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J’ai pas les codes !

Faites-vous partie de ces personnes dites 'atypiques' (hypersensibles, surefficientes, surdouées et autres 'pense-trop'…) qui se sentent parfois en décalage avec les autres et qui ont du mal à trouver leur place dans la société ? Multipliez-vous les maladresses et les gaffes au risque de vous mettre les gens à dos et d’être les premiers à en souffrir ? Détestez-vous les réunions stériles et interminables, les bavardages futiles dans les soirées, les règles injustes, les dress codes arbitraires, les problèmes non résolus… ? Le diagnostic est clair : il vous manque les codes pour comprendre le monde qui vous entoure !

Dans son livre J’ai pas les codes ! (Ed. Albin Michel), Christel Petitcollin, conseillère et formatrice en communication et développement personnel, conférencière et écrivaine, livre un mode d’emploi, une précieuse boussole pour apprendre à naviguer avec discernement dans les eaux troubles de la société, sans échouer naïvement sur les récifs de l’incompréhension réciproque.
 

Avoir, ou pas, les codes

Avec ce livre, Christel Petitcollin souhaite amener les surefficients à comprendre le monde qui les entoure et à s’apaiser.

"C’est compliqué pour eux, parce que les normo-pensants, ceux qui pensent dans la norme, qui sont intégrés, ne rencontrent absolument pas les problèmes des surefficients qui débordent de partout. Ils ne voient donc pas où est le problème et leur message, c’est : intègre-toi et tout ira bien pour toi."

Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que les neuro-atypiques ne comprennent pas les implicites, et n’ayant pas les codes, ne peuvent pas s’adapter du tout. Ils ne le font pas exprès, ils ne sont pas provocateurs, ils ne choisissent pas d’être hors-normes.

Les normo-pensants, eux, ont les codes. Ils les ont acquis de manière inconsciente. Ils ne savent même pas les expliquer et ils ne peuvent même pas envisager que d’autres ne les aient pas intégrés.

Les formules comme 'bonjour' ou 'ça va', pour les neuro-atypiques, ne sont pas de simples formules de politesse.

  • Or, 'bonjour' ne sert pas à vous souhaiter la meilleure journée de votre vie. 'Bonjour' sert simplement à dire qu’on a remarqué que l’autre est là, qu’il existe, qu’il n’est pas un meuble.
  • Pour eux, si on leur demande comment ils vont, on est sincèrement intéressé par leur état émotionnel et de santé. Or, 'ça va' sert juste à entamer la discussion de façon plus douce.

Les quiproquos sont parfois drôles, même s’ils sont douloureux de part et d’autre.
 

L’importance du contexte

En fait, tout dépend du contexte, si c’est le lieu, si c’est la bonne personne, si on a le temps. Mais les neuro-atypiques ont un manque de contexte. Pour eux, c’est toujours le moment d’être intime, proche, fusionnel, et parfois, ils ratent le fait que ce n’est absolument pas d’actualité.

Les surefficients reprochent souvent à l’autre un manque d’empathie. "L’empathie, c’est vraiment un truc d’hypersensibles. Mais l’utilisation qu’ils font de l’empathie n’est pas toujours adéquate non plus. Oui, je peux avoir perçu, avec mon empathie, que mon collègue ne va pas bien. Mais ce n’est pas la peine d’aller le tarabuster jusqu’à lui tirer les vers du nez, s’il n’a pas envie d’en parler. Parfois, avec cette empathie, les surefficients peuvent devenir extrêmement intrusifs."

Il faudrait, recommande Christel Petitcollin, que les neuro-atypiques soient plus attentifs au contexte et qu’ils apprennent à utiliser leur fabuleuse empathie pour sentir quand il faut s’arrêter, selon les signes d’agacement ou de la lassitude de la personne en face. Pour sentir aussi que l’autre a le droit de ne pas vouloir partager son mal-être.

Il faudrait qu’ils comprennent que beaucoup de normo-pensants ne partagent pas leur intimité avec tout le monde. Ils ont leur cercle très restreint pour l’intimité et, pour le reste, ce sont des relations sociales de surface.

