Tendances Première

Enseignement distanciel ou présentiel : il est urgent de rendre les signaux plus clairs


Pour Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, il faut absolument donner plus de moyens aux écoles pour que l'enseignement soit disponible pour chacun. Il nous propose aussi d’aborder l’idée d’obéir à des règles plutôt qu’à des personnes. Encore faut-il que ce soit de vraies règles, car pour le moment il y a une énorme confusion entre ce qui règle, norme, loi… Tout est mélangé et personne n’y comprend plus rien.
 

Règle = symbole

Une règle, c’est quelque chose de précis, qui vaut pour un territoire donné. Les règles peuvent changer d’un territoire à l’autre. Cela ne pose pas de problème, tant qu’il s’agit de règles, explique Bruno Humbeeck.

Et pour savoir s’il s’agit vraiment d’une règle, il y a un petit truc : il faut que cela puisse être converti en symbole, c’est-à-dire que cela puisse être dessiné. Le meilleur exemple, ce sont les panneaux du Code de la Route, là, les règles sont clairement établies : un panneau de sens unique est clair pour tout le monde.
Dans le cas du Covid-19, quand on voit un panneau avec une tête portant un masque, la règle est très claire aussi.

La règle porte généralement sur un territoire et donc sur des regroupements ou sur des circulations. C’est donc tout à fait adapté à la gestion de la pandémie.


Règle /norme

Le gros problème, c’est lorsque ces règles deviennent confuses, qu’elles prennent la forme de normes, parce qu’une norme, par opposition à une règle, c’est contestable, c’est discutable.

Aujourd’hui, avec les mesures qu’on nous impose, c’est un peu comme si nous avions un feu de circulation avec une multitude de nuances orange. Cette imprécision obstrue tout à fait le message. Il est urgent de mettre en place des scénarios, associés à des règles bien communiquées d’un point de vue pédagogique et éducatif, pour permettre aux écoles de savoir comment faire pour que la règle soit respectée, puisqu’une règle n’est pas contestable.


La clarté des feux tricolores

Bruno Humbeeck propose d’utiliser par exemple des t-shirts de couleur pour les enfants. Les enfants sont en vert, et en cas de scénario orange ou rouge, on active les bulles en distribuant des t-shirts de ces couleurs. Cela permettrait aux enfants de mieux comprendre le message, de bien rester dans leur bulle. Tout pourrait se mettre en place plus facilement, car tout le monde comprend les feux orange, rouges, verts.

Or pour le moment, les règles établies sont changées et rendues confuses car on a brouillé les signaux, on joue sur les teintes, sur les nuances. On ne sait plus très bien si on est dans l’orange ou le rouge.


Obéir aux règles et pas uniquement aux personnes

"Dans une démocratie, on peut jouer sur les nuances quand on diffuse des normes, quand on recommande des comportements, mais ici il s’agit de les imposer. Il faudra obéir aux règles, et pas aux personnes qui les font respecter, et donc ne pas uniquement mettre son masque quand on rencontre un policier ou un vigile."

Il faut que les règles soient établies, claires, précises et activées sur les différents territoires. Pas de problème si les règles sont différentes à Bruxelles ou en Wallonie, les gens sont capables de le comprendre.

Mais quand tout est mélangé, quand par exemple des lois viennent de manière catastrophique modifier une règle, comme pour l’enseignement en distanciel, tout se complique.
 

Distanciel + présentiel

L’obligation scolaire, ce n’est pas l’obligation d’être dans l’école, c’est l’obligation de recevoir un enseignement. Et le droit aussi de recevoir cet enseignement. On a ainsi quelque chose de très clair : l’enseignement ne s’arrêtera pas. Et il faut se donner les moyens de faire en sorte qu’il soit disponible pour chacun. L’accès au numérique doit être rendu accessible pour chacun, et pas nécessairement en cherchant d'urgence à équiper les familles en ordinateurs. Les portes de l’école doivent rester ouvertes pour les enfants et les jeunes qui ne sont pas en situation d’avoir un accès numérique confortable avec l’école.

L’urgence est de ne pas pénaliser les enfants par l’enseignement en distance. Pour Bruno Humbeeck, prendre une décision au nom de l’obligation scolaire et la gérer de façon que l’école ne ferme pas ses portes mais travaille avec des groupes restreints, c’est ça le message qui doit passer.

"C’est le message qui est conforme à une loi, l’obligation scolaire pour tous et pour chacun, qui permet de changer les règles de fonctionnement, de donner un accès confortable et individuel aux cours numériques à chacun, et c’est ainsi que l’école continuera à fonctionner pour tout le monde."

Il est impératif que l’accès au numérique soit rendu possible pour chacun, ou que l’accès au groupe soit favorisé pour ceux pour qui c’est indispensable.

Le distanciel ou le présentiel ? Mais non ! Le distanciel ET le présentiel. Cela doit être réalisé de façon hybride en ayant des groupes plus petits, c’est cela l’objectif, et pas de supprimer ou de fermer l’école.

Les règles sont précises, il ne faut pas les mélanger avec des normes, avec des lois, explique Bruno Humbeeck. Les lois sont les mêmes pour tous les Belges, il n’y a pas de raison qu’elles changent ; les normes doivent être aussi relativement les mêmes, nous sommes face aux mêmes difficultés ; par contre les règles peuvent changer mais il faut vraiment une discipline pédagogique de tout transformer en règles, de pouvoir symboliser les choses, comme pour le Code de la Route, pour que tout le monde comprenne.

Et la loi, c’est qu’il faut respecter ces règles, en tenant compte des deux vrais problèmes de la pandémie : la proximité et la densité. "On doit rendre les écoles outillées, et ce n’est pas à coups de circulaires qu’on y arrivera", s'indigne Bruno Humbeeck. Les circulaires sont faites pour faire circuler des changements de lois. Les enseignants ont plutôt besoin de savoir comment ils peuvent diminuer cette densité et cette proximité. Il est impératif de leur donner des moyens clairs de mettre en place les règles."

Pour lui, il manque les moyens d’appliquer les directives. "Je suis agacé par le fait qu’il y a des choses simples qui pourraient être mises en place, mais qu’on les rend complexes parce qu’on les brouille dans un vocabulaire qui est très, très mal maîtrisé. C’est ça le problème de la communication, qui est avant tout un problème de pédagogie."
 

Ecoutez Bruno Humbeeck ici

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