Tendances Première

Confinement : une étude de l'UMons s'intéresse à l'anxiété chez les plus jeunes

Laurence Ris, professeur de neurophysiologie : "Les plus jeunes entendent tout, ressentent ce que nous ressentons ; il faut leur expliquer la situation"
Laurence Ris, professeur de neurophysiologie : "Les plus jeunes entendent tout, ressentent ce que nous ressentons ; il faut leur expliquer la situation" - © Pixabay

En cette période de pandémie et de confinement, les enfants et les jeunes adultes sont particulièrement sensibles à la situation, mais ils sont souvent oubliés dans les diverses études. Des chercheuses de l’Université de Mons (UMONS) mettent en commun leur expertise pour créer un site web dédié à la détection et à la compréhension de l’anxiété chez les plus jeunes d’entre nous (de 3 à 25 ans).

Nous sommes tous confrontés pour le moment à des situations plus ou moins difficiles à vivre, la perte d'un proche, l'inquiétude pour sa santé et celle de notre famille, des difficultés financières, l'incertitude quant à l'avenir et l'incompréhension.

Ce public jeune, dont l'avenir se construit aujourd'hui, est relativement oublié dans l'évaluation du stress et de l'anxiété que l'on connaît et que l'on va encore connaître, explique Laurence Ris, professeur de Neurophysiologie, cheffe du service de Neurosciences de l’UMons. En particulier les jeunes enfants, qui ne s'expriment pas forcément sur leur ressenti, et les étudiants, qui vivent un stress intense.
 

Mais pourquoi sont-ils oubliés ?

"On a un peu tendance à dire qu'ils sont plus résilients et, pour les plus jeunes, qu'ils se rendent moins compte de ce qu'il se passe, qu'ils ne peuvent pas ressentir aussi fort la situation. Or il est important de se rendre compte que les plus jeunes entendent tout, qu'ils ressentent ce que nous ressentons et qu'il faut leur expliquer, parce qu'ils peuvent réagir de manière très forte.

Quant aux étudiants, ils sont moins visibles pour le moment, bloqués en confinement et en blocus" ajoute Laurence Ris.

Une équipe pluridisciplinaire de psychologues, de graphistes s'est donc rapidement mise en place pour créer cette application qui allie recherche et service à la société, dans le cadre du Covid19.
 

Home Stress Home, un site proactif

Le site Home Stress Home est dédié à 4 catégories d'âge : 

  • les 3 à 7 ans
  • les 8 à 11 ans
  • les 12 à 17 ans
  • les 18 à 25 ans

Le site propose à ce public de s'autoévaluer, d'avoir une estimation de son anxiété ou de son stress. Ce sont bien sûr les parents qui répondront pour les plus petits.

Très rapidement, les participants recevront une réponse personnalisée et une information, ainsi qu'un accompagnement gratuit à travers des fiches, des ateliers... 

Le site se veut pro-actif et en profite pour améliorer la recherche en la matière, dans cette situation inédite.

"Sur les cent dernières années, c'est effectivement la première fois que l'on vit ce type de situation. D'où l'importance de mieux comprendre comment les jeunes vont supporter cela et quelles seront les conséquences à long terme. L'accompagnement se fera donc bien au-delà du confinement et du déconfinement, pour voir les conséquences sur l'année à venir, sur la scolarité, sur les interactions sociales...

La recherche n'est donc pas effectuée toute nue - juste interroger les gens et ne rien leur donner en échange -. C'est pourquoi ce site a été mis en place, pour qu'ils aient un retour immédiat de leur questionnement", précise Laurence Ris.

 

Un accompagnement adapté à chacun

Le programme est adapté à chaque âge, en fonction de chaque niveau de stress évalué. Il a été construit à partir de méthodes reconnues dans la littérature scientifique, pouvant agir dans le cadre d'anxiété modérée. Si l'anxiété est élevée, il faudra évidemment se tourner vers des professionnels.

Le programme propose de la relaxation, de la méditation, ainsi que tout un cheminement pour pouvoir mieux comprendre et mieux gérer ses émotions.

L'université avait déjà des ressources internes, mais a fait appel à des extérieurs, notamment des professionnels en relaxation et en méditation, en ce qui concerne les enregistrements audio.

Le site Home Stress Home a déjà reçu la visite de 4000 personnes, et un bon nombre de retours au niveau des enquêtes, à tous âges. Rendez-vous est d'ores et déjà pris dans quelques mois avec Tendances Première pour un premier bilan des résultats de l'étude !

 

Etudier la capacité d'adaptation du cerveau

Laurence Ris s'intéresse tout particulièrement à la plasticité du cerveau, c'est-à-dire à sa capacité à s'adapter à de nouvelles situations. 

"Typiquement, le fait d'être anxieux va modifier la façon dont notre cerveau perçoit et gère l'information. Il est intéressant de voir comment le cerveau va s'adapter, et ultérieurement si cet événement va laisser des traces dans la mémoire, et à quel point cela va modifier notre perception de notre environnement et la façon dont on interagit avec cet environnement."

On est là dans un cadre plus large, celui de la prévention primaire, en santé mentale. Ces petits traumatismes, qui s'accumulent tout au long de la vie, peuvent rendre certains d'entre nous plus sensibles, plus fragiles, plus susceptibles d'éventuellement développer de la dépression à l'âge adulte, des formes plus importantes d'anxiété.

"Il est donc très important de pouvoir prendre en charge ces petits traumatismes, pour permettre d'augmenter la résilience, et, d'une façon générale, la santé mentale de la population."

 

 

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