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Coup de chaud sur la banquise, patrimoine en danger

Coup de chaud sur la banquise, patrimoine en danger
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Coup de chaud sur la banquise, patrimoine en danger - © Tous droits réservés

La banquise est la glace qui se forme dans l’océan aux deux pôles. Quand vient l’été, en arctique, une partie de la banquise fond pour revenir en hiver. Mais depuis le début des années 1980, la fonte s’accélère et toutes les études l’affirment, en 2050 la banquise arctique n’existera plus en été. Il n’est pas improbable que la glace d’hiver disparaisse elle aussi en 2100.

Les émissions de CO2 et le réchauffement climatique sont en grande partie responsables de cette accélération. La glace fond de plus en plus vite. Son épaisseur est de plus en plus fine ce qui facilite son déplacement.

"Artkos" en grec, "Ours" en français. La terre de l’ours polaire doit son nom aux constellations, la grande Ourse et la petite Ourse qui sont situées près du pôle Nord. L’arctique est en danger.

Pourquoi la glace fond-elle ?

Le réchauffement climatique, plus rapide en arctique, et les courants sont les deux responsables. Le transport de l’eau en profondeur est fondamental dans le bilan thermique de la planète. Cette circulation, nommée thermohaline, est engendrée par les différentes densités de l’eau de mer dues aux écarts de température et de salinité des masses d’eau. Plus l’eau est dense (plus salée) plus elle descend.

Autrefois des températures hivernales flirtaient avec les -40°. Aujourd'hui, on enregistre au cœur de l’hiver -15 ou -20°. L'air, en se réchauffant fait fondre les glaces qui déversent des eaux douces dans l’océan diminuant ainsi la salinité et la densité de l’eau. Moins lourde, elle reste en surface où elle est moins froide, empêche la formation de glace et modifie la circulation thermohaline. Quand l’hiver revient, la glace a du mal à se former sur un océan qui a emmagasiné de la chaleur.

Les eaux arctiques se sont réchauffées de 2,5° en cinquante ans. La quantité de glace diminue constamment, -13% tous les 10 ans depuis les années 80.

La fonte de la banquise, et alors ?

"C’est un peu comme si la porte du frigo restait ouverte. L’air froid envahit la cuisine" explique François Massonnet, climatologue et chercheur à l’UCLouvain. Les masses d’air se mélangent. Des vagues de froid peuvent arriver chez nous. Nous connaissons le vortex, vent polaire très violent qui se déplace, principalement vers les Etats-Unis en amenant des froids intenses.

Incidence sur l’environnement

Dans l’arctique, le changement du climat est si rapide que la faune ne peut pas s’adapter. Les relations prédateurs-proies ne sont plus stables et c’est toute la chaîne alimentaire qui est en péril.

La disparition de la banquise, permettant notamment le déplacement des ours polaires, crée des zones isolées réduisant les contacts et le brasage génétique.

  1. La santé des ours se détériore.
  2. On voit apparaître le pizzly, croisement entre l’ours blanc, emblème de l’arctique et l’ours brun pouvant amener à la réunion des deux espèces.
  3. On voit des rennes mourir de faim car les alternances de redoux pluvieux et de gel forme une fine couche de glace sur la toundra les empêchant de se nourrir.
  4. L’augmentation de la température pourrait voir les forets remplacer les toundras actuelles.
  5. Bien des espèces risquent de disparaître, perte évidente de biodiversité.
  6. La population locale est elle aussi en difficulté. Elle dépend de la chasse de l’ours et du phoque, de l’élevage du renne pour la fourrure et la viande et de la pêche.

Impact sur l’ensemble de la planète

Mais l’impact est aussi présent sur la faune autour du monde car bien des espèces migratrices dépendent de l’arctique pour se reproduire et se nourrir. Ne citons que la sterne arctique, qui chaque année migre d’un pôle à l’autre. Avec quelque 70.000 kilomètres annuels, elle est la plus grande voyageuse de notre planète.

Point de non-retour

La crise sanitaire s’accompagne d’une réduction des émissions de CO2. Voilà peut-être qui va réduire la fonte de la banquise arctique ?

"Non" affirme François Massonnet "Nous avons atteint un point de non-retour. Il est trop tard ; quoi qu’on fasse aujourd’hui, il n’y aura plus de banquise d’été en 2050. Cela paraît inévitable".

Le confinement dans de nombreux endroits du globe a réduit les émissions de C02 de 5 à 6% mais il faudrait, pour stabiliser le réchauffement une réduction annuelle de 7 à 8%.

Le système climatique a beaucoup d’inertie. Les concentrations de gaz carbonique dans l’atmosphère resteront à des niveaux plus élevés que la normale pendant des siècles même si toutes les émissions cessaient. Le réchauffement continuera, seule sa vitesse peut être ralentie en limitant les émissions pour stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre.

La fonte de l’arctique profite à certains

Voyez le tourisme partant à la découverte d’un monde en voie de disparition et les bateaux de croisière de plus en plus nombreux.

Les enjeux économiques sont énormes : un tiers des réserves d’hydrocarbure mondiales sont libérées des glaces. La disparition de la banquise offre de nouvelles possibilités d’exploitations touristiques et des réserves minérales.

Beaucoup de décideurs ont intérêt à voir cette région s’ouvrir au tourisme et à l’exploitation des ressources naturelles au détriment d’un écosystème tout entier : de la population humaine aux bactéries microscopiques.

"Ne soyons pas naïfs, il y aura de plus en plus de mouvements dans cette région encore vierge il y a quelques dizaines d’années."

Arctique : jolie carte postale en danger

La banquise d’été disparaît. Les glaciers reculent de plusieurs centaines de mètres par an.

En 2100, la glace d’hiver pourrait elle aussi avoir disparu. La disparition d’un patrimoine.

L’arctique qu’on admire ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir !