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Coronavirus - Dans les périodes de crise, on cherche des boucs émissaires

La crise sanitaire actuelle nous amène à vivre d’une autre manière. De tout temps, les hommes ont toujours eu du mal à se mettre en mouvement autour d’une idée double : être proche des autres sans se perdre comme individu et se distinguer, se différencier sans perdre le groupe. Explications avec Jean Van Hemelrijck, psychologue et psychothérapeute.

 

Dans le confinement, on se ressemble tous, on ne se distingue pas

 

Pour se prémunir, l’homme fait appel à deux sentiments : l’humour et la colère. La colère est un mécanisme humain qui nous permet de remettre un peu de distance par rapport aux événements. Mais si elle nous emporte, elle peut déraper sur des choses graves. Une des manières de se préserver de ces débordements, c’est d’exporter sa colère plutôt que de l’exercer en intime, avec les gens qu’on aime. Le principe du bouc émissaire est de transposer sa colère sur une figure qui va l’incarner.

Le bouc émissaire est celui qui emporte la part sombre qui est en nous et qu’on n’a pas envie de voir. Dans la situation actuelle, cette partie sombre est beaucoup plus visible. C’est ce qui se passe par rapport à la Ministre de la santé, au gouvernement de manière générale ou encore à Trump.

Le Président des Etats-Unis est lui-même toujours prompt à désigner des boucs émissaires : les Mexicains, les Chinois, les journalistes…

C’est un mécanisme dont il faut se méfier parce que s’il est largement partagé, il peut déboucher sur l’anéantissement, la destruction de l’autre.

En cette période, les médias doivent garder à l’esprit que si leur boulot est de dénoncer ce qui ne va pas, il est important aussi de souligner tout ce qui fonctionne. Plutôt que de désigner ceux qui font mal leur job pour nous libérer de notre colère, valorisons plutôt la compétence de ceux qui assurent à notre pays sa survie.

La colère est un signe de santé mentale mais il faut pouvoir la " vidanger ".

Frapper sur un ballon, faire du jogging… ce sont des manières de déplacer la colère qu’on destine aux autres, de la transposer sur un objet de remplacement.

Le saviez-vous ?

Le terme " Bouc émissaire " est issu d’un ancien rituel juif. Une fois par an, le rabbin donnait à la communauté un bout de papier sacré où chacun notait ce qu’il voulait oublier : sa colère, des moments de trahison, de mensonge… Il récoltait tous les papiers, les mettait dans un sac et fixait ce sac sur le dos d’un bouc qui était emmené dans le désert pour y mourir. C’était une manière d’exporter ses frustrations, sa colère à l’extérieur et de s’en défaire.

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