Tendances Première

Contre l'obsession de la mort : la prise de risques

Un besoin de légèreté, malgré les risques
Un besoin de légèreté, malgré les risques - © Pixabay

Cela fait 3 mois que l’on ne parle que de la pandémie. Très peu de choses, pendant cette période, nous auront détournés du sujet du coronavirus, de la comptabilité quotidienne des morts, du nombre de personnes guéries. Cette obsession de la mort ne doit-elle pas doucement laisser place à plus de légèreté ?

Le psychologue et psychothérapeute Jean Van Hemelrijck est inquiet de constater qu’il n’y a plus aujourd’hui de place pour autre chose que la mort.

"C’est un peu comme si le seul sujet de conversation était la mort. La mort prochaine, la mort probable, la mort éventuelle. On est en train de faire de la mort l’objet constant de notre réflexion. On a oublié quelque part que les hommes produisent de la vie, et que, éventuellement, la mort les rattrape. On a fait l’inverse. On est dans un mode de défense psychique, qui touche à ce qu’on appelle l’obsession, l’obsessionnalité."


L’obsessionnalité de la mort

C’est un mécanisme de défense qui consiste à avoir un seul et unique objet de pensée, pour éviter de penser à autre chose. Cela vous met ainsi à l’abri des pensées qui vous font du mal. C’est très encombrant bien sûr, parce que tout le temps penser à la poignée de porte qui ne serait pas bien fermée, c’est angoissant, mais cela a pour vertu de mettre l’angoisse loin de la mort.

Mais aujourd’hui, le mécanisme de défense que nous produisons consiste à mettre la mort au centre de notre pensée. Tout geste, toute attitude, toute réflexion, convoque inlassablement la mort. Pour nous protéger de la mort, on en parle tout le temps, elle envahit tout, elle devient l’unique objet.

A force de nous rappeler qu’il faut constamment y penser, la mort est devenue un objet de pensée qui va nous détruire, parce que si on ne vit pas, on va mourir d’une certaine manière. Il faut bien sûr respecter les règles, mais nous en avons tous été abreuvés.


Un besoin de légèreté

Comment peut-on rire, comment peut-on vivre, comment peut-on aimer, sans avoir peur de donner ou recevoir le coronavirus ? interroge Jean Van Hemelrijck.

Où est la vie dans notre société, où est la légèreté ? Il n’y a plus que cette comptabilité, cet espoir qu’il y ait zéro mort du coronavirus.

On peut parler d’un phénomène de destruction sociale. On ne peut plus se serrer la main, s’embrasser, se serrer dans les bras, une proximité qui est fondamentale et très nécessaire pour les humains.

Nous en sommes finalement acculés à ne plus penser. "Et quand on ne pense plus, c’est la porte ouverte à toutes les dérives totalitaires. La connerie est très dangereuse pour une société et quand on ne pense plus, on devient con. Et quand une société, pour protéger de la mort, invente la mort et la connerie, elle ne va pas bien. Il faut bien sûr lutter contre la pandémie qui est toujours là, mais il faut réapprendre la joie, la légèreté." exhorte Jean Van Hemelrijck.


Contre l’obsession de la mort : la prise de risques

C’est certainement cet enfermement dans l’obsession de la mort qui a provoqué ces rassemblements festifs du weekend dernier. Tous ces jeunes célébraient la vie !

"Il faut bien se rappeler que notre société a inventé la prise de risques pour être plus fort que la mort. Les gens qui font des sports extrêmes niquent la mort, ils s’approchent de la mort pour essayer de lui montrer qu’ils sont plus forts qu’elle. Tout adolescent passe par des gestes qui se confrontent à la mort, pour justement célébrer la vie.

"On nous a tellement parlé de la mort ces derniers temps, que bien évidemment, on passe commande de ces moments qui s’emballent, même si ce n’est pas sérieux. Mais c’est la vie qui est là et c’est plus fort que nous", constate Jean Van Hemelrijck.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK