Tendances Première

L’école Poudlard de Harry Potter, une école idéale ?


Pourquoi l’école de Poudlard semble-t-elle idéale aux yeux des lecteurs d’Harry Potter ? Réponses avec Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons.

D’après les élèves, Poudlard serait l’école idéale, même si ses épreuves sont extrêmement difficiles. L’autre école idéale étant la Star AcademyIl s’agit pourtant d’écoles qui ne sont pas très novatrices au niveau des pédagogies : les profs donnent cours à l’ancienne, ils sont très sévères, la discipline est stricte, les évaluations sont sanctionnantes, parfois humiliantes…
 

Comment expliquer cet engouement pour ce modèle d’école ?

Bruno Humbeeck y voit deux explications : le fait que l’estime de soi de l’élève est toujours préservée et la compétence de l’enseignant.

  • D’abord, on croit en les compétences des élèves. "Quand vous êtes à l’école des sorciers, on suppose que vous êtes un sorcier potentiel et que vous avez une compétence latente qui est affirmée d’emblée. On y croit et on fait en sorte qu’elle se développe. Ce n’est pas ce qu’on voit systématiquement dans nos écoles. On a l’impression que certains élèves passent toute leur scolarité à démontrer leur compétence latente."
     
  • Et les enseignants sont très compétents. Même ceux qui sont dans les branches les moins populaires, comme la magie noire, sont considérés comme ultra-compétents dans leur domaine.


Le modèle Star Academy

La Star Academy fonctionnait de la même façon. Le débriefing de Raphie était sévère : elle y allait franco ! Les évaluations étaient parfois très trash, mais on y faisait participer l’élève et on faisait en sorte qu’il apprenne de ses erreurs.

Il y avait beaucoup de bienveillance et quelque chose de l’ordre de la ténacité : on croit en ton développement, on sait que tu vas y arriver. Et on sait que tu as une telle envie de progresser que tu vas accepter de discuter de ce qui va moins bien.

Dans The Voice aussi, on a ces évaluations sanctionnantes, c’est le principe de l’émission. Et il y a au moins chaque fois un petit débriefing. Il est beaucoup plus réduit parce qu’il n’a pas la vocation, comme la Star Academy, de mimer ce qui doit se mettre en place dans une école, c’est juste une épreuve. Mais il y a toujours cette petite explication qu’on essaie de donner pour que la personne ne soit pas démolie par l’échec et accepte de continuer à oser, pour pouvoir un jour gagner.

Dans ces concours, il est intéressant d’observer les manières dont on peut consolider l’estime de soi des candidats.
 

Poudlard, un modèle réaliste

La force de J.K. Rowling est d’avoir changé les codes. Le monde réel d’Harry Potter est décrit de manière telle que personne n’y croit, on sait qu’on est dans l’imaginaire, les personnages sont fantaisistes. Harry Potter est d’ailleurs un sorcier qui ne croit pas tellement en lui-même.

"Par contre, l’école est hyper réaliste et c’est à cela que les lecteurs ont adhéré et c’est pour cela qu’ils se sont positionnés comme s’ils pouvaient être des élèves de Poudlard. Et on voit de plus en plus d’écoles qui associent Harry Potter à leur projet pédagogique, avec de superbes résultats. Parce que l’enfant peut accepter beaucoup de choses si on croit profondément en son potentiel. Il peut même accepter les humiliations de professeurs, parce qu’il y a Dumbledore, un directeur qui croit au potentiel de tous ses élèves", explique Bruno Humbeeck.


Faire de l’école une épopée collective

A Poudlard, il y a de la compétition de groupe, ce qui existe beaucoup trop peu dans les écoles : on va se mobiliser ensemble, réussir ensemble. On accepte des formes de compétition qui n’éliminent pas. La coopération, la collaboration se mettent en place aussi dans les épreuves de Quidditch.

"C’est une belle leçon pour ce qu’on est en train de vivre actuellement. Une école qui se débarrasse complètement du sport et qui ne se centre que 'sur l’essentiel', c’est comme si Dumbledore avait décidé qu’on ne faisait que des cours de magie théorique. Et on évite tout ce qui fait partie de la vie des élèves", regrette Bruno Humbeeck.

C’est pour cette raison qu’on voit les élèves s’éteindre. Il faut donc réintroduire le sport, le football, dans les écoles, créer des événements collectifs, des matches, tout en respectant les règles sanitaires, avec uniquement des passes et des tirs au but par exemple.

"Le Quidditch est une épopée collective à l’intérieur de laquelle chacun peut être un héros. C’est ça une école idéale, c’est une école qui vous donne l’occasion aussi, dans tous les espaces de votre développement, d’être temporairement le héros de votre histoire, parce que vous participez à une épopée collective. Ce n’est pas une école qui se contente de diffuser les matières."
 

Vers l’école idéale

Avec Harry Potter, on a l’impression d’une école magique, qui en réalité ne l’est pas, parce que tout ce qui est mis en place est réaliste et que les enseignants sont reconnus pour leurs compétences.

"Et là j’invite les parents à réfléchir à cela, lorsqu’ils critiquent les enseignants devant leurs enfants. Ces critiques sont mal vécues par les élèves, parce qu’elles désacralisent ceux qui sont capables de dispenser des compétences."

Les relations école-famille n’existent pas à Poudlard, on est dans un monde à part, et c’est ce que doit être l’école, rappelle Bruno Humbeeck. Les parents doivent rester en dehors de l’école - c’est ça les principes de coéducation -, tout en sachant ce qui se passe à l’école.

"Si l’école parvient à émettre un message rassurant, à expliquer son projet pédagogique, à expliquer ce qui est mis en place pour que les enfants se développent de manière positive, on a quelque chose qui participe à l’école idéale."


Ecoutez Bruno Humbeeck dans Tendances Première, ici

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