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Harcèlement sexiste sur internet : que faire, comment réagir ?

Ces derniers mois, le cyberharcèlement sexiste a littéralement explosé. Les femmes, qu’elles soient connues ou non, sont victimes de pression, manipulation ou harcèlement. Quelle stratégie mettre en place pour les victimes et les témoins de ces agissements ? A qui parler ? Que peut-on faire ? Et surtout, comment rééduquer les cyberharceleurs ?

Essai de réponses avec Eloise Malcoran, chargée de communication auprès de la fédération des plannings familiaux et de David Plisnier du planning familial de Soignies.

Qu’est-ce que le harcèlement sexiste ?

Cela peut revêtir différentes formes : agressions sexistes, menaces de viol ou de violences sexuelles, piratage de compte sur les réseaux sociaux, réception de dickpic (des photos de pénis) contre son gré.

Pour les intervenants dans les plannings familiaux, le phénomène s’est amplifié avec le confinement et les réseaux sociaux. Avec le confinement, le nombre de cas s’est multiplié. Longtemps, les femmes ont tu ces agissements.

Aujourd’hui, la parole se libère mais il faut bien savoir que l’on reste dans une société très patriarcale.

On a le droit de réagir

L’humoriste Florence Mendez a été harcelée. Après avoir posté une vidéo sur You Tube d’une de ses prestations au festival de Montreux, elle a été inondée de commentaires sexistes, désobligeants et obscènes. Elle a fait le choix de réagir et de répondre à ses " agresseurs ".

Elle a même publié une vidéo sur la culture du viol

Les hateurs se sont déchaînés. Et même si c’est chronophage, Florence a pris le parti de réagir et de répondre aux commentaires.

Certains comprennent et s’excusent. D’autres trouvent que je tourne en rond et que qu’il faut parler d’autre chose.

Qu’est-ce qui est permis ? Ou pas ?

Ces comportements sont le fait de quelques-uns. Il n’empêche. Beaucoup se posent des questions. Que peuvent-ils faire. Dire à une femme qu’elle est attirante, est-ce déjà un comportement déplacé. On voit déjà les commentaires de certains affirmant que l’on ne peut plus rien dire, ni faire.

Nos intervenants sont clairs :

Pour Eloise Malcoran, il faut garder les pieds sur terre. On peut effectivement parler et complimenter. Mais il existe un cadre légal. Si le propos devient insultant, diffamatoire ou discriminatoire, il peut être puni par la loi.

David Plisnier rajoute une notion. Le principe de base c’est le consentement. Si une personne accepte de parler ou d’engager la discussion avec vous, il n’y a rien à redire. Mais dès que cette personne dit stop, ça ne m’intéresse plus, on s’arrête. C’est quand on commence à insister que l’on commence à basculer dans le harcèlement.

 

Que peuvent faire les femmes victimes de cyberharcèlement sexiste ?

Florence Mendez a choisi de répondre aux commentaires et en citant les noms des hateurs. Pour les spécialistes, c’est une manière de faire mais il en existe d’autres

 

  1. On peut fuir. Il n’y a aucune honte à cela
  2. On peut notifier aux services de police que c’est délit. Des captures d’écran des propos litigieux seront utiles.
  3. On peut signaler le contenu aux différents réseaux sociaux. On peut le faire si on est victime mais c’est également possible en tant que témoin. Facebook et Instagram retravaillent régulièrement leur algorithme.
  4. Si on s’en sent capable, déstabilisons l’agresseur par des propos décalés ou en essayant l’ironie.

 

Qui peut m’aider ?

Souvent dans les cas de harcèlement, on ne sait pas trop comment réagir. Les centres de planning familial peuvent aider. Ils regroupent une série de métiers qui peuvent être utiles :

  • Des psychologues sont à l’écoute du ressenti des victimes
  • Des juristes peuvent conseiller sur les démarches à effectuer
  • Des assistants sociaux peuvent vous apporter des aides pratiques

Porter plainte, cela sert-il à quelque chose ?

Beaucoup de victimes hésitent à porter plainte parce qu’elles ont l’impression qu’il ne se passera rien. Le conseil de nos spécialistes est clair :

 

- Il y a peu de plaintes déposées mais il existe une loi de 2014 sur le sexisme qui réprime les faits mais peu de gens connaissent son existence.

- Autant que possible, gardez des captures d’écran des messages sexistes que vous avez reçu. Ce sont autant d’éléments de preuves.

- Si vous voulez déposer plainte, il est souvent très efficace de vous adresser aux Bureaux d’aides aux victimes.

L’importance de l’éducation

Un premier point important, c'est la prise de conscience. C’est notre responsabilité d’arrêter les propos sexistes. Quand on se retrouve dans une discussion où les propos commencent à dévier, c’est notre rôle dire stop : je n’aime ce genre de conversations.
 

Posez-vous la question : Si ces propos s’adressaient à ma femme ou à ma fille, j’en penserai quoi ?

Mais il est essentiel d’éduquer dès le plus jeune âge. Le planning familial de Soignies a tenté cette expérience

- Dès la première primaire, on travaille sur le respect de l’autre et le vivre ensemble. On essaie de faire prendre conscience que tout le monde n’a pas les mêmes besoins que moi.

- Dès la 5e primaire, on travaille les mécanismes du harcèlement. On fait le pari qu’en étant informé des mécanismes de harcèlement, on sera plus a même de les repérer.

Actuellement, ces démarches ne sont pas encore très nombreuses. Il existe quelques initiatives locales, sans plus. A l’inverse de la Finlande où chaque élève reçoit 20 heures de cours par an sur ces thématiques du harcèlement.


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