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Confinement – Devenons-nous tous alcooliques ? L'UCL lance une grande enquête publique

Confinement - Devenons-nous tous alcooliques ? L'UCL lance une grande enquête publique
Confinement - Devenons-nous tous alcooliques ? L'UCL lance une grande enquête publique - © Pixabay

Le confinement pousse-t-il à augmenter sa consommation d’alcool ? L’UCL lance une grande enquête publique pour donner à ce questionnement une valeur scientifique. Pierre Maurage, professeur à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education à l’UCL, est à l’initiative de l’enquête. Il nous en parle.

Dès le début de confinement, les spécialistes qui travaillent sur la question de l’alcool ont été interpellés par de nombreuses personnes et journalistes qui s’inquiétaient de la consommation d’alcool : coronapéros, consommation quotidienne…

Selon les experts, il y a en effet beaucoup de risques que la consommation augmente, parce que c’est une période où l’on est plus anxieux, plus stressé, où l’on se sent plus seul, où l’on se sent désoeuvré, il y a une forme d’ennui qui s’installe. Tout cela peut favoriser une augmentation de la consommation d’alcool.

Toutefois, il est difficile de la quantifier, il n’existe aucune donnée là-dessus, puisque la situation est exceptionnelle, observe Pierre Maurage. D’où cette idée d’organiser une enquête scientifiquement valide sur l’évolution réelle de la consommation d’alcool.


Pourquoi le recours à l’alcool en cas de stress ?

La Belgique est un pays où l’on consomme beaucoup d’alcool et où l’on a beaucoup d’occasions et de raisons d’en consommer.

D’abord les raisons positives : je bois quand je suis avec mes amis, je bois pour faire la fête. Il y a en ce sens une idée générale de valorisation, voire de survalorisation de l’alcool.

"Mais il y a aussi beaucoup de personnes, et parfois les mêmes personnes, qui utilisent l’alcool comme un possible déstressant, après une journée de travail ou un événement anxiogène. On sait que cette stratégie ne fonctionne pas, parce que l’alcool va davantage augmenter l’anxiété et le stress. Mais c’est un réflexe que beaucoup ont et qui pourrait augmenter durant cette période où l’anxiété est plus présente."
 

Quelle quantité ne pas dépasser ?

L’alcool a beaucoup de conséquences négatives. En cas de consommation excessive, on observe des effets réels sur le sommeil, sur les émotions négatives, sur la santé physique, une diminution du tonus, une aggravation de la fatigue.

Les normes de consommation raisonnable se situent en dessous de 10 doses d’alcool par semaine, en évitant d’en boire plus de deux par jour. Ces normes sont en dessous de la consommation moyenne belge.

"L’idée est d’arriver à éviter d’avoir des consommations excessives, mais surtout d’éviter la consommation quotidienne, éviter que la consommation d’alcool devienne une sorte d’habitude, surtout pendant cette période de confinement, qu’on consomme automatiquement au cours des repas ou sous la forme d’apéros tous les jours, sans vraiment y penser. C’est cela qui pose problème."


Comment diminuer sa consommation ?

En cette période de confinement, il est important de se rendre compte de la façon dont notre consommation a évolué, et d’y réfléchir éventuellement en complétant le questionnaire de l’UCL, conseille Pierre Maurage.

"L’augmentation peut être tout à fait insidieuse. Les gens sont plus chez eux et ont plus facilement accès à l’alcool, et parfois augmentent sans vraiment y penser."

Il faut se poser la question : est-ce que ma consommation a augmenté ces derniers temps ? Et si oui, pourquoi ? Est-ce que je ne suis pas tombé dans un automatisme qui fait que je bois sans raison ?

"Si on a de bonnes raisons, par exemple se détendre ou passer un bon moment avec des amis pendant un apéro en ligne, ce n’est pas forcément un problème, il ne faut pas nécessairement dramatiser. Par contre si on consomme de manière automatique et qu’on a augmenté sa consommation sans raison valable, il faut au moins se poser la question du pourquoi."

Dans cette période particulièrement anxiogène, il faut se demander : est-ce que l’alcool remplit la fonction que j’espère de lui, est-ce qu’il me détend vraiment, est-ce que j’ai vraiment besoin de l’alcool pour remplir cette fonction ?

Ou est-ce que je peux le remplacer en tout ou en partie par autre chose qui peut avoir le même effet, me détendre et diminuer mon anxiété : une discussion avec un ami, un jeu de société en ligne ?

Pour participer à l’étude sur la consommation d’alcool,
rdv sur http://uclouvain.be/addiction-confinement