Tendances Première

"Je me suis dit, eh bien en fait, c'est possible" : toutes les pistes pour se réorienter professionnellement

La Cité des Métiers à Bruxelles propose de multiples pistes
La Cité des Métiers à Bruxelles propose de multiples pistes - © La Cité des Métiers

La reconversion professionnelle est un phénomène de plus en plus commun dans notre société, mais c’est aussi un phénomène tendance. La recherche de sens dans son travail, la multiplication des burn out, ont poussé de plus en plus de personnes à se poser la question du changement professionnel. Mais il n’est pas toujours simple de se lancer dans une reconversion professionnelle. Pourtant des structures existent, des trajets sont proposés et certains métiers en pénurie sont désespérément en recherche de main d’œuvre. Comment s’y retrouver ? Par quoi commencer ?

Avant, on entrait dans une boîte et on y restait toute une carrière. À la rigueur, on changeait une ou deux fois d’entreprise, mais toujours dans le même secteur. Puis les crises ont obligé certaines personnes, qui ne trouvaient plus d’emploi dans leur branche, à se reformer à d’autres métiers. Plus récemment est apparue l’idée que travailler doit être fait avec du sens. Et avec la multiplication des burn out, la notion de reconversion professionnelle s’est développée. Mais vers qui se tourner ?

 

La Cité des Métiers

Martine Sainlez est conseillère en orientation à la Cité des Métiers, un lieu d’information et d’orientation ouvert à tous publics. On peut y venir sans rendez-vous et on y privilégie l’anonymat de la personne et du conseiller.

La Cité des Métiers concentre en un seul lieu toutes les pistes pour l’orientation, la réorientation, la formation, la recherche d’emploi, la création de sa propre entreprise, la mobilité interrégionale et internationale. Les différents conseillers cumulent leurs connaissances. Ce concept multipartenarial permet que la personne reparte avec une information complète pour s’y retrouver parmi les diverses options, et avec un maximum de pistes et de conseils.

La Cité des Métiers est pleinement opérationnelle à Bruxelles, à Charleroi. Elle vient de s’ouvrir à Namur via le Carrefour Emploi Formation Orientation local, et ouvrira à Liège en 2023.

Le profil type de la personne qui pousse la porte de la Cité des Métiers, c’est quelqu’un qui ne sait plus où il en est, qui sait juste qu’il ne veut plus faire ce qu’il a fait jusque-là, et qui cherche à faire le point sur ce qui l’anime, sur ses compétences, sur ses valeurs.

Le premier moment où une orientation est à envisager, c’est au moment du choix des études, vers l’âge de 18 ans. Un choix compliqué, le jeune n’a pas d’expérience de vie, il ne se connaît pas bien lui-même. Le premier conseil de Martine Sainlez est d’aller rencontrer sur le terrain quelqu’un qui pratique le métier et pourra expliquer concrètement les conditions de travail, les horaires.

Certaines entreprises cherchent aussi des travailleurs en reconversion, pour leur expérience ou leurs soft skills, leurs compétences comportementales. Parfois l’employeur préfère former sur le terrain. "C’est la grande mutation du marché de l’emploi actuel. On n’est plus dans un CDI du début à la fin de la carrière, le même métier. Il faut avoir en perspective les métiers d’avenir, les mutations des métiers et des contrats de travail. Les parcours atypiques seront la norme dans le futur et seront peut-être plus rassurants pour l’employeur."


Startup Camp

Jean-François Eloin est devenu son propre patron, après avoir travaillé 12 ans en blanchisserie. Sa chance a été de tomber sur la Startup Camp : un programme d’accélération de deux semaines qui permet de challenger les projets pour voir s’ils sont réalisables.

Je me suis dit, eh bien en fait, c’est possible. 

Encouragé, rassuré, il a pu, avec un associé, lancer son propre projet de produits d’entretien belges issus de l’économie circulaire, LaverVert.

Il a bénéficié entre autres aussi de l’aide d’Innovatech, Engine, du plan Tremplin Indépendants, des chèques d’entreprise,… Il existe en effet de multiples structures d’aide possibles, qui composent une sorte de toile en renvoyant les unes vers les autres, vers de multiples supports de formation et d’accompagnement. Elles ouvrent à mille possibles, que l’on n’envisageait parfois même pas.
 

