Tendances Première

Dépression chez nos jeunes : "La communication au sein de la famille est le facteur le plus protecteur"

Le Ligueur propose ce mois-ci un dossier sur le mal-être des jeunes de 18-25 ans, et donne aussi des clés aux parents pour les soutenir. Explications avec Alix Dehin, journaliste du Ligueur.

Les jeunes vont mal en ces temps de crise, ce qui inquiète la société, mais aussi, et surtout, leurs parents. Comment voir si nos jeunes vont mal ? Beaucoup de signes le montrent.


L’isolement, facteur n°1

L’un des symptômes les plus frappants et les plus largement répandus, c’est l’isolement. Il peut prendre deux formes :

  • l’isolement contraint, auquel nous sommes tous confrontés. Pour les jeunes, cela se traduit par des cours à distance, la suppression de tout folklore, de toute fête estudiantine, de toute activité sportive. C’est particulièrement compliqué pour les étudiants de première année, qui ont eu une fin de rhéto hors normes, sans voyage de rhéto, sans bal de rhéto, sans fête de fin d’études… souligne Alix Dehin. Ils arrivent en première et ne rencontrent personne, ils sont seuls dans leur chambre, et perdent de vue leurs amis de rhéto. Pour ceux qui sont plus loin dans le cursus, les possibilités d’Erasmus sont limitées. Certains en sont même réduits à le vivre virtuellement, sans rencontres ni découvertes possibles.
     
  • l’isolement psychologique : les étudiants se replient de plus en plus sur eux-mêmes et restent dans leur chambre. Ils n’ont même plus envie de voir leurs amis, même en extérieur. Un phénomène étonnant et inquiétant.


Un respect trop strict des règles sanitaires

Fabienne Glowacz, psychologue clinicienne et professeure à l’ULiège, a constaté que, contrairement à ce qu’on a pu croire ou dire, l’une des raisons à cet isolement est leur respect presque trop rigoureux des règles sanitaires.

Les jeunes ont vraiment intégré qu’ils étaient des vecteurs de transmission du virus pour leurs aînés et ils ne veulent pas être responsables de leur maladie ou de leur mort. C’est quelque chose qui est très fort en eux.

"On n’avait vraiment pas idée que les jeunes allaient se soumettre silencieusement aux règles, mais ils l’ont fait", commente Alix Dehin.


Le décrochage scolaire

D’autres symptômes peuvent expliquer le mal-être de ces jeunes, parmi lesquels le décrochage scolaire.

Les chiffres officiels pour cette session de janvier ne sont pas encore disponibles, mais en novembre dernier, la Fédération des Etudiants francophones avait réalisé une enquête auprès de 7700 étudiants, qui avait montré que 60% des étudiants se sentaient complètement ou partiellement en décrochage.

Il y avait bien sûr déjà des décrochages avant, mais la pandémie semble clairement jouer un rôle, affirme Alix Dehin. Pour l’étudiant seul dans sa chambre, face à sa matière brute, ce n’est pas toujours facile.


Que peut faire le parent ?

Les parents peuvent se sentir démunis. Le mot qui ressort souvent de leur bouche, c’est le mot impuissance. Ils voient que leur jeune ne va pas bien, mais ils ne savent pas quoi faire.

Le coût psychique de l’isolement de ces jeunes est énorme, observe Fabienne Glowacz. On est face à des dépressions, certains ont des idées suicidaires ou des accès de violence. Pour elle, la communication intrafamiliale est le facteur le plus protecteur de la dépression des jeunes.

Le parent doit s’intéresser à son jeune sans jugement, s’intéresser à ce qu’il fait. Même s’il passe ses journées dans sa chambre, le parent peut s’intéresser à ses jeux, éventuellement jouer avec lui. L’essentiel est d’essayer de comprendre : est-ce que mon jeune s’isole pour passer le temps ou est-ce qu’il ne va vraiment pas bien ? S’il ne va vraiment pas bien, il faut prendre les mesures pour faire en sorte qu’il aille mieux.

Le parent doit éviter de culpabiliser le jeune en cas de décrochage, ce n’est pas grave, et il doit essayer de comprendre d’où vient son manque de motivation : de la matière en tant que telle ou de l’isolement ?
En fonction des causes, il faudra identifier un projet qui fera du bien au jeune.


Que fait le politique ?

Du côté politique, il est question d’un projet d’élargissement de la bulle, avec la Bulle-Kot de 6, une alternative à la bulle familiale. Un contrat social devra être établi pour préciser cette bulle.

"C’est encore flou et c’est le Fédéral qui décidera. Ce serait le corollaire d’une reprise des cours en présentiel en mars, en fonction de la situation sanitaire", explique Alix Dehin.

La Fédération Wallonie Bruxelles a par ailleurs ouvert un fonds de 6 millions d’euros pour les étudiants qui sont dans le besoin, psychologiquement et financièrement.

Enfin, le 103 répond gratuitement et anonymement aux jeunes qui souhaitent parler.


Des photos qui parlent

La couverture du nouveau numéro du Ligueur montre la photo d’une jeune fille isolée, sous le titre "Ils en bavent, soutenons-les".

"Nous avons décidé d’illustrer différemment le dossier pour cette thématique, explique Alix Dehin. Nous avons eu la chance d’entrer en contact avec Arnaud Gustin, qui est photographe et animateur à la Maison de Jeunes de Stavelot. Depuis la crise du Covid, chaque semaine, il a rendu visite à plusieurs de ces jeunes et les a photographiés. Avec l’accord des jeunes photographiés, nous en avons utilisé certaines pour illustrer notre dossier."


 

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