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Famille recomposée : quelle place et quel rôle pour le beau-père ?

Dans la famille recomposée, je demande… le beau-père ! Si les livres abondent quant à la belle-mère, que sait-on de ce nouveau beau-père ? La psychologue-psychanalyste Diane Drory répond aux questions que ce rôle encore mal compris recouvre.


Comment le nouveau beau-père trouve-t-il sa place dans la famille recomposée ? Est-ce une place qu’il doit prendre ou une place qu’on lui laisse ? Comment se crée et se fortifie le lien d’attachement entre lui et les enfants de l’autre ? Comment éviter la rivalité avec le père ?

Dans son ouvrage Le nouveau parâtre (Ed. Genèse), Diane Drory pointe les pièges à éviter. Elle donne à réfléchir par les témoignages des nombreuses familles qu’elle a eu l’occasion de rencontrer au cours de sa carrière.

Diane Drory sera en conférence sur ce sujet à la Vénerie de Boitsfort, avec Parents-thèses, le 20 octobre à 20h. Inscription nécessaire sur le site.

L’idée de la belle-mère est beaucoup plus présente dans notre inconscient collectif. Elle est beaucoup plus en prise avec le quotidien. Même si ce ne sont pas ses enfants, elle se sent automatiquement plus responsable des horaires, des tâches à accomplir, du fonctionnement quotidien, et elle a plus d’occasions de construire un lien.


Empathie et écoute

Il n’est pas facile d’être beau-père. Le rôle de la mère est essentiel pour donner une place à cet homme qui a une place symbolique de père dans la nouvelle constitution familiale, celle de partager l’autorité parentale.

Juridiquement, la situation du beau-parent est extrêmement claire : il n’a ni droit, ni devoir vis-à-vis de ses beaux-enfants. Alors que dans le quotidien, il a vraiment une place très importante.

Le droit institue d’emblée l’idée d’un combat, d’un rapport de force. Quand il n’y a pas cette notion de droit, on est juste dans une relation où on donne ce qu’on peut donner, observe Diane Drory. On laisse à l’intelligence, à l’empathie, à la bonne volonté, la possibilité de créer quelque chose, qui n’est pas institué. Chaque famille recomposée a une organisation différente, il n’y a pas de règle. 

La famille recomposée se constitue d’abord autour des enfants et pas autour d’un couple, contrairement à une famille 'normale'. Ces enfants ont déjà une histoire avec une autre famille. Il faut donc beaucoup de subtilité, d’écoute au beau-parent pour trouver sa place ; ne pas tout chambouler tout de suite avec ses nouvelles règles.

Il ne faut surtout pas oublier que le temps du deuil de la première famille est différent pour chaque membre de la nouvelle famille. Les adultes ne se rendent souvent pas compte que les enfants ne sont pas encore prêts à accepter cette nouvelle situation.

Le maître mot est la communication. Prendre le temps, ne pas se précipiter. Faire confiance à la sagesse du temps. Le non-verbal est souvent aussi très efficace, dans le regard, dans le sourire, dans l’empathie. Et peu à peu se construit l’attachement.


L’attachement

"Je ne veux pas prendre la place de ton père" ne veut pas dire "Je ne prends pas de place" !

"Cela ne veut pas dire que symboliquement, le beau-père ne peut pas être là avec toute une position paternelle, de guide, d’écoute, d’autorité, de cadrage, bref de position parentale. […] Un enfant dans une famille recomposée se retrouve face à une multiparentalité", souligne Diane Drory.

 

Quelque part, d’une certaine façon, le rôle de père est toujours un rôle adoptif. Un père doit adopter son enfant, parce qu’il ne l’a pas porté. Il doit le reconnaître, l’adopter. Il y a quelque chose de différent qui se joue avec un enfant biologique, mais au niveau du rôle, de la place, finalement le père symbolique est ce qui est essentiel.

Les liens du sang sont-ils si particuliers par rapport aux autres liens ? Le lien d’attachement est ce qui assure le bien-être et la sécurité, affirme Diane Drory. Et cela n’a rien à voir avec l’amour. Le beau-père peut avoir un rôle absolument essentiel dans la construction de l’attachement.

Est-on obligé d’aimer l’enfant de l’autre ? On n’est jamais obligé d’aimer quelqu’un, mais on doit pouvoir le respecter et occuper une place sécurisante auprès de lui. Il y aura toujours un lien, au moins celui du respect, celui de ne pas humilier ni dénigrer l’enfant.

Il y a des mères qui ne laissent pas la place au beau-père auprès de ses enfants. Bien souvent, le père de la première famille n’avait déjà pas beaucoup de place. Avec la séparation, c’est d’ailleurs parfois un cadeau pour les enfants de voir que leur père biologique reprend enfin son rôle.


Réfléchir avant tout

Il faut bien prendre le temps de réfléchir, après le temps du deuil, avant de s’installer ensemble. D’abord réfléchir par rapport aux enfants, puis à comment on va pouvoir associer les habitudes d’avant et celles qu’on a envie de mettre en place.

Cela peut éviter les tiraillements qui parfois finissent par briser le couple, alors que des attachements se sont déjà construits entre les enfants ou avec le beau-parent. Et le beau-parent, malgré les liens qui se sont créés au fil des années, n’a aucun droit sur l’enfant et ne le reverra peut-être jamais. Il faut de la bonne volonté et de la sagesse de la part des partenaires, qui doivent avoir suffisamment de coeur et d’empathie pour se mettre à la place de l’autre et permettre que les rencontres puissent avoir encore lieu, si chacun le souhaite.
 

La question de la loyauté

Est-ce que j’ai le droit d’aimer ce monsieur ? Pour Diane Drory, c’est le problème central pour l’enfant. Pour pouvoir évoluer de façon équilibrée et agréable dans une famille, il est essentiel qu’il ne soit pas pris dans ce conflit de loyauté. D’où l’importance de mettre les choses à plat. La façon de réagir du père par rapport à la nouvelle situation familiale influencera la façon dont l’enfant va pouvoir s’attacher à son beau-père.

Certains enfants, qui ne peuvent pas s’investir, face à un père en souffrance, à un beau-père qui n’est pas mal, deviennent parfois très difficiles, infernaux, avec l’inconscient espoir que ce nouveau couple va sauter et qu’on reviendra à l’ancien schéma.

La nomination du beau-père est très importante. Il n’est pas un deuxième 'papa'. Il lui faut un nom spécifique, pour que l’enfant puisse mettre chacun à une place différente.

Il ne faut pas oublier que les enfants n’ont pas choisi ce beau-père et que la relation prend parfois beaucoup de temps à s’établir. "Tu n’es pas mon père" est une phrase que l’enfant va utiliser pour plusieurs raisons, comme pour tester la capacité de l’attachement ou pour essayer de briser le couple. Au beau-père de ne pas prendre la mouche et de garder le sens de l’humour. De toute façon, il n’y a pas de recette, tout est à inventer !
 

Ecoutez Diane Drory ici !

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