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Habitat léger : un tutoriel pour rentrer son permis soi-même

La législation relative à l’habitat léger a beau avoir changé, il reste difficile de se lancer dans cette aventure. Un tutoriel vidéo vient de sortir pour aider les citoyens à s’approprier leur habitat et à développer leur capacité à agir. On en parle avec Denis Delpire, architecte, et Vincent Wattiez, du Réseau Brabançon pour le Droit au Logement (RBDL).

Intitulée Fais ton permis toi-même !, cette vidéo didactique et pleine d’humour de 45 minutes, proposée par le Réseau Brabançon pour le Droit au Logement (RBDL) et ses partenaires, est mise en ligne et visible gratuitement. Elle permet l’accès à une information plutôt indigeste au départ ! Les documents administratifs à rendre pour demander un permis d’urbanisme pour l’habitat léger ne sont en effet vraiment pas simples.

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Depuis le décret du 2 mai 2019, reconnaissant pour la première fois l’habitat léger sur le territoire wallon, le RBDL, Habitat et Participation et le Collectif HaLé ont été submergés de demandes individuelles.

D’où la mise en place par le RBDL de formations pour des porteurs de projets, principalement en vidéoconférence vu les circonstances. Certains contenus sont destinés à être immortalisés en vidéo, dans un but d’éducation permanente. Cette vidéo est la première à être produite. Suivront deux autres vidéos, l’une sur la domiciliation, souvent mal interprétée par les communes, alors que c’est un droit et une obligation ; l’autre sur l’histoire du décret.

"L’habitat léger est en vogue, ça fonctionne, ça prend une ampleur à laquelle on ne s’attendait pas vraiment et c’est incorporé par la société tout entière, explique Vincent Wattiez. Avec certains risques, comme une forme de marchandisation totale de l’habitat léger, comme la seule solution à la crise de logement. Et ça, on a toujours été formel là-dessus : pour nous, c’est une des solutions à la crise du logement."
 

Un permis très particulier

La réglementation en matière d’habitat léger permet effectivement de faire son permis d’urbanisme sans architecte. Le but du tutoriel n’est pas d’éviter les architectes, précise Vincent Wattiez, mais de donner la possibilité de le faire avec ou sans, de pouvoir travailler en autonomie si nécessaire.

Le permis sans architecte est quasiment le même que le permis avec architecte, sauf que l’architecte n’est pas là pour aider ! Pour l’architecte, ce type de permis demande aussi des compétences particulières !

"C’est particulier, ce n’est pas vraiment un travail d’architecte, l’habitat léger. C’est quelque chose qui existe déjà, qui est déjà conçu, déjà construit. Il n’y a pas de travail de conception, souligne Denis Delpire. Et cela entraîne souvent des questions qui ne sont pas résolues de la même manière dans l’habitat traditionnel : l’égouttage, par exemple, comment on va traiter les eaux ? Pour les toilettes sèches, comment on traite les eaux grises ? Cela touche aux questions de salubrité."

Les règlements de salubrité sont faits pour les maisons traditionnelles et n’étaient jusqu’ici pas adaptés à l’habitat léger. Cela a changé depuis le 3 décembre 2020 et ce sera d’application le 1er juin 2021. Toute une série de critères de salubrité seront semblables, d’un point de vue juridique, mais toute une série d’éléments seront différents : "On a voulu rendre l’habitat léger plus compliqué à mettre en place quand c’est pour le mettre en location, par exemple. On a demandé un double régime pour ce cas. C’est déjà un outil qui va permettre d’endiguer les volontés de créer des champs avec des tiny houses en rang d’oignons !" se réjouit Vincent Wattiez.
 

Une résistance culturelle

Les freins majeurs à l’habitat léger, pour l’instant, sont culturels, mais cela progresse. L’Union des Villes et Communes a organisé trois webinaires. 200 communes wallonnes y ont participé, dont 60% disent avoir déjà reçu des demandes de permis pour ce type d’habitation.

"Donc ça bouge, ça se bouscule. Mais il y a une résistance culturelle, une crainte majeure : qu’est-ce que sera demain cette tiny, cette roulotte ou cette yourte, pour laquelle nous avons donné un permis qui dure ad vitam ? On a des réponses : toutes ces habitations légères sont faciles à réparer, à reconstruire, à refaire. Mais il y a toutes ces questions-là", explique Vincent Wattiez.

La CPDT, la Conférence permanente du Développement territorial, la Maison d’Urbanisme du Brabant wallon, s’emparent également du sujet et donnent des formations. "Tout le cadre avance et commence à former les fonctionnaires, les mandataires publics."

"Mais il faudrait un permis d’urbanisme totalement adapté à l’habitation légère, qui lui donne un rapport à sa temporalité, à sa texture, à son emplacement, aux questions d’environnement", réclame Vincent Wattiez.
 


>> Retrouvez le tutoriel sur la page Facebook du RBDL <<<



 

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