Les Tournants inspirants

Ann Vandenplas a travaillé 7 ans comme conseillère en réorientation professionnelle. Elle réalise des capsules vidéo intitulées Les Tournants inspirants. Elles se concentrent sur les femmes qui changent de vie professionnelle, avec surtout un focus sur le déclic qui provoque cette envie de changement.

"L’idée de vers quoi on a envie d’aller est souvent là depuis longtemps. Mais on est dans une routine de vie, avec des enfants…, ce qui nous empêche de trouver le temps d’y réfléchir et de concrétiser cette idée. Les gens attendent souvent la dernière minute, et c’est souvent suite à un burn out qu’ils vont envisager une reconversion. D’où l’utilité d’en parler pendant 40 minutes dans un dossier, pour provoquer ce déclic avant, pour avoir la force et le courage avant le burn out".

Pour un jeune qui ne trouve pas sa voie, le conseil d’Ann Vandenplas, c’est "Allez travailler. Travailler est une manière de trouver sa voie, on peut essayer plusieurs jobs et on apprend à se connaître."


Forem, Actiris, VDAB

Le Forem, Actiris, VDAB offrent aussi des services spécifiques qui accompagnent les demandeurs d’emploi et pour les employeurs dans leurs recherches. Ils proposent aussi des listes des métiers en pénurie, qui diffèrent selon les régions, d’où l’intérêt de se renseigner un peu partout.

Ce manque peut être d’ordre quantitatif – il y a pénurie -, d’ordre qualitatif – les compétences demandées par l’employeur ne se retrouvent pas parmi les chercheurs d’emploi-, ou concerner les conditions de travail.

Pour accéder à ces métiers en pénurie, il y a des possibilités de reprise d’études, de formations rapides, avec parfois des facilités au niveau des allocations de chômage. Avec l’assurance d’avoir des débouchés professionnels au final !


Le congé-éducation

Les premiers freins à un changement d’emploi : on est dans une routine, on gagne plus ou moins bien sa vie et on s’en contente, on craint de quitter son emploi et son salaire pour aller se reformer. La quête de sens fait aujourd’hui bouger les choses. Parmi les pistes, le congé-éducation, dont 9000 travailleurs bénéficient chaque année.

Les congés-éducation, proposés par Bruxelles Economie et Emploi, existent depuis 1985. Ce sont des congés individuels de formation, qui permettent aux travailleurs du secteur privé de s’absenter du travail pour suivre certaines formations tout en gardant leur rémunération, précise Geneviève Meunier, responsable de la Cellule Congé-éducation au sein de Bruxelles Economie Emploi. Cela leur permet de compléter leur formation, de se recycler ou de se réorienter professionnellement.

Cette formule concerne les formations qui sont reconnues par la loi :

  • les formations organisées par les écoles de promotion sociale,
  • les formations de bachelier ou de master dans l’enseignement supérieur, en cours du soir ou du WE
  • les formations des organismes de classes moyennes pour devenir chef d’entreprise

Suivre cette formation est donc un droit du travailleur du secteur privé, l’employeur ne peut pas refuser et doit lui verser sa rémunération. Cela représente un quota de 100 à 120 heures de congés-éducation payés, voire 180 heures s’il s’agit d’une formation qui mène à un métier en pénurie. Le travailleur peut suivre les cours en journée ou en soirée et bénéficier aussi de plusieurs semaines de congés pour se préparer aux examens ou faire des stages. Le cours doit être suivi avec assiduité, il y a un document de contrôle de présence à remettre à son employeur.

Il y a aussi le 1890, un numéro qui centralise toutes les informations pour ceux qui veulent lancer leur propre startup ou entreprise. Ou encore SynHERA, qui met en relation les porteurs de projet avec des Hautes Ecoles, pour mettre en place des collaborations. Bref les pistes ne manquent pas.

Plus d’infos dans la séquence complète de Tendances Première, à écouter ici

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