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Éloge des mères imparfaites

Eloge des mères imparfaites
Eloge des mères imparfaites - © Editions Sciences imparfaites

Les médias, les réseaux sociaux, la famille : tout et tout le monde autour du jeune parent lui expliquent comment bien élever son enfant… en se prétendant parfaitement informé et bienveillant, évidemment ! Pourtant, la recette miracle semble varier d’une personne à l’autre, d’une époque à l’autre et s’avère finalement aussi aléatoire qu’impossible à atteindre. Chaque expérience familiale est unique. Il n’y a pas UNE méthode éducative. LA mère parfaite, tout comme le père parfait, n’existe pas !

Romina Rinaldi, docteur en psychologie, chargée de cours à l’UMons, a écrit Éloge des mères imparfaites (Ed. Sciences Humaines), en se basant sur sa propre expérience de maman.

"Les réseaux sociaux, la littérature donnent souvent une version caricaturale de la mère désorganisée, tête en l’air. C’est drôle et c’est bien que ça existe. Mais pour moi, il n’y a pas d’autre façon d’être parent que d’être un parent imparfait. L’évolution, les normes sont toujours en mouvement et sont hautement questionnables. Donc non, la bonne méthode n’existe pas."


Le regard envers les femmes

Le regard qu’on porte sur les mères renseigne sur le regard qu’on porte sur les femmes en général, explique Romina Rinaldi :

  • Comment on va accepter ou non qu’elles puissent avoir des besoins, au-delà des besoins de leur enfant.
  • Comment on va les réduire ou non à leur corps, qui est 'fait pour', comme on l’entend souvent.
  • Comment on va les hyperresponsabiliser, au point qu’elles se retrouvent presque à gérer une petite PME à elles toutes seules.

On occulte souvent le fait que beaucoup de femmes travaillent, qu’elles ne vivent pas toutes dans le même environnement, n’ont pas les mêmes facilités… Tout ce qui fait que la parentalité est aussi complexe que la vie, les scénarios sont multiples et chacun fait ce qu’il peut.

Le parent a envie de bien faire par rapport à ses enfants et se sent bien souvent très blessé s’il est mal jugé. La course à la performance, c’est là que le bât blesse. Plus la personne qui nous juge est proche de nous, plus cette norme devient une pression.


Comment s’y retrouver dans cette constante évolution des normes ?

Être parent, c’est une norme sociale. La société véhicule certains messages, les politiques, la culture d’autres messages. L’entourage n’est que le reflet de valeurs qu’on partage dans une société et qui sont pour le moment la recherche du bonheur, la responsabilité individuelle, la performance…

Les normes, les règles, les façons de faire évoluent constamment, dès la grossesse – médicalisation ou pas, tests ou pas, césarienne… –, avec des allers-retours vers des méthodologies qu’on avait abandonnées et qu’on reprend, avec le retour à certaines traditions,… Il est difficile de trouver la bonne réponse.

"Le souci est que dès qu’on entre dans la parentalité, c’est la cacophonie. Les injonctions sont souvent de l’ordre du mythe social ou d’une extrapolation d’une réalité biologique ou sociale. On peut utiliser le bon sens et la littérature scientifique pour alléger la pression qui pèse sur les épaules des jeunes parents."

Les conseils de Romina Rinaldi :

  • Comme c’est la cacophonie, je porte une attention sélective à ce qu’on me dit, je m’informe uniquement si j’en éprouve le besoin.
  • Pour le reste, je fais preuve d’un peu de compassion envers moi-même, en tant que parent. Je vais faire des erreurs, c’est normal.
  • J’essaie de ne pas rentrer dans cette course à la performance, mais d’apprécier le chemin, d’expérimenter les choses, de me faire confiance et de faire confiance à mon bébé.
  • J’évite d’adopter des postures qui ne sont pas les miennes ou une version de moi-même qui est socialement acceptable.
     

L’expérience de la césarienne

On a dit et entendu beaucoup de choses sur la césarienne. Elle a pu faire peur, parce qu’on était dans une diabolisation du monde médical, qui l’aurait pratiquée pour son propre confort, sans tenir compte de celui de la maman et du bébé, ni des risques.

On n’en est plus vraiment là, car le milieu hospitalier subit aujourd’hui des pressions pour en pratiquer le moins possible. Par ailleurs, les mères ont internalisé cet idéal de la naissance proche de la nature. Elles pensent réussir à gérer la douleur, à éviter la péridurale, à accoucher naturellement. L’obstétrique est là toutefois pour accompagner la mère et pour que l’accouchement se vive le mieux possible.

Beaucoup de femmes qui subissent une césarienne le vivent très mal car elles ont l’impression d’avoir échoué dans cette toute première étape. La recherche psychologique manque à ce niveau-là. Les quelques études existantes doivent être réactualisées, en tenant compte de cet idéal maternel de la naissance naturelle.

La douleur féminine a un statut très particulier dans le monde médical, on a tendance à la faire passer pour de l’hystérie plus que pour quelque chose de somatique. Pourtant, certaines césariennes pratiquées abruptement vont être très douloureuses, avec parfois des conséquences psychologiques de l’ordre du stress post-traumatique. Sans compter que la mère va éprouver une déception très intime, ce sentiment d’échouer dans cette première étape de son rôle de mère, qui peut conduire à une dépression post-partum.


Le phénomène de dissonance cognitive

La société nous renvoie tellement l’idée que la parentalité est une source de joie incroyable - une idée historiquement récente - que quand les parents se retrouvent confrontés à des difficultés, ils sont dans une grande tension psychologique, ils pensent que ce n’est pas normal.

"Je ne devrais pas éprouver ces sentiments, qu’en plus on m’engage à réprimer, parce que si j’ai le malheur de me mettre un peu en colère, d’avoir l’air un peu fâchée, mon enfant va le voir, et comme c’est une éponge, je ne peux pas."

Au lieu d’en parler, ils en ont honte, ils culpabilisent et s’isolent encore plus, de peur de se rendre vulnérables aux yeux des autres. Et pourtant, en parler permet de voir que cela arrive à peu près tout le monde !

 

Découvrez-en plus avec Romina Rinaldi, ici

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