Tendances Première

Environnement : est-il encore possible d’éviter une sixième extinction de masse ?


Ces deux dernières décennies, la population des moineaux a chuté de 60%. Ce déclin s’est fait presque silencieusement. Nous n’avons pas assisté à une hécatombe, nous n’avons pas marché sur des cadavres d’oiseaux le long des routes et des chemins. Et pourtant, les chiffres sont là.

"Aujourd’hui, tout laisse à penser que nous sommes à l’aube d’une sixième extinction qui arrive à une vitesse foudroyante : on estime que 500.000 à un million d’espèces sont en train de décliner et que d’ici quelques décennies elles pourraient s’éteindre" prévient Bruno David, le Président du Muséum national d’Histoire naturelle.

"Nous sommes à l’aube, mais la journée pourrait passer vite"

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"Il n’y a pas encore beaucoup d’espèces éteintes, même si elles sont déjà nombreuses à être en déclin d’abondance. On est au début, c’est assez optimiste… mais la journée risque de passer très vite." © Getty images

Dans son ouvrage A l’aube de la 6e extinction, Bruno David rappelle que nous sommes "sur la pente d’une nouvelle crise majeure de la biodiversité. Cette pente est très abrupte, dangereuse et, si rien n’est fait, il y aura des modifications importantes de nos écosystèmes, qui ne nous seront à terme pas très favorablesLa vitesse à laquelle nous modifions l’écosystème de la Terre est assez effrayante. On va à peu près 100 à 1000 fois plus vite que lors des grandes crises géologiques passées."

Si ces propos ne sont pas très réjouissants, cet ex-chercheur du CNRS se veut pourtant rassurant : "Il n’y a pas encore beaucoup d’espèces éteintes, même si elles sont déjà nombreuses à être en déclin d’abondance. Cette diminution d’effectif peut se terminer par une extinction, effectivement. Mais on est au début, c’est assez optimiste. En revanche, comme ça va très vite, il faut réagir sans tarder. On est à l’aube, mais la journée risque de passer très vite."

Il faut donc agir, et vite. Car, comme le rappelle Bruno David, "il suffirait de détruire une espèce en particulier pour déséquilibrer tout un écosystème et basculer. Prenons un exemple : on sait par exemple que le plancton nous fournit 50% de notre oxygène. Si on acidifie trop les océans, on pourrait mettre en péril un certain nombre de micro-espèce planctoniques et il y aurait donc moins d’oxygène sur Terre. Le basculement peut-être assez rapide à partir du moment où on dépasse un certain seuil."

L’amnésie environnementale : une des raisons de notre inaction ?

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À cause de l’amnésie climatique et de cet oubli progressif de l’histoire environnementale, on ne se rend pas toujours compte du déclin des espèces qui nous entoure. © Getty images

Le réchauffement climatique n’est plus à prouver. La banquise arctique a perdu 96% de sa surface en 35 ans, l’été 2019 a été le plus chaud jamais enregistré sur Terre et quelques mois plus tard, des tempêtes de feu ravageaient l’Australie, provoquant une vague d’émotions face à cette faune et cette flore dévorée par les flammes. Si ces hécatombes et ces faits spectaculaires ont marqué les esprits, les crises de la biodiversité, elles, avancent silencieusement, masquées. Comment expliquer notre inaction face à ce déclin des espèces, pourtant davantage alarmant ? Pourquoi n’y a-t-il pas de plus grandes prises de conscience ?

"C’est ce qu’on appelle l’amnésie climatique ou environnementaleC’est un peu comme quand on se regarde chaque matin dans le miroir. On a plus ou moins la même tête que la veille, on ne voit pas trop la différence. C’est seulement quand on revoit une photo d’il y a 10 ou 15 ans qu’on se rend compte à quel point on a changé" explique Bruno David. "Pour le déclin d’abondance des espèces, c’est un peu le même principe. On voit encore des moineaux aujourd’hui. On se rend peut-être compte qu’il y a en a un peu moins, mais comme on en voit toujours, on ne sait pas trop quantifier. En voit-on beaucoup moins ? Un petit peu moins ? On ne sait pas trop."

Moins impressionnante qu’une hécatombe, mais plus vicieuse

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Les crises géologiques et le déclin des espèces sont plus discrets et plus pernicieux que les hécatombes climatiques. © Getty images

Face aux feux Australiens ou à une rivière remplie de poissons morts, l’opinion publique réagit, choquée. Même s’ils sont tristes et malheureux, ces évènements ne sont pourtant "que" des hécatombes climatiques. Ils sont localisés, transitoires et ne mettent pas en péril la biodiversité dans son ensemble. Les crises géologiques, en revanche, sont plus discrètes, plus pernicieuses. Elles sont globales, "rapides" (entre 500.000 et 1 million d’années) et concernent différents groupes biologiques. Notre inaction face à cette possible sixième extinction pourrait donc aussi s’expliquer par le fait que les crises géologiques ne font pas de morts et font moins de bruit qu’une hécatombe.

N’empêche. Pour Bruno David, il n’est pas encore trop tard pour (ré) agir. Presque un cri d’alarme, son ouvrage A l’aube de la 6e extinction est un plaidoyer pour le vivant sous toutes ses formes et un guide pratique, à hauteur d’homme, pour éviter le naufrage, posant ainsi les jalons d’une éthique pour la planète, sans moralisme ni culpabilisation.

Pour en savoir plus :

  • La chronique complète de Bruno David dans le podcast Tendances Première ci-dessous :
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