Dans le couple, mieux on se comprend, mieux on comprend nos différences, le système de valeurs qui articule nos comportements, plus on est en mesure de se respecter mutuellement. Ce qui rend les choses très douloureuses de part et d’autre, c’est l’incompréhension du fonctionnement de l’autre, le fait de ne pas respecter l’autre dans ce qu’il est.
 

Eviter l’isolement

Ce qui guette tous les neuro-atypiques, c’est l’isolement : c’est un mode de protection où finalement la solitude est moins douloureuse que la socialisation, mais ce n’est pas ce qu’ils souhaitent non plus. Avoir les codes va permettre aux gens de resocialiser sans être blessé par leurs relations, et s’engager avec beaucoup plus de confiance.

"Parce que, quand je ne comprends pas le comportement de l’autre, effectivement je ressens de la gêne, une forme de honte, je suis épuisé."

Le small talk, ou conversation de salon, est quelque chose que les neuro-atypiques doivent apprendre d’urgence. On est ensemble, on est bien, on est détendu, on parle de tout et de rien sans rentrer profondément dans les choses. C’est reposant pour tout le monde.


A lire aussi : Mon enfant pense trop, comment l'aider ?, avec Christel Petitcollin


 

Affronter la complexité de l’être humain et l’imperfection des règles

Les neuro-atypiques ont beaucoup de difficultés à ne pas être trop sincère, trop honnête, et, par ailleurs, ont beaucoup de mal à reconnaître la sincérité chez les autres. Leur franc-parler et leur manque de filtres amène parfois des situations cocasses mais aussi blessantes, difficiles à vivre pour eux. Ils ont trop à coeur la vérité et ne réalisent pas à quel point elle embarrasse les normo-pensants. Ils ont aussi un sens de la justice particulièrement développé, une intolérance à l’injustice, alors qu’elle est partout, tout le temps.

Peut-être que c’est justement le rôle des neuro-atypiques de remettre un peu de justice dans ce monde profondément inégalitaire et d’être un peu les gardiens des gens qui auraient tendance à déborder.

Sauf qu’à l’école, cela se passe souvent très mal. Les professeurs et éducateurs ne comprennent pas toujours l’injustice ressentie par ces enfants.

"Pour vivre ensemble, il faut des règles et elles sont forcément imparfaites, incomplètes, et parfois contradictoires, parce qu’un être humain est complexe et contradictoire. Les petits neuro-atypiques sont très malins et piègent les adultes dans leurs contradictions. Les adultes doivent avoir le cran de leur parler de la complexité de l’être humain et de l’imperfection des règles", souligne Christel Petitcollin.

Dans le travail, les surefficients ont du mal aussi avec la notion de hiérarchie : exécuter, sous les ordres de quelqu’un, est douloureux pour eux. Ils recherchent plutôt la collaboration. Ils veulent toujours résoudre tous les problèmes, tout améliorer. Ils semblent donc toujours avoir quelque chose à redire, ce qui n’est pas une bonne chose en entreprise.
 

Reconnaître l’aide reçue

Christel Petitcollin, elle-même neuro-atypique, a-t-elle trouvé de l’aide chez les normo-pensants ?

De mon point de vue de surefficiente, non. Mais maintenant, avec le recul, je me rends compte que les normo-pensants étaient de très bonne volonté avec moi, mais avec leurs outils à eux.
Oui, j’ai reçu de l’aide, mais je n’ai pas su voir que c’était de l’aide. Dix fois, on m’a dit : mais ne te mets pas dans des états pareils pour ça. Dix fois on m’a dit : mais la vie, c’est comme ça. Ils nous les donnent, les codes, c’est nous qui ne les prenons pas, faute d’en comprendre le sens profond.

 

Ecoutez la suite de l’entretien ici


Christel Petitcollin sera chez Filigrane à Bruxelles, ce mardi 12 octobre à 18h, pour parler de son livre.


 

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