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"Dark Tourism" : devoir de mémoire ou voyeurisme ?

"Dark Tourism" : entre devoir de mémoire et voyeurisme ?
"Dark Tourism" : entre devoir de mémoire et voyeurisme ? - © Tous droits réservés

À l’aube des départs en vacances, certains vont peut-être faire le choix du " Dark tourism " soit un voyage à la frontière entre le commémoratif et le voyeurisme. Ce tourisme est controversé mais il a aussi ses adeptes. D’ailleurs actuellement, la série " Chernobyl " diffusée sur Netflix donne des idées à certains instagrameurs.

Tourisme noir, tourisme sombre ou voire tourisme macabre. C’est comme cela que l’on pourrait appeler le tourisme qui s’éloigne des plages paradisiaques ou d’autres lieux bien prisés tels que le Colisée à Rome ou la tour Eiffel à Paris. Ici, ce sont les lieux liés à la souffrance et aux catastrophes qui sont pris pour cible.

Ça peut être par exemple les lieux d’un tremblement de terre comme cette région du Sichuan en Chine, ça peut être des catastrophes provoquées par l’homme comme la ville de Pripyat en Ukraine qui était voisine de la centrale nucléaire de Tchernobyl ", commente Mélissa Monaco, voyageuse blogueuse.

Tourisme de mémoire ?

Plus généralement, ce type de tourisme brasse large. Dans les faits d’ailleurs, beaucoup de touristes visitent de tels sites touristiques au cours d’un voyage.

" Il y a une partie qui est tout à fait sans controverse, par exemple tout ce qui touche au tourisme de mémoire : visiter Auschwitz ou Ground Zero à New York. Là, on y va plutôt dans une démarche mémorielle. " Mais ce n’est pas que cela.

"Je pense à certains touristes partis dans des régions en conflit. En Irak, par exemple : un touriste est allé là-bas et s’est fait tuer. Il y en a qui se sont fait enlever, également ", poursuit la blogueuse.

Il y a donc aussi une mise en danger volontaire. Philip Stone, professeur à la tête d’un centre de recherche sur le " Dark tourism " suppose que les humains veulent se confronter à la mort pour se sentir plus vivant étant donné que, surtout dans le monde occidental, on tient la mort à distance.

Le business des tours-opérateurs

Dans certains pays, le concept est poussé à l’extrême. Aux Etats Unis, on peut par exemple repartir sur les traces du " Cannibale de Milwaukee ", un tueur en série bien connu là-bas. Au Mexique aussi les tours-opérateurs s’en frottent les mains en organisant des circuits qui flirtent avec le glauque. Là, on part sur les traces de Pablo Escobar, " où on peut même rencontrer son garde du corps dont on ne sait pas trop s’il est repenti ou pas. Il y a aussi, et apparemment c’est même assez cher, une visite où on vous met dans la peau d’un migrant mexicain ou centre américain qui tente de passer la frontière pour rejoindre les Etats-Unis."

Une série Netflix…

Le géant américain n’a pas perdu son temps pour investir dans le "Dark Tourism". Il en fait d’ailleurs une série de ce nom. Pour l’heure, elle est assez controversée dans le monde anglo-saxon. On y verrait trop de désinvolture de la part du journaliste néo-zélandais David Farrier qui part dans un périple autour du monde. Plus récemment encore, la nouvelle série " Chernobyl ", la mieux cotée de tous les temps diffusée sur Netlfix et évoquant la catastrophe de 1986 relance aussi le débat autour du " Dark Tourism ". Depuis sa sortie, les réservations dans les tour-opérateurs ukrainiens décollent. Avec cela, des photos indécentes fleurissent sur les réseaux sociaux. Des selfies tout sourire, des attitudes inappropriées et même une pose en string dans un paysage de désolation ont poussé le créateur de la série, Craig Mazin a réagir. Il en appelle ainsi à plus de respect envers les victimes de la plus importante catastrophe nucléaire de l’histoire.

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