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L’e-réputation : comment notre usage d’Internet peut nuire à notre employabilité

L’e-réputation, ou e-notoriété, délivre des éléments sur une personne sans que celle-ci ne puisse totalement les maîtriser. Cette identité numérique peut orienter favorablement ou défavorablement une opinion. Elle peut ainsi faire ou défaire très vite des réputations. Quels sont les éléments à prendre en compte pour soigner son image digitale ? Réponse avec par Jean-Olivier Collinet, de Jobyourself.

Historiquement, la réputation se faisait par le bouche-à-oreille. C’était les ragots qu’on répandait sur vous ; vous aviez bonne ou mauvaise réputation.

Au fil du temps, ce concept s’est retrouvé sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, la réputation se fait par la traçabilité digitale. Quand on tape votre nom sur Google, quand on fait une enquête sur vous au niveau digital, vous avez déjà une réputation, qui peut parfois remonter à bien longtemps. Vous l’avez oubliée, mais Internet laisse toujours des traces…


Qui voit quoi sur nous ?

On voit de nous beaucoup plus que l’on ne pense. L’interview de recrutement se fait de plus en plus souvent de manière digitale.

Les recruteurs ont accès à des logiciels, des sortes de détectives privés digitaux, qui émettent un rapport de votre réputation digitale et une cohérence entre votre vie privée et votre vie publique. Et cela devient un critère de recrutement.

Ont-ils le droit d’utiliser ainsi vos données ?

"A partir du moment où ces données sont sur internet, légitimement on peut les utiliser pour se faire un avis sur vous. Dans le sens étymologique du terme, une réputation, c’est un groupe de personnes qui émet un avis sur vous, sur base des éléments qu’il a à disposition. Et aujourd’hui, on a beaucoup à disposition sur vous, sur Internet et les réseaux sociaux", explique Jean-Olivier Collinet.

Cela vaut donc la peine de faire un peu de nettoyage dans vos données.


Comment soigner son e-réputation ?

Il est difficile de rétablir son e-réputation, c’est bien pour cela qu’il faut la soigner dès le départ, recommande Jean-Olivier Collinet. C’est un message à adresser aux jeunes, qui sont très friands de se mettre en scène, à des âges où l’on ne se rend pas compte des conséquences pour l’avenir.

"Il faut être très prudent dans nos comptes, nos posts, nos signatures de pétitions, nos prises de position, dans les commentaires que l’on laisse parfois par rapport à l’actualité… Au bout du compte, cela laisse des traces et peut influencer le recruteur, au moment de se dire : je le prends ou je ne le prends pas ?"

Il y a aussi un risque de discrimination, par la perception personnelle des informations. Le recruteur va se fier à des éléments factuels, qu’il va lui-même interpréter en fonction de son expérience. S’il voit que le candidat a signé une pétition pour la chasse, par exemple, et qu’il est lui-même contre, sa perception sera immédiatement négative.


Quelles conséquences de l’e-réputation sur une carrière ?

C’est très subjectif et les choses s’aggravent avec le temps. Désormais, au niveau politique, quand un ministre entre en fonction, une enquête est faite sur lui. Il y a eu des exemples en France, notamment de ministres qui ont perdu leur poste, suite à leur réputation et à leur e-réputation.

Une entreprise peut estimer que les positions privées d’une personne ne sont pas en adéquation avec les valeurs qu’elle défend. Elle a le droit de licencier, à charge ensuite au Tribunal de trancher si le licenciement est abusif ou pas. Même si on n’est pas en recherche d’emploi, il faut donc être soucieux de notre présence sur le digital.


Créer son e-réputation

Dans l’e-réputation, il y a les traces que l’on laisse, mais il y a aussi le message que l’on veut communiquer, qui se crée, qui se construit.

Alors, pour être heureux, vivons cachés, est-ce le bon choix ? Vaut-il mieux être absolument absent des réseaux sociaux ou d’Internet ?

Jean-Olivier Collinet constate qu’il vaut mieux avoir une réputation sujette à interprétation plutôt qu’aucune, parce que cela génère une suspicion de la part de l’employeur, qui se dit : il n’est présent nulle part.

Il y a donc un doux équilibre à prendre à compte et à travailler. Il est important d’être à l’aise avec ce qui est publié et de communiquer une image cohérente entre ce que le digital dit de vous et la perception que l’employeur a de vous.

Des sociétés spécialisées existent pour travailler l’e-réputation, au niveau d’une personne ou d’une entreprise. Le problème est que si votre profil est trop parfait, cela semble douteux. Il vaut mieux garder une part d’humanité.

Jean-Olivier Collinet insiste aussi sur le fait que ce n’est pas le seul élément du recrutement.


LinkedIn, l’indispensable

Le réseau professionnel LinkedIn doit aujourd’hui être considéré comme un outil indispensable, presque comme une obligation, souligne Jean-Olivier Collinet.

L’employeur va trouver bizarre de ne pas vous y trouver. Il y a une cohérence, une association entre le contenu de LinkedIn et le contenu de votre CV.

Le storytelling s’y développe ces dernières années : les gens créent sur la plateforme une histoire d’eux-mêmes, postent des avis, des petits sons de présentation. Tout cela aide le moteur de recherche à vous mettre en avant et les recruteurs à trouver un avis supplémentaire à celui du CV.

LinkedIn est aujourd’hui un élément-clé pour l’e-réputation en matière de recherche de candidats, sur base de cette cohérence, mais aussi sur base des recommandations que l’on peut y trouver. Il ne faut donc pas hésiter à demander ces recommandations à ses anciens employeurs et collègues, cela facilitera la recherche d’un emploi.

Près de 20% des entreprises utilisent LinkedIn pour trouver des profils, et cela devrait s’intensifier. Les bourses à l’emploi, les salons et événements liés jadis au recrutement, incontournables pour se faire une première perception d’une personne, sont aujourd’hui remplacés par d’autres moyens pour se mettre en avant.

Je pense que l’e-réputation est l’un de ces moyens de se mettre en avant, en faisant des blogs, des articles, en donnant des avis constructifs sur des thématiques qui vous ressemblent. Et je suis convaincu que cela peut aider votre employabilité, et donc à trouver un emploi.

Car il y a toujours des offres d’emploi aujourd’hui, mais la manière d’y accéder est un peu différente. On a tout intérêt à revoir son profil LinkedIn, à voir s’il ne manque pas certaines informations. Des tutos existent sur comment soigner son e-réputation ou son profil sur LinkedIn.

"Vous pourrez créer un chouette contenu sur vous-même, avec une dose de personnalité, mais en restant vous-même, parce qu’on cherche quand même avant tout des humains", rappelle Jean-Olivier Collinet.

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