Tendances Première

Education : comment développer la capacité de jugement de nos ados ?

Apprendre à se forger une opinion
Apprendre à se forger une opinion - © Maskot - Getty Images/Maskot

Un nouveau dispositif réactif est disponible gratuitement pour les enseignant·e·s du secondaire. L’objectif : aider les élèves à développer leur capacité de jugement sur les enjeux de société et sur leur vie. Dès qu’un fait d’actualité de grande ampleur inonde les réseaux sociaux et émeut l’opinion publique, les enseignant·e·s abonné·e·s reçoivent une fiche 'Questions vives' qui développe des pistes de réflexion pour transcender les faits proprement dits.

Florence Depierreux, coordinatrice pédagogique, nous parle de cet outil indispensable.

L’idée est partie d’un constat, au sein d’Annoncer la couleur, programme d’éducation à la citoyenneté mondiale chez Enabel, et chez certains partenaires comme Amnesty international ou le Conseil supérieur de l’Education aux Médias, que les profs ressentent le besoin de pouvoir s’emparer de ces questions vives. Ils se disent que c’est leur rôle, mais ils éprouvent parfois une certaine crainte face à l’émotion, au débat, à la confrontation de valeurs que ces questions vives peuvent susciter. Comment y faire face ?

L’objectif de Questions vives, est de pouvoir, quand un fait d’actualité surgit, envoyer dans les 36 heures aux enseignant.e.s abonnés au dispositif, et disponible aussi sur le site web, une fiche courte, recto verso, avec :

  • d’une part, les faits tels qu’ils sont connus au moment de la rédaction de la fiche. En partenariat notamment avec la RTBF pour avoir une approche journalistique et court-circuiter tout effet fake news.
  • d’autre part, une partie importante visant à penser les faits, à se détacher de l’émotion pour réfléchir à ce que nous disent ces faits et pourquoi ils nous touchent autant. Et essayer d’accompagner le jeune à se forger une opinion sur ce que cela dit de notre société et de notre façon de fonctionner ensemble.

 

Une réponse à un manque

Des outils pédagogiques qui traitent de questions de fond existent bien sûr déjà, mais il manquait des réponses immédiates, concises, à un fait d’actualité qui survient tout à coup. L’idée n’est pas de faire un cours de deux heures, explique Florence Depierreux, mais de pouvoir s’emparer en 15-20 minutes de la question, lorsque l’on sent que la tension est palpable, que les élèves en parlent. Il peut s’agir d’attentats comme celui de Maelbeek, de la reprise scolaire dans ce contexte particulier, de l’affaire George Floyd…

L’enseignant apporte ainsi une réponse très rapide et concise. Il peut se saisir une première fois du sujet, montrer aux étudiants qu’il est disponible pour ce sujet, qu’il prend un peu de distance par rapport aux émotions. Et s’il y a une volonté des étudiants, si cela lui semble pertinent, il peut reprendre quelques jours plus tard le sujet de façon plus posée, plus approfondie, ou renvoyer le sujet vers un autre enseignant.

Ce dispositif s’adresse à tous les enseignants, pas uniquement au professeur de citoyenneté, parce qu’on ne sait pas qui est le prof qui sera là à la première heure pour discuter de l’événement et poser les premières bases…


Qui élabore les fiches ?

L’élaboration se fait via un pool de pigistes à profil journalistique et un autre à profil philo, pour penser les faits et se questionner. Quand un fait d’actualité se produit et que le comité de pilotage (composé d’Enabel, d’Amnesty International, du Conseil supérieur de l’Education aux Médias et de la RTBF) décide de se saisir du fait, ils sont contactés pour voir qui est prêt à réagir immédiatement pour fournir une fiche dans les 4 heures. Il se passera maximum 36 heures avant que les fiches ne soient envoyées aux abonnés.

La fiche ne sera pas évolutive mais comportera un lien vers le fil info de la RTBF, pour permettre une mise à jour permanente. Le dossier pourrait renaître en fonction de l’évolution du fait, et faire l’objet d’une nouvelle fiche ou d’une mise à jour.


Se construire une opinion

Ce qu’on demande à l’enseignant, c’est d’accompagner le jeune à se construire une conception personnelle, à se poser des questions pour se construire sa propre opinion. Il accompagne, lance de nouvelles questions, relance le débat mais n’apporte pas une réponse, et certainement pas une réponse exacte, souligne Florence Depierreux.

C’est une façon aussi de court-circuiter les fake news. La RTBF et le Conseil supérieur de l’Education aux Médias sont particulièrement attachés à cette dimension.

Une question vive est vive aussi parce qu’elle circule très vite sur les réseaux sociaux. C’est pourquoi un groupe de sentinelles a aussi été créé, composé de jeunes adultes (un jeune animateur, un jeune enseignant,…) qui ont déjà une prise de distance et peuvent repérer de quoi il faut s’emparer.

Il faut aussi qu’il y ait des fiches bonnes nouvelles ! Les jeunes subissent de plein fouet le climat anxiogène et ont vraiment besoin, pour s’intéresser au monde et s’engager comme citoyens du monde, qu’on les accroche aussi par des bonnes nouvelles.

On s’abonne sur le site questionsvives.be. On peut aussi venir piocher sur le site parmi les fiches déjà existantes. Deux fiches transversales sont également disponibles, l’une sur la gestion des émotions, l’autre sur la gestion d’un débat démocratique, pour donner conseils et tuyaux aux enseignants avant d’attaquer la question.

C’est gratuit et vu le succès, cela répond clairement à un besoin !

Suivez la séquence ici, dans Tendances Première.

 

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