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Ilios Kotsou - Comment sera le monde de demain ?

Le psychologue Ilios Kotsou fait l'éloge de l'imagination et de l'interdépendance positive
Le psychologue Ilios Kotsou fait l'éloge de l'imagination et de l'interdépendance positive - © Pixabay

Ilios Kotsou, psychologue spécialisé dans l’intelligence émotionnelle et la pleine conscience, décrypte pour nous l’importance de l’imagination et de l’interdépendance positive pour envisager le monde de demain.
 

Quel monde pour demain ?

Pour nous, êtres de culture, l’imagination est vraiment importante pour envisager le monde de demain, observe Ilios Kotsou.

"En même temps, l’imagination n’est pas irréaliste. C’est ce qui va nous mettre en mouvement. Le monde que l’on va imaginer va influencer nos comportements du quotidien. Le futur se construit toujours au présent et aussi en fonction des cartes du monde que l’on a en tête."

Nous, les humains, avons tendance à avoir une pensée assez limitée, 'la pensée binaire', où il n’y a que deux choses possibles. Pour le déconfinement, c’est soit on s’occupe de l’économie, soit on fait du social. Une solution va donc toujours exclure l’autre. C’est assez problématique car on va se trouver dans un monde très petit, très limité, dans le monde du moindre mal.

Le nouveau monde ne peut être construit qu’à partir de ce qu’il y a ici et maintenant. L’antidote à la pensée binaire est la pensée complexe, qui dit qu’il peut y avoir une chose ET l’autre. Il y a de multiples potentialités dans le monde. C’est comme si les graines du futur étaient toutes déjà là aujourd’hui et qu’on pouvait choisir lesquelles arroser pour les voir germer plus tard.


Vers l’interdépendance positive

Il est plus que jamais important de remettre en question les mythes sur lesquels notre société est basée et qui sont très dangereux : la compétition, l’expansion infinie et la déconnexion du vivant.

Ces mythes nous ont amenés à une situation catastrophique : une société basée uniquement sur l’idée que c’est le meilleur qui gagne, que l’on peut continuer à croître économiquement de manière infinie, tout en étant déconnecté du vivant. C’est cette façon de penser qui peut créer le terreau des virus et de situations sociales difficiles, alerte Ilios Kotsou.

Nous devons nous rendre compte que nous sommes totalement liés les uns aux autres et au vivant, et que nous devons arroser ces graines d’interdépendance positive. Or la pensée binaire nous dit que l’interdépendance est dangereuse, qu’il faut favoriser l’autonomie et la liberté. "Mais les deux ne sont pas opposés, au contraire ils vont très bien ensemble", affirme Ilios Kotsou.

"L’interdépendance, c’est le fait de se rendre compte que nous ne sommes pas des entités autonomes séparées d’autres êtres humains et du vivant, mais que nous sommes liés aux autres et surtout que nous dépendons des autres. Si l’on ne prend pas soin du contexte social dans lequel on vit, on finit par s’abîmer soi-même et par en payer le prix, on s’expose à une société beaucoup plus violente."

Dans le couple, lorsqu’on prend conscience de l’interdépendance positive et que l’on prend soin de l’autre, chacun des deux partenaires permet à l’autre de développer ses projets personnels et de gagner en autonomie.


Des changements structurels ?

En ce moment, il y a énormément d’exemples d’interdépendance positive, et cela donne de l’espoir. Il faudrait l’étendre à un niveau plus organisé, pour l’inscrire plus fermement. Cela doit passer de l’individu au droit et à la politique. L’économie est importante et est mise au centre du déconfinement, mais on oublie tous ces enjeux sociaux et écologiques qui sont essentiels et dont on doit tenir compte.

Imaginons encore : "Ne serait-ce pas l’occasion rêvée de penser au salaire universel ? Ne pourrait-on pas donner à chacun et chacune des moyens de vivre dignes et décents, parce qu’il y a une dignité en chacun et chacune qui ne dépend pas de notre activité ? Aller vers un monde de dignité partagée pour tous les êtres vivants ?"

Ilios Kotsou, cofondateur de l’association Emergences, propose quotidiennement des plages de méditation et de partage sur la page FacebookPrezens.