Tendances Première

Sexualité : comment éviter la routine ?

Carole Martinez, sexologue et chroniqueuse de l’émission Tendances Première, a lu l’ouvrage du sociologue Jean-Claude Kaufmann, "Le consentement dans le couple". Un livre qu’elle a apprécié et sur lequel elle revient, en repartant des fondamentaux en matière de sexualité au sein du couple.

Carole Martinez le clame haut et fort : toute personne/tout couple connaît un trouble de la sexualité à un moment donné, tous les couples passeront par des crises. Des troubles et crises qu’on surmonte sans problème si on a les outils. Mais encore faut-il les avoir... C’est là que l’aide d’une psychologue, d’un sexologue, d’un urologue ou d’un gynécologue devient utile : chacun sa spécialité. Parmi les raisons qui expliquent ces "passages à vide", on retrouve la vie de tous les jours, la maladie, la belle-famille, les beaux-enfants, le travail, le stress, la charge mentale, … Et puis aussi le temps qui passe, simplement.

En effet, le couple change avec le temps : aux prémices de la relation, le couple traverse le fameux cocktail chimique propre aux couples naissants : les deux partenaires se découvrent et ont tendance à faire l’amour un peu quand et où ça leur chante. Le problème est que ce cocktail chimique finit par disparaître et qu’il faut réussir à le remplacer en construisant autre chose. L’intimité et la complicité vont permettre au couple de trouver la passion et l’amitié nécessaires, même s’il peut y avoir des baisses, sans conséquences pour l’avenir néanmoins. Toutefois, en période de baisse, il faut réagir quand on le constate. Et la clé dans ce genre de situation, c’est la même qu’à chaque fois : la communication.

Quels reproches au sein du couple ?

Dans les thérapies suivies par les couples, l’impression qui revient souvent est celle d’être un bout de viande pour l’autre. Le conjoint a l’impression de ne servir qu’à assouvir le besoin de l’autre, car il n’y a pas de partage, pas de plaisir, on se soumet au désir de l’autre. Et dans ce genre de cas, une seule solution : remettre au centre la tendresse et tous les gestes qui peuvent y contribuer. Bien souvent, ce sont les femmes qui témoignent de cette impression de n’être qu’un objet : elles ont l’impression de n’être touchées que lorsque leur conjoint souhaite avoir une relation sexuelle. Ce contexte les crispe : dès que l’autre vient poser une main sur l’épaule ou sur la fesse, elles savent qu’elles vont "passer à la casserole".

N’oublions pas la tendresse

Pour autant, il ne faut surtout pas rompre le lien, mais l’améliorer, travailler dessus. Il faut faire en sorte que ce lien ne soit pas que sexuel mais qu’il soit aussi la preuve d’une effusion de tendresse. Beaucoup de patients souffrent de l’absence de ces gestes de tendresse.

Carole Martinez explique que dans le livre de Jean-Claude Kaufmann, le témoignage d’Olivier est particulièrement interpellant. En effet, ce dernier explique qu’il profite du fait que sa femme est endormie pour profiter d’elle et assouvir ses besoins. " Le témoin reconnaît qu’il n’avait pas conscience de la portée de son acte, mais je tiens à préciser que ceci constitue un viol conjugal. Le partenaire n’a pas donné son consentement puisqu’elle est endormie ", avertit la sexologue.

Attention au fameux "Pas ce soir, chéri(e)"

Qui n’a pas déjà prononcé la fameuse phrase : "Pas ce soir, chéri(e), on fera ça demain" ? Le problème c’est que si c’était une stratégie d’évitement, toute la journée du lendemain, la personne qui a refusé sait qu’elle va devoir s’y résoudre le soir venu car elle a déjà dit non une fois, deux fois, parfois trois fois. Cette attente-là, qui est synonyme de stress, n’est absolument pas bénéfique. Celle qu’il l’est, c’est l’attente qui est synonyme d’excitation. Quand on habite ensemble et qu’on se voit tous les jours, le manque n’est plus présent, on sait que l’autre va rentrer. Au lieu de voir cela comme une corvée par laquelle on va devoir passer, il faudrait se trouver des moments où l’on crée un lien spécifique.

Jean-Claude Kaufmann dit aussi que l’appétit vient en mangeant. Pour Carole Martinez, "ce sera vrai pour certaines personnes et pas pour d’autresLa sexualité peut être comparée au fait de manger une pizza : si vous mangez une pizza un soir et que vous êtes malade toute la nuit, vous n’allez pas en remanger de sitôt. Le sexe c’est pareil : si on a une mauvaise expérience, on ne veut pas la réitérer. Le cerveau travaille beaucoup sur l’acquis de ses expériences."

Comment déjouer les pièges du désir et du consentement ?

"Il n’y a pas de miracle", avance la sexologue. "La baisse du désir est normale : il faut le réinstaurer par nous-même. Pour le consentement, la communication est la clé. Plus on a une communication facile, moins on aura l’occasion de choquer ou de vexer l’autre. En l’absence de communication, le mieux est de se tourner vers des professionnels pour que le lien ne se rompe jamais totalement.

À lire sur le même sujet : Comment réapprendre à se parler au quotidien quand on vit en couple ?

Et si le consentement s’apprenait dès le plus jeune âge ? Carole Martinez recommande de parler du consentement avec les enfants, sans le faire de façon manichéenne. Tout n’est pas toujours blanc ou noir. "Parfois, le fait d’insister pour avoir une relation sexuelle va réveiller le désir chez l’autre et c’est très bien. Mais parfois, malgré l’insistance, ça ne prend pas", explique la sexologue. "Il faut alors savoir s’arrêter : ce n’est pas parce qu’on ne finit pas la tasse de thé qu’on nous a servie qu’on doit nous forcer à la boire. Parfois, le fait de faire un pas, d’essayer d’avoir le rapport avec l’autre, va fonctionner, parfois pas, et il faut s’arrêter et que l’autre l’accepte. L’autre doit comprendre que ça n’est pas une agression, que ça n’est pas lié à lui ou à son corps/ses émotions"

Jean-Claude Kaufmann, "Pas envie ce soir. Le consentement dans le couple", Ed. Les Liens qui libèrent, 272 pages, 19 euros.

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