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Google va-t-il vraiment supprimer les cookies ?


Google a récemment annoncé qu’il allait supprimer les cookies des sites internet consultés via son moteur de recherche. Qu’est-ce que cela implique ? Explications avec Luana Fontana, chroniqueuse TIC.
 

Qu’est-ce qu’un cookie ?

Un cookie, c’est un petit morceau de texte qui est automatiquement enregistré sur votre ordinateur par un site, lorsque vous le parcourez, explique Luana Fontana. Cela permet de vous reconnaître lorsque vous vous y connectez une nouvelle fois, de connaître des infos d’utilisation à votre sujet, vos préférences linguistiques,… Cela permet aussi de ne pas tout enregistrer à chaque visite. On parle de 'préférences utilisateur'.

Ces cookies retiennent aussi vos données de connexion, ce qui permet de ne pas devoir se reconnecter à chaque changement de page, ce qui ne serait pas très confortable pour l’expérience utilisateur.

Certains cookies sont donc indispensables aux sites pour qu’ils puissent fonctionner correctement. C’est pour cela que certains sont 'indécochables' : on est obligé de les accepter si on veut avoir accès au site.


Les cookies tiers

D’autres cookies n’appartiennent pas au site que vous êtes en train de visiter, mais proviennent d’un autre site. On les appelle cookies tiers, et ce sont ceux-là que Google prévoit d’enlever.

Jusqu’ici, Google peut avoir accès à une multitude d’informations sur nous grâce à ces cookies, et cela dure depuis des années sans que personne ne s’en préoccupe. Mais avec tous les scandales autour de la protection des données, on commence un peu à s’en méfier.


Le nouveau projet de Google

C’est dans cette idée qu’est né le service Google Privacy Sandbox (littéralement : bac à sable de confidentialité de Google), un projet qui vise à mettre fin aux cookies tiers. Fini les publicités ciblées via l’espionnage sur d’autres sites, bienvenue à l’ère du régime sans cookies tiers !

"Les sites que vous visitez pourront quand même mettre des cookies sur leur propre site. Donc il faudra toujours se méfier de cela. Mais en tout cas, on ne pourra plus reprocher à Google de prendre nos informations sur ces sites", souligne Luana Fontana.

Le projet de Google est de créer un nouveau navigateur sur lequel il n’y aura pas d’utilisation de cookies tiers. Les internautes seront rassemblés selon leurs habitudes de navigation, dans des groupes gigantesques et anonymes. Les publicitaires auront donc toujours la possibilité de cibler les publics pour proposer leurs produits, mais uniquement par des groupes de personnes. Ils n’auront plus accès à notre profil spécifique, mais on sera catégorisé.

Par exemple si vous aimez la technologie en général, vous recevrez des publicités qui concernent ce domaine, mais pas spécialement sur le produit que vous venez de rechercher, mais sur des produits plus largement en lien avec la technologie.

"Cela permet à Google de dire qu’il respecte les données privées de ses utilisateurs, mais de se faire tout de même un peu d’argent", relève Luana Fontana.

Cette désactivation des cookies tiers devrait se produire en avril 2022, lors de la prochaine mise à jour, qui sera la 90e de Chrome.
 

Un bon élève ?

Google tente ainsi de se donner une image de bonne élève, mais en réalité, il aura toujours accès à une infinité de données. Nicolas van Zeebroeck, professeur d’économie numérique à Solvay, expliquait au Soir que "de son côté, Google ne se privera pas de récolter les cookies primaires et les données de ses utilisateurs enregistrés, issues de son moteur de recherche, de Youtube, de gmail."

Il pourra ainsi dresser un profil très complet des centres d’intérêt de ses internautes. Et cela risque plutôt de renforcer sa position déjà très forte sur la publicité ciblée en ligne.

Par ailleurs, il n’a rien annoncé au niveau mobile, ce qui lui laisse, selon Nicolas van Zeebroeck, "les coudées franches pour récupérer toutes sortes de données sur les terminaux androïdes", sur lesquels on trouve bon nombre d’internautes.

 

"En gros, Google supprime les cookies tiers pour les autres, mais, de son côté, garde précieusement nos données personnelles. Donc est-ce vraiment une volonté de protéger nos données, ou simplement de garder tout pour soi et avoir une position de force sur le marché de la publicité ? Ça se discute…" conclut Luana Fontana.

 

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