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L'alcoolisme au féminin : comment en sortir ?

L’alcool occupe une place toute particulière dans notre société. Sa consommation est profondément ancrée dans notre culture, nos traditions et notre patrimoine. Elle n’est pas toujours problématique ; mais lorsqu’elle le devient, cela peut devenir un enfer. Et quand ça concerne les femmes, c’est encore plus compliqué. L’alcoolisme au féminin, reste mal perçu. La honte et le déni sont renforcés. Un phénomène très bien expliqué dans le livre témoignage de Pierre D. Un livre préfacé par Patrick Buchard, alcoologue.

Avec Pierre D, auteur du livre " Chérie, dis-moi, pourquoi tu bois ? " Editions la boîte à PandoreEt Patrick Buchard, alcoologue qui a mis en place une méthodologie de prise en charge spécifique pour les femmes.

Un jour, le monde change de sens.

Dans son ouvrage, Pierre D. raconte le parcours de la dépendance de sa femme à l’alcool et la façon dont il gère cette maladie.

Pierre a été confronté à l’alcoolisme de sa femme brutalement. Comme elle avait un tempérament joyeux, il ne s’est pas étonné de ses rires mais c’était déjà l’annonce de l’alcoolisme qui était joyeux au départ mais dramatique par la suite.

Un jour, alerté par une de ses filles, il a découvert sa femme gisant au sol, sous l’emprise de l’alcool. Le monde s’est écroulé.

Des recherches de solutions

Son premier réflexe a été d’essayer de protéger ses enfants et ensuite de comprendre. Pour lui, sa femme était habitée par quelqu’un d’autre, l’alcool transforme tout : les attitudes, les comportements, la personnalité, les réponses… Elle était devenue une autre personne.

Il s’est tourné vers des associations qui aident les personnes alcoolodépendantes pour savoir que faire mais elles étaient submergées et il n’a pas trouvé d’assistance immédiate.

Il a supprimé toutes les bouteilles mais dès lendemain sa femme en avait racheté d’autres.

Il a même envisagé un enfermement administratif dans le seul but de l’aider à guérir mais il a été incapable de s’y résoudre.

 

La culpabilité et le questionnement

Pierre D, raconte qu’il a été confronté à la question de la culpabilité. Pourquoi son épouse est-elle tombée dans l’alcoolisme ? Qu’avait-il fait pour provoquer ça ? Il était persuadé que s’il connaissait la ou les cause(s), il trouverait la solution mais les réponses n’arrivaient pas.

Pour Patrick Buchard, la recherche de la cause n’a pas sa raison d’être. Il n’y a pas qu’une seule raison, (le rôle de l’hérédité n’est pas prouvé), ce sont de multiples facteurs. D’ailleurs, on parle de l’alcoolisme comme d’une maladie neuro-bio-psychosociale. C’est au fur et à mesure de l’abstinence que les causes se révèlent. Les analyses et psychanalyses doivent se faire après de longues années d’abstinence parce qu’il faut être solide pour faire psychanalyse.

Dans sa préface, Patrick Buchard indique : " Les raisons qui ont poussé une femme à être dépendante d’alcool sont souvent terribles et très secrètes ".

Dans son cabinet à peu près la moitié des femmes alcoolo dépendantes le sont devenues suite à des attouchements qu’elles ont subis par des membres de la famille quand elles étaient jeunes. C’est très enfoui, le déni arrive rapidement, c’est une manière de se protéger, ce n’est pas un mensonge.

Le rôle des familles

Les familles et les proches ne sont pas soignants mais accompagnants.

Il est important de garder toujours en tête que l’alcoolisme est une maladie, une dépendance. On parle d’ailleurs d’alcoolo dépendance. Il y a toujours un sentiment de honte et de méfiance à parler de l’alcoolisme.

Le rôle de la famille et des proches est d’accompagner, les soins doivent être délégués à des professionnels.

Un long chemin

C’est au retour d’un périple sur les chemins de Compostelle que Pierre a changé son regard sur la situation : il ne voit plus l’alcool comme un poison mais l’alcoolisme comme une maladie. A partir de ce moment, il a pu partager de nouveau des petites choses avec son épouse.

Cette situation dure depuis 20 ans. Il est toujours resté près de son épouse pour l’accompagner mais elle reste dans le déni et refuse de reconnaître sa dépendance.

Il faut beaucoup de patience et d’affection pour traiter, parler, accompagner un malade.

La méthode de prise en charge

Patrick Buchard et son équipe se rendent dans des entreprises pour sensibiliser le personnel et aider les personnes alcooliques. Ils sont intervenus dans les 350 plus grandes entreprises en France.

La méthode est particulière : il s’agit d’un sevrage ambulatoire. L’équipe rencontre des salariés hommes ou femmes alcoolos dépendants qui sont devenus, à cause de l’alcool, inaptes à leur emploi. Le but est de les rendre de nouveau aptes au travail. Pour cela, on leur adjoint un consultant alcoologue, ancien malade lui-même qui est disponible 24 heures sur 24. Les injonctions thérapeutiques des employeurs sont souvent salvatrices : " si tu ne te soignes pas, tu ne gardes pas ton poste ".

Plus de 1.850 personnes ont pu ainsi réintégrer leur poste.

Parallèlement, ils mènent des actions préventives aux risques alcool.

Quelques conseils

Ceux qui figurent à la fin du livre de Pierre D. :

- Ne pas rester seul devant l’alcoolisme d’un proche

- Prendre contact le plus rapidement possible avec son médecin ou un alcoologue

Ne pas cacher les choses aux enfants
 

En savoir plus :

De Pierre D aux éditions La boîte de Pandore

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