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" La cour de récréation peut devenir le lieu d'une véritable guerre de territoires "

"La cour de récréation peut devenir le lieu d'une véritable guerre de territoires"
"La cour de récréation peut devenir le lieu d'une véritable guerre de territoires" - © Tous droits réservés

La cour de récréation est un véritable lieu de vie et un espace majeur pour le développement des enfants. Nous en gardons tous des souvenirs, qu’ils soient bons ou mauvais, cette fameuse « cour de récré » marque la mémoire de notre enfance. Cependant depuis la création de cet espace de « détente » la cour de récréation n’a jamais été pensée ou réellement investie en profondeur.

Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’université de Mons et Willy Lahaye, philosophe et Docteur en Sciences Psychologiques et de l’Education propose un ouvrage qui donne un ensemble d’instruments concrets et de réalisations didactiques pour aménager la cour de récréation et en faire un espace de non-violence.

 

« J’ai à la fois des bons et des mauvais souvenirs de la cour de récréation, les bons sont ceux de la convivialité, de jeux et les mauvais ceux qui renvoient à de la violence entre camarades de classe et à de la violence institutionnelle, la punition de l’enseignant. Willy Lahaye

Pour moi la cour de récréation est un vrai spectacle. Lorsque j’étais enfant j’observais de loin cette mise en scène de soi que les enfants font d’eux-mêmes avec des groupes qui se font, qui se défont. La cour de récréation donne une impression de violence, qui peut faire peur, et c’est un espace où le territoire n’est jamais conquis d’emblée. Bruno Humbeeck

 

La cour de récréation, un territoire

Le bruit d’une cour de récré est identifiable entre tous. Si l’on se balade dans un village tranquille, et que la cloche retentit, impossible de ne pas entendre les cris des enfants. Pour Bruno Humbeeck, ce bruit généré par la cour de récré est comparable à celui d’une cage à babouins dans un zoo, celui d’un espace transformé en territoire. Comme dans la cage des babouins dans un zoo, l’agressivité naturelle se développe dans la cour de récréation.

Or si on regarde des babouins dans leur espace naturel ils ne font pas de bruit, comme pour la cour de récréation où l’enfant va interagir différemment dû à cet environnement de la cour.

« Si votre enfant fait les mêmes cris que dans une cour de récréation chez vous c’est que ça ne va pas. » explique le psychopédagogue.

 

Réguler, stimuler, pacifier

Dans leur ouvrage, Willy Lahaye et Bruno Humbeeck ont donc réfléchi à la façon d’optimiser cet espace. Il faut penser la circulation, proposer et pas imposer et donner ainsi des règles qui vont faciliter la vie. Car la cour de récréation est un véritable espace de vie et ne doit pas être un défouloir. Or les enseignants n’ont pas forcément les outils pour gérer le contrôle de ce territoire.

L’idée majeure est de mettre en place une signalétique, avec des symboles. « Ce ne sont pas des règles écrites ce sont des règles symbolisées, si on incorpore les règles, on va entériner par des règles des mécanismes naturels. »

L’idéal est également que les élèves participent à l’élaboration du mode de fonctionnement de la régulation, avec les enseignants en appui, ils peuvent également parler des sanctions. De cette manière ils se sentent concernés.

L’aménagement passe aussi par exemple par la régulation les flux dans les couloirs en évitant la cacophonie, car cacophonie dans les couloirs est égal à chaos dans la cour. Comment ? En traçant simplement des lignes, cela permet d’indiquer un sens et cela réduit insécurité.

Une cour régulée est donc égale à une cour pacifiée, les parents ne veulent pas laisser leurs enfants dans un espace non régulé et violent.

 

Déterminer des espaces dédiés

Un bon exemple repris par le psychopédagogue est celui du foot.

En général si on observe une cour récréation, on pourra vite constater que le foot occupe une place dominante et centrale. On constate alors également que souvent les filles, même très petites longent les murs car le territoire central appartient aux garçons.

Souvent le foot prend trop de place dans la cour, les filles incorporent en elle cette différence et ne cherchent même plus à pouvoir jouer au centre de la cour.

« Le football en cours des récréations ce sont des enfants qui suivent un ballon et qui essayent d’élargir leur territoire. »

Or si on régule, il y aura alors des vrais matchs de football, on pourra même constituer des équipes, mettre des bancs de supporter, donner des vareuses et définir des timings pour chacun. Ce qui permettra à chacun de jouer de manière égale à un endroit de la cour.

Il faut donc définir des espaces dédiés aux activités, que ce soit pour le sport, la musique, ou encore la lecture pour chacun trouve sa place.

 

 

Pour avoir d’autres précieux conseils sur l’aménagement optimal d’une cour de récréation, écoutez la suite dans Tendances Première.

 

 

 

 

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