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Coronavirus : les réponses aux questions que vous vous posez

L’Organisation Mondiale de la santé recommande désormais de tester le plus de personnes possible dans les pays touchés par la pandémie de COVID19. Cela va permettre entre autres de détecter l’ensemble des cas, même ceux dont les symptômes sont bénins et les asymptomatiques. Avant même de débattre sur le quand et le comment, il faut comprendre de quoi on parle exactement ? Les réponses de Eric Muraille, maître de recherches au FNRS et du Pr Fabrice Bureau coconcepteur d’une méthode PCR simplifiée et vice-recteur à la recherche de l’ULiège.

Il faut tout d’abord distinguer 2 types de tests

  • Les tests qui détectent le virus
  • Les tests qui détectent la présence d’anticorps et donc votre protection contre la maladie

Les tests sérologiques. C’est quoi ? Comment ça fonctionne ?

Un test sérologique, c’est un test sanguin. Ce sont des tests qui cherchent à trouver la présence d’anticorps qui vont vous protéger, à l’avenir, contre la maladie.

Cette réponse immunitaire intervient 10 à 20 jours après l’infection. C’est pourquoi ces tests sont généralement présentés comme la clé du déconfinement.

Comment repère-t-on les anticorps avec un test sérologique ?

Pour repérer les anticorps, il existe deux types de tests :

  • Les tests réalisés en laboratoire avec la technique ELISA. C’est un test très complet mais la procédure technique est assez lourde qui prend du temps.
  • Les tests de prises de sang au nouveau du doigt – Plus léger que le test précédent. Il utilise le même principe qu’un test de grossesse. On dépose une goutte de sang sur une languette. On dépose un produit réactif sur cette goutte de sang. La languette prendra une couleur particulière s’il y a présence d’anticorps propres au coronavirus. C’est un test qui prend une dizaine de minutes.

Ces tests ne sont pas infaillibles :

- Tout réside dans le timing. Il existe plusieurs types d’anticorps qui sont développés à différents stades et tous les tests ne détectent pas tous les anticorps.

- Même si ces tests sanguins sont très précis, ils ne sont pas fiables à 100%. Si on est en début d’infection, il se peut que l’on détecte une réponse immunitaire de votre corps mais que le virus soit encore présent. Vous êtes alors contagieux.

Pour être tout à fait exhaustifs, ils doivent être couplés à d’autres tests comme celui de détection du virus.

Et les tests PCR, de quoi s’agit-il ?

Ce sont des tests qui détectent la présence du virus.

On vous introduit un écouvillon dans le nez ou dans la bouche et on recueille un maximum de mucus qui pourrait contenir le virus ?

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Le test PCR est-il infaillible ?

Il est fiable dès le premier jour de l’infection. C’est une analyse très précise qui permet de détecter le virus à partir de quelques cellules. Cela dit, comme le virus se multiplie, il sera plus facile à détecter au bout de quelques jours.

Néanmoins, on peut avoir des faux négatifs. Si le virus se trouve ailleurs que sur le trajet de l’écouvillon, il est possible de ne pas détecter le virus. Ce sont des cas plutôt rares

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Test PCR : comment l’analyse est-elle réalisée ?

Les techniques utilisées sont plus complexes que celles utilisées dans le cas de tests sanguins.

Avant de réaliser les analyses, on doit inactiver le virus. On doit le tuer afin d’éviter d’infester les personnes chargées des tests. Cela se fait avec des produits détergents très corrosifs.

De manière simpliste, une fois le virus tué, il va falloir reconstituer son bagage génétique. Il faut retrouver l’ARN du virus dans "la soupe" que l’on a créée en le tuant. Ensuite, on doit lui injecter de l’ADN.

C’est à partir de là que l’on pourra identifier le virus :

La première technique demande des réactifs qui ont été en pénurie. Mais c’est technique qui peut être automatisée. 4 à 5 personnes peuvent réaliser près de 5000 tests par jour

La technique de l’Université de Namur ne demande pas de réactifs mais elle est gourmande en main-d’œuvre. Il faut une vingtaine de personnes pour réaliser 500 tests par jour.

Pourquoi ne tue-t-on pas le virus pour créer un vaccin ?

La question est naïve mais il faut savoir que la création d’un vaccin utilise des techniques complètement différentes. L’inactivation utilise des produits détergents très corrosifs. On ne pourrait pas les injecter dans le corps.

La vaccination est l’administration d’un agent antigénique, le vaccin, dans le but de stimuler le système immunitaire d’un organisme vivant afin d’y développer une immunité adaptative contre un agent infectieux.

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Comment peut être sûr que l’on a ciblé la bonne enzyme ou la bonne protéine ?

Afin de bien comprendre, on peut comparer la relation entre un virus et son anticorps au mécanisme entre une clé et une serrure. Un anticorps a une affinité très élevée avec sa cible.

https://www.esanum.fr/today/posts/ace-et-covid-19-les-cles-les-serrures-et-la-genetique

https://uclouvain.be/fr/sciencetoday/actualites/verrouiller-la-porte-d-entree-du-coronavirus.html

 

Peut-on refaire la maladie ?

Oui, actuellement, on ne sait pas si l’immunité est durable. Normalement les tests permettent de voir la force de votre immunité mais avec le Covid 19, on a très peu de recul.

Actuellement, les seules informations dont les scientifiques disposent sont les observations faites sur deux autres coronavirus qui se sont répandus il y a quelques années. Sur ces cas, on estime que l’immunisation à la maladie dure entre 2 à 3 ans.

Sur le covid 19, on n’a aucun recul et aucune durée de protection. On ne sait même pas si les anticorps que vous auriez développés vous protègent complètement sur la maladie.

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Le coronavirus ne stimulerait que très peu notre immunité

Le virus a-t-il muté ? Est-ce dangereux ?

Effectivement, les scientifiques estiment que le Covid 19 a déjà subi des mutations. C’est normal. Il s’agit d’un virus ARN. Ce sont des virus particulièrement instables. Mais c’est le propre de tous les virus.

A ce stade, rien ne prouve qu’il ait complètement changé de forme. Et que sa virulence ait complètement changé.

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