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Comment travailler avec des personnes qui se surestiment… ou qui ne sont pas compétentes ?

Les récentes élections américaines avec l’attitude de Trump posent question. On pourrait expliquer son attitude par un effet de Dunning-Kruger qui pousse les personnes incompétentes à surestimer leurs capacités, et les empêche de se rendre compte de leurs erreurs ou leur manque de compétences dans certains domaines. D’un autre côté, nous retrouvons aussi des personnes très compétentes qui tendent à sous-estimer leurs capacités, en pensant que les autres sont plus doués qu’elles. On vous dit tout avec Jean-Olivier Collinet de Jobyourself.

Si vous êtes déjà resté perplexe face à une idée soi-disant révolutionnaire de votre boss, ou que vous avez vous-même compris après une bonne nuit de sommeil que votre " idée du siècle " n’était peut-être pas si brillante que cela, vous avez peut-être déjà été confronté à l’effet Dunning-Kruger.

L’effet Dunning-Kruger, c’est quoi ?

Aussi appelé " effet de surconfiance ", ce biais cognitif est constaté quand des personnes peu qualifiées sur un sujet sont persuadées d’être très compétentes, alors que celles qui sont les plus qualifiées ont au contraire tendance à se sous-estimer.

Ce phénomène est peut-être une réponse à l’attitude de Trump ? C’est aussi une tendance que l’on peut retrouver en politique et Dans le microcosme d’une entreprise, ce phénomène est aussi bien connu des psychologues du travail n’est pas sans conséquences.

Alors d’où vient-il, quelles sont ses retombées, et comment le contourner ?

Tout commence en 1995, à Pittsburg, aux Etats-Unis, quand un certain McArthur Weeler décide de dévaliser deux banques à visage découvert.

Très vite arrêté, l’homme avait pourtant une technique imparable : il s’était enduit le visage de jus de citron, persuadé que, à l’image de l’encre invisible, cela le rendrait indétectable aux yeux des caméras.

Titillés par l’aplomb du garçon qui n’en démordait pas, les psychologues David Dunning et Justin Kruger décident de se pencher sur son cas pour comprendre comment quelqu’un d’aussi ignorant pouvait être aussi sûr de lui.

Ils mènent alors une enquête sur un groupe d’étudiants, auxquels ils demandent de s’auto-évaluer dans trois domaines :

  • L’humour,
  • La grammaire et
  • Le raisonnement logique.

Puis ils comparent ces appréciations aux compétences réelles des étudiants. Les résultats sont sans appel : les plus doués d’entre eux ont eu tendance à se sous-évaluer, tandis que les moins qualifiés se sont clairement surestimés.

Mais comment expliquer cette " surconfiance " de la part des personnes les moins douées ?

Selon Dunning et Kruger, la réponse est simple : moins la personne possède de compétences, moins elle est à même de savoir qu’elle est ignorante.

En effet, si l’on ne connaît rien d’un sujet, comment savoir qu’il nous reste encore beaucoup à apprendre ?

 

Socrate disait : je sais que je ne sais rien

 

En résumé, les personnes incompétentes n’ont pas les compétences requises pour comprendre qu’elles le sont. Ainsi, non seulement elles se surestiment, mais elles ne sont pas en mesure d’apprécier les compétences chez autrui. Cela me fait terriblement penser à comportement d’un Trump ;). Tout est clair, il ne sait pas comprendre qu’il ne sait pas.

Selon les deux psychologues, " les personnes manquant des connaissances ou de la sagesse leur permettant d’être performantes sont souvent peu conscientes de cela.

Autrement dit, l’incompétence qui les mène à faire de mauvais choix est celle-là même qui les prive de la capacité à reconnaître la compétence, que ce soit la leur ou celle de toute autre personne. "

 

Des conséquences lourdes dans l’entreprise et en politique

Dans le monde professionnel, cela peut ainsi donner lieu à des situations assez rocambolesques, comme cela a été le cas.

Lorsque mon nouveau directeur est arrivé dans ma boîte, tout le monde me l’a présenté comme le messie. Il était très confiant, presque arrogant et en imposait pas mal. Et pourtant, au bout de quelques semaines, en grattant un peu, je me suis rendu compte qu’il n’y connaissait rien Hallucinant !

Pourquoi se trompe-t-on ?

La raison ? Nous avons souvent tendance à confondre confiance en soi et compétence.

C’est ce qu’explique le psychologue du travail Tomas Chamorro-Premuzic, dans un article publié sur le site de la Harvard Business Review. Selon lui, une personne qui a l’air assurée est souvent perçue comme compétente, d’où sa présence aux postes clés d’une entreprise.

 

C’est aussi ce que corrobore une récente étude de l’université de Melbourne, selon laquelle les personnes qui ont le plus confiance en elles obtiennent de meilleurs salaires et sont promues plus rapidement que les autres. Ainsi, un manager ou un recruteur aura plus tendance à accorder sa confiance à quelqu’un d’ignorant mais qui a de l’aplomb, facilitant son ascension hiérarchique, alors que quelqu’un de plus compétent mais plus timoré se verra plus facilement relégué au second plan.


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Comment travailler avec des personnes qui se surestiment… ?

Dans ces conditions, travailler avec quelqu’un de “surconfiant” peut vite s’avérer très difficile à gérer. Parce que cela peut provoquer un sentiment d’injustice face à une promotion qui nous semble injustifiée, ou rendre le travail en équipe difficile lorsque cette personne refuse de remettre en question ses idées et s’obstine dans la mauvaise voie.

Pour remédier à cela et ne pas finir par bâillonner sauvagement le collègue en question, il existe des alternatives simples :

 

  1. Primo, mettre le " Dunning-Krugerien " face à ses propres failles. Il est persuadé que son raisonnement est le bon ? Montrez-lui en vous basant sur des exemples concrets et des faits avérés pourquoi celui-ci est erroné.
  2. Secundo, montrez-lui en quoi une autre idée pourrait être meilleure. Dans un entretien accordé par le professeur