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Fair Trade : les producteurs ont besoin de vous

Fair Trade : soyons solidaires pour nos #foodheroes dans le monde !
Fair Trade : soyons solidaires pour nos #foodheroes dans le monde ! - © andresr - Getty Images

L’épidémie s’est étendue aux pays d’Afrique, d’Amérique latine ou encore d’Asie. Elle touche ainsi des pays dont les populations sont plus vulnérables. Outre les conséquences sanitaires, ce sont aussi les chaînes d’approvisionnement mondiales qui sont bouleversées. Fairtrade Belgium en appelle à la solidarité.

La situation est exceptionnelle un peu partout dans le monde. Au-delà des aspects sanitaires, les problèmes économiques et logistiques ralentissent ou interrompent carrément certaines chaînes d’approvisionnement, explique Charles Snoeck, responsable advocacy pour Fairtrade Belgium.

Fairtrade Belgium est en contact régulier avec ses réseaux de producteurs en Amérique latine : ils témoignent d’un vrai stress, d’abord sur l’aspect santé et sécurité, ensuite sur l’aspect économique. Ils n’ont pas d’autre choix que de continuer à travailler, sous peine d’un impact lourd sur leurs revenus.

"On observe aussi un vrai challenge au niveau de la sécurité alimentaire, que ce soit dans les villes ou dans les zones plus reculées. Par exemple, les enfants reçoivent un repas à l’école, et avec la fermeture des écoles dans certaines régions, cela veut dire un repas en moins. Ce n’est pas évident à remplacer pour certaines familles où les revenus ne sont pas élevés et où, déjà, c’est un combat quotidien pour mettre de la nourriture sur la table", s’inquiète Charles Snoeck.


Le rôle social des coopératives

Les producteurs qui se sont rassemblés en coopératives disposent d’une plus grande possibilité de résistance par rapport au risque économique, humain et sanitaire.

"Il y a des bonnes nouvelles aussi heureusement. On voit que les personnes rassemblées en coopératives au sein du système Fairtrade sont plus fortes ensemble et cela amène de vraies solutions sur le terrain. Certaines coopératives se sont bien développées, ont acquis une certaine assise financière et aujourd’hui, au-delà d’un rôle purement économique, prennent aussi un rôle social, par exemple en distribuant des colis alimentaires, des kits d’hygiène. En Colombie, 16 coopératives bananières ont ainsi créé un centre de test coronavirus."

Dans les pays d’Amérique latine et d’Asie, ces entreprises prennent sur elles une fonction plus sociale au service de la communauté. Cela montre qu’une autre économie est possible aussi, et cela fait sens. C’est une économie qui sert l’être humain et pas l’inverse.
 

L’exportation ralentie

L’exportation connaît beaucoup de difficultés, avec de grandes variations. En Côte d’Ivoire, par exemple, dans les deux plus grands ports, plus de deux tiers des dockers ont été mis en chômage temporaire. C’est un vrai frein à l’exportation. Il n’y a quasi pas de cacao qui a été exporté en avril, ce qui va sûrement avoir un lourd impact économique dans les mois qui viennent.

En fonction des conditions de stockage, le cacao pourra encore être vendu malgré tout. Mais les producteurs craignent que ces conditions ne soient pas idéales, ce qui aurait un impact direct sur la qualité du cacao, donc sur son prix et donc aussi sur leurs revenus.


Les stratégies de survie

"Il faut oser le dire : la majorité des personnes qui produisent de la nourriture pour le monde vivent aujourd’hui dans des situations de pauvreté, voire de pauvreté extrême. C’est un combat quotidien pour nourrir ses enfants", alerte Charles Snoeck.

Ces personnes en perte de revenus vont mettre en place des stratégies de survie. On voit ainsi un risque augmenté d’infractions aux droits humains parce qu’elles vont avoir tendance à accepter des conditions de travail moins bonnes, des salaires plus bas. Le risque augmente encore parce qu’il est combiné avec le manque d’accès aux journalistes ou aux auditeurs.

 

Soutenir les produits Fairtrade

Pour aider ces producteurs, faut-il encourager une augmentation des prix des produits Fairtrade ? Pour Charles Snoeck, c’est un exercice d’équilibre. La meilleure façon de soutenir ces producteurs, c’est de les aider à ce que leur business fonctionne.

De même qu’il existe un soutien aux PME belges, "j’ai envie de faire un appel aux consommateurs belges au niveau des produits équitables. Il faut absolument que cette vague de solidarité essentielle ne s’arrête pas aux frontières. La meilleure façon d’aider un producteur de bananes, de café, de cacao, aujourd’hui, c’est de lui acheter ses produits à des bonnes conditions."

Une augmentation des prix est possible, mais sera plus liée aux conditions du marché qu’à une volonté des producteurs, précise Charles Snoeck.

Le rôle des sociétés belges qui ont des liens avec ces producteurs d’Asie, d’Amérique latine, d’Afrique, qui transforment leurs produits par exemple, est essentiel. C’est celui de tenir compte, dans leur plan de relance, de ce maillon plus fragilisé dans la chaîne d’approvisionnement.

"A côté de l’aspect moral, c’est simplement, à mon avis, du good business : c’est une bonne stratégie business d’investir dans la résilience de ces chaînes d’approvisionnement et donc d’investir dans les êtres humains qui sont derrière."

Charles Snoeck garde bon espoir que le lien avec ce type de commerce ne sera pas perdu : les chiffres du commerce équitable sont globalement en progression, tant au niveau des consommateurs que du nombre de marques et d’entreprises qui s’engagent pour le fairtrade. C’est un investissement qui vaut le coup.

N’oublions pas qu’une coopérative ou une organisation de producteurs qui fonctionne bien, c’est bien plus que juste une fonction économique, rappelle-t-il.

Plus que jamais, soyons unis et solidaires pour nos #foodheroes partout dans le monde.

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