité.

Il faut parfois paraître fort avant de pouvoir assumer sa fragilité, comme si cela rassurait notre entourage. C’est comme si on mettait un vêtement pour se protéger du regard, c’est une façon de s’équiper, de s’armer. Il serait tellement préférable de s’accepter dans sa complexité, car on peut être à la fois fort et fragile. Il faut ne pas avoir peur de révéler sa fragilité, ne pas la prendre pour une faiblesse, permettre à l’entourage de changer de regard. Oui, on peut être fragile, mais on est aussi essentiellement puissant !

Alors, cessons de cacher nos failles, assumons-les, acceptons-nous avec notre fragilité, dit Virginie Megglé. Nos failles peuvent être nos forces. Comme l’art nous permet d’ouvrir nos sens, essayons de le faire aussi dans la vie !

Écoutez-la ici

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK