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Faire du judo à l’école ? Oui, mais alors vraiment comme les Japonais !


A l’origine, le judo n’est pas un sport. C’est une pédagogie. Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, recommande le judo à l’école, mais vraiment comme les Japonais, en tenant compte de ses racines et en se fiant davantage à des ceintures qu’à des médailles !

Kanō (1860-1938) est le fondateur du judo. "Il l’a mis en scène comme étant une forme pédagogique qui permettait d’obtenir beaucoup de choses, que l’école cherche à obtenir parfois de manière un peu vaine", explique Bruno Humbeeck.


Lutter avec soi-même pour progresser

A l’origine, le judo supposait un respect complet de soi, un respect de l’adversaire, ainsi qu’un respect intégral de l’idéal de la chute : il faut apprendre à tomber. "Parce que l’adversaire tombe avec vous, pour, à un moment donné, réaliser ce qui devient une figure harmonieuse. Et c’est ça le judo."

Le judo a comme avantage que l’on ne se bat pas contre quelqu’un mais que l’on lutte contre soi-même, avec soi-même, pour progresser.

"Avec ce principe merveilleux, qui gagne aussi à être intégré dans les écoles, que sont les ceintures. Les Japonais n’avaient que 3 ceintures, qui permettent d’évaluer la progression, en considérant que tout le monde progresse, à son rythme, en posant des défis au moment où on se sent prêt à le faire. C’est aussi un des principes du judo qu’on peut très bien imaginer dans l’école. Quand on se sent prêt à poser des défis, on obtient une ceinture. "

L’avantage d’une ceinture, c’est qu’on ne vous la reprend jamais. Vous êtes toujours dans l’idée que vous progressez, dans l’idée qu’une progression est un acquis. Elle permet d’avancer jusqu’à la ceinture noire d’abord, puis jusqu’aux différents dan, qui permettent d’avancer encore, jusqu’à une forme de maîtrise, non seulement d’un art, mais aussi de soi.


Retrouver le respect

Tout cet appareillage pédagogique a malheureusement été perverti par les Occidentaux.

Kanō avait négocié la position du judo par rapport aux Jeux Olympiques, mais il est décédé avant sa mise en oeuvre, explique Bruno Humbeeck. Il n’était pas prévu qu’il y ait des médailles et qu’on fasse du judo une compétition, dans laquelle l’important est de gagner contre l’autre. Alors que dans les pédagogies orientales, l’important, c’est le chemin : ton cheminement. Comment tu évolues, toi, sans t’occuper des autres.

Le principe du judo, c’est d’avancer, d’évoluer, d’être accompagné dans son parcours par un mentor qu’on respecte, dans un lieu qu’on respecte.

Bruno Humbeeck est fasciné par le rituel lié au judo. Le rituel du salut, avant et après la rencontre. Le salut au lieu, au tatami, cet espace sacré.

Le problème est que l’école aujourd’hui est complètement désacralisée. Il n’est bien sûr pas question de la sanctuariser, mais de développer une forme de respect des lieux, qui sont investis par des jeunes qui sentent qu’ils vont y progresser parce qu’on croit en eux.


Retrouver l’esprit du judo

"Dans le judo, on croit en la progression de chacun. Kanō était petit, frêle, mais il a appris, non pas à se battre ni à se défendre, mais à lutter contre lui-même, en utilisant la force de l’autre pour en faire un argument pour lui-même. C’est-à-dire apprendre à l’autre à chuter. En judo, celui qui chute est aussi quelqu’un qui participe au fonctionnement de ce qui est finalement une figure. Et c’est tout cela qui a un peu échappé depuis que c’est devenu une forme de lutte, assimilée, au même titre que la boxe, aux sports de combat."

C’est pour cela qu’on ne voit pas le judo, comme on le voit au Japon par exemple, intégré à l’école de la même façon que le sont d’autres sports. Ce qui est important, c’est de s’imprégner de l’esprit du judo, rappelle Bruno Humbeeck.

"Les vrais judokas ont cette perspective-là, héritée du Japon, ce souhait d’acquérir une forme de sagesse à partir de la pratique d’un sport, mais qui suppose déjà, a priori, une relation apaisée avec celui qui va nous enseigner les choses."


Le rôle du mentor

Le principe du mentor est essentiel en judo. C’est pour cela qu’il y a ce principe des ceintures, qui organise une hiérarchie, fondée sur des compétences assumées, acceptées et manifestées de manière ostensible.

"Vous acceptez que, dans un premier temps, il vous apprenne à chuter, pour progressivement entamer votre propre parcours, sans qu’il y ait d’échec irréversible. C’est ça qui est très beau dans le judo. Il n’y a pas de K.O. comme dans la boxe, vous perdez des combats évidemment, mais vous avez toujours la possibilité de vous remettre en scène, dans le parcours que vous réalisez. Comme dans le jeu d’échecs, vous êtes neutralisé par l’adversaire. Il ne s’agit pas d’agresser ni d’assommer, juste de neutraliser l’autre."
 

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