Tendances Première

La digitalisation : faut-il en avoir peur?

Dans son livre Homo Digitalis, Thierry Geerts analyse les dangers et les opportunités de la révolution digitale. Sa conclusion est claire : la technologie est neutre et c'est à l'homme qu'il revient de l'utiliser en connaissance de cause. Et si l'homo digitalis remplaçait l'homo sapiens ?

 

Sans tabou et le regard tourné vers l'avenir, Thierry Geerts, directeur général de Google Belgique, cite de nombreux exemples de la façon dont la digitalisation peut nous influencer, à titre personnel et au niveau de la société. Si nous saisissons cette opportunité, la digitalisation pourra nous rendre plus heureux, nous permettra de bénéficier de plus de temps pour exercer notre créativité et améliorer nos connaissances, d'améliorer les soins de santé et de réaliser ce qui est réellement important pour nous. Nous deviendrons plus humains. 

Homo Digitalis : Comment la digitalisation nous rend plus humains est publié aux Editions Racine.

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Mettre sa peur de côté

La technologie fait peur, elle entraîne de multiples changements dans notre société aujourd'hui, qui nous impactent au niveau personnel.

"C'est très humain d'avoir peur de ce genre de transformations : on a eu peur de l'électricité il y a 150 ans, mais on a appris à la maîtriser. (...) C'est exactement la même chose avec la digitalisation, qui va nous rendre plus humains si on parvient à la maîtriser." 

C'est pour cela que nous sommes tous des Homo Digitalis, explique Thierry Geerts, des êtres humains améliorés, grâce à ces technologies qui nous aident, mais qui présentent aussi, comme toute chose, comme l'a été l'automobile par exemple, certains risques. "La bonne nouvelle est que personne n'est mort de la digitalisation."

Parmi ces risques, il y a celui de ne pas savoir prendre ce tournant et de rester sur le carreau. Il est important d'accompagner tout le monde dans cette transformation digitale. Et heureusement, elle est très inclusive. Là où une encyclopédie coûtait très cher, on a accès aujourd'hui, via Internet, à une encyclopédie de bien meilleure qualité, toujours à jour.

L'Intelligence Artificielle, il ne faut pas en avoir peur, ajoute Thierry Geerts. C'est un très mauvais terme, qui sonne un peu comme Robocop ou Terminator, alors que c'est juste de l'informatique de nouvelle génération, qui nous aide mieux que la précédente. On ne va devenir des espèces de Robocop, on va juste avoir une meilleure imagerie médicale, des facilités de traduction, plein d'outils qui rendront notre vie plus efficace, plus saine et plus humaine, et qui seront basés sur l'expérience collective de l'humanité. 

Il faut rassurer les gens en leur expliquant bien les avantages et les risques de la digitalisation, pour leur permettre de la maîtriser.
 

L'inclusion indispensable

Pour Thierry Geerts, l'une des conditions sine qua non pour que la digitalisation se fasse au service et au bénéfice de la population, c'est de la penser en termes d'inclusion.

Si on travaille à donner cet accès aux 7% de gens qui n'ont pas encore accès à ces technologies, 100% des gens auront accès à cette encyclopédie, à ces traductions, à plein de savoirs. 

Il faut maintenant utiliser cet apprentissage pour faire un monde meilleur et c'est beaucoup moins compliqué que ça en a l'air. Simplement en enlevant la peur, en quelques jours, les gens se rendent compte de ces avantages. Un bel exemple, les personnes âgées, dans une maison de repos, ont appris en 5 minutes à faire une vidéoconférence !

Un autre exemple au niveau des emplois : des gens qui n'ont aucune formation, aucun diplôme, reçoivent par BeCode neuf mois de formation en informatique. 80% d'entre eux trouvent un métier dans l'informatique, un métier plutôt bien payé, où il y a pénurie de talents. Et c'est important d'avoir des gens qui connaissent l'informatique pour faire évoluer notre société belge dans cette voie de la digitalisation !
 

Y aller ensemble

Ce monde digital va être pour tout le monde, il doit être égalitaire. Il y a déjà 93% des Belges qui sont totalement digitalisés.

"Il faut aussi que cela soit développé par les gens qui représentent cette société. Si ce sont tous des ingénieurs civils blancs qui développent tous ces systèmes, qui sont utilisés par des hommes et des femmes d'origines différentes, on ne va évidemment pas réussir à créer une société inclusive."

C'est une occasion unique pour que les jeunes, les femmes, les gens de toutes origines, se lancent dans le développement de la maîtrise de cette digitalisation, pour que, tant du côté de la mise en place de l'outil que de son utilisation, ce soit diversifié.

"Si vous prenez un groupe, tous les mêmes, vous êtes très vite d'accord. Tandis que si vous mettez des personnes différentes ensemble, ça va prendre un peu plus de temps pour trouver un accord. Par contre, ça va être bien meilleur, parce qu'on va tenir compte de tout un chacun."


Reprendre la main

Au niveau diversité, il faut aussi développer en Belgique, il ne faut pas tout laisser aux Chinois ou à la Silicon Valley. On doit reprendre la main dans ces transformations.

La bonne nouvelle est que nous avons énormément de connaissances au niveau Digital Intelligence. La semaine dernière se déroulait d'ailleurs la Semaine de l'Intelligence Artificielle en Belgique, organisée par les différents gouvernements.

"La Belgique a toujours été à l'avant-plan des transformations précédentes. On était la première nation, après l'Angleterre, à développer la première Révolution industrielle. L'Expo 58 a été un moment où la Silicon Valley, ça se passait à Bruxelles et nulle part ailleurs. Donc je crois que c'est un bon moment maintenant pour reprendre cet avantage."

La Belgique n'est d'ailleurs absolument pas à la traîne dans ce domaine, précise Thierry Geerts. Des choses fantastiques s'y passent, mais ce n'est pas la perception du grand public. Il faut retrouver la fierté de ce qui se fait en Belgique, de sorte que les jeunes soient inspirés à aller travailler dans ce secteur.

 

Thierry Geerts nous parle aussi de durabilité et de bien d'autres choses.
Ecoutez la suite de l'entretien ici...


>>> Pour aller plus loin : 
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