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Faut-il se méfier du soja ?

La soja n'a pas que des qualités, explique Julie Lotz dans 'Planète Soja'
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La soja n'a pas que des qualités, explique Julie Lotz dans 'Planète Soja' - © Pixabay

Les produits à base de soja se multiplient et sont tendance. Alternative végétale prisée car riche en protéines, cette plante est même utilisée en substitut d’autres aliments, comme la viande. Ainsi, sans même que nous le sachions, nous mangeons du soja très régulièrement. C’est aussi en partie avec des protéines de soja que sont nourris les animaux dans l’Union Européenne. Mais en France, en Allemagne, au Canada ou aux États-Unis, les autorités sanitaires s’inquiètent et recommandent de limiter la consommation de soja.


Julie Lotz est journaliste. Elle a réalisé plusieurs documentaires d’enquête sur l’alimentation et la santé pour France 5, dont Soja, la grande invasion, qui a reçu une palme d’argent au festival international Deauville Green Awards, en juin 2018. Elle publie Planète Soja, aux Editions du Rocher.

Il faut d’abord distinguer les pousses de soja que l’on retrouve dans les restaurants asiatiques, qui sont en réalité des haricots mungo et qui font partie des légumineuses, de ce qui sert à fabriquer les steaks de soja, le jus de soja, les desserts au soja,… Il s’agit dans ce cas des graines contenues dans la gousse, qui sont impropres à la consommation, à moins de les faire cuire.

Beaucoup de végétariens en consomment, en substitut de la viande. Mais beaucoup de non végétariens en consomment aussi, sans le savoir… Avec quels effets ?


Des protéines mais aussi des phyto-oestrogènes

Le yaourt au soja nature contient souvent moins de sucre, donc moins de calories, qu’un yaourt au lait de vache, qui contient du lactose. Il comporte autant de protéines, mais beaucoup moins de calcium, de 5 à 7 fois moins, moins d’acides aminés et pas de vitamine B12. Il est donc nécessaire de compléter sa consommation par d’autres sources, d’autres céréales comme le riz.

Le soja serait donc une alternative très intéressante aux produits issus d’animaux, car il contient peu de graisses saturées et beaucoup de protéines. Mais il contient aussi des molécules qui ressemblent aux hormones féminines et peuvent entraîner des risques pour certains consommateurs : les phyto-oestrogènes, aussi appelés isoflavones. Il s’agit de perturbateurs endocriniens qui vont agir en synergie avec d’autres molécules présentes dans notre environnement et qui vont appuyer les effets néfastes d’autres hormones.

On a étudié que, dans certaines conditions, les effets d’un litre de lait de soja – soit 90 grammes de phyto-oestrogènes – peuvent perturber le cycle menstruel, c’est-à-dire précipiter la date des règles, causer des douleurs plus intenses ou encore allonger la durée des règles.

Plusieurs autorités sanitaires, françaises, allemandes, canadiennes, américaines… mettent en garde contre la consommation de soja et de phyto-oestrogènes.

Les scientifiques alertent sur une consommation excessive de soja, considéré comme perturbateur endocrinien, et le déconseillent notamment aux personnes qui ont des problèmes de thyroïde, aux femmes enceintes, aux femmes qui ont eu un cancer hormono-dépendant, en particulier un cancer du sein, aux enfants de moins de 3 ans. La dose limite quotidienne de consommation serait de 1 mg par kilo et par jour de phyto-oestrogènes, ce qui correspond chez un homme à environ un steak de soja et un gros bol de lait/jus de soja, chez une femme à un steak de soja et un verre de lait/jus de soja, et chez un enfant, à un seul demi-steak.

La limite est donc rapidement atteinte, d’autant plus que le soja se retrouve aussi là où on ne l’attend pas forcément, jusqu’à 30% dans des steaks à base de boeuf, type hamburgers. Quand on additionne tous ces aliments, cela pose question.

Il ne s’agit pas de bannir totalement le soja, qui est intéressant d’un point de vue nutritif et peu calorique, mais il faut éviter de le consommer en excès et veiller à avoir une diversification alimentaire, que l’on soit végétarien ou pas. On peut déjà varier les laits végétaux : lait d’avoine, lait d’amande….


L’intérêt de l’industrie

Un rapport de 2005 formulait déjà des recommandations à l’intention des industriels et demandait que soient mentionnés sur les emballages le taux d’isoflavones et les risques qu’ils comportent. Les industriels continuent à mettre en avant les bienfaits du soja, mais évitent soigneusement de parler de ses risques.

Ils n’hésitent pas à remplacer une partie de la viande par du soja, qui coûte deux fois moins cher pour autant de protéines. Ils expliquent que cela améliorerait la texture du produit.

Dans les supermarchés, il est désormais obligatoire d’indiquer sur l’étiquette le pourcentage d’éventuelles protéines de soja texturé ou de protéines végétales. Là où cela pose problème, c’est dans les restaurants ou dans les cantines. Impossible de savoir ce que contient la nourriture que l’on y consomme. Or, en dehors des problèmes de phyto-oestrogènes, le soja fait aussi partie des allergènes et doit être signalé !


Des appellations trompeuses

On parle de lait de soja, or il ne s’agit pas de lait. Idem pour le steak. Ce sont des termes réservés aux produits issus d’animaux. La nomination de ces produits doit être adaptée pour la rendre plus proche de la réalité, pour aider à bien différencier les choses et à les mettre plus au clair.

En France, on n’a aujourd’hui plus le droit de parler de lait de soja, d’où l’appellation jus de soja. Pour le steak, les boulettes de soja… une nouvelle appellation est à l’étude.


Soja transgénique

Le soja que nous consommons est en grosse majorité génétiquement modifié. Il est importé de pays qui utilisent encore le glyphosate, notamment les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine. C’est Monsanto, devenu Bayer, qui a créé en 1996 le premier soja transgénique ; il a été baptisé Roundup Ready, car conçu pour être résistant au Roundup, l’herbicide à base de glyphosate. C’est ce soja que nous importons pour nourrir le bétail.

Le glyphosate se retrouve ainsi dans le lait que nous consommons, et même s’il y est présent en quantité inférieure à la limite autorisée, cela montre qu’il y a une exposition généralisée à ces résidus chimiques, s’inquiète Julie Lotz.

De nombreux éleveurs et chercheurs sont inquiets et lancent l’alerte. La FUGEA et la CRAW essaient de limiter l’usage du tourteau dans l’alimentation du bétail et de la volaille, en proposant des alternatives. On assiste à une prise de conscience au niveau des Etats, mais il y a encore un gros travail à faire en termes d’information et de transparence, en ce qui concerne ce soja transgénique.

 

Avant de décider de remplacer le lait que vous donnez à vos enfants par du lait de soja, Julie Lotz recommande de demander conseil à son médecin. Il faut de toute façon suivre le bon sens, ne pas le consommer en excès et ne pas oublier qu'il y a des alternatives au lait de soja.

Plus d’informations dans le livre de Julie Lotz,
Planète Soja, aux Editions du Rocher.

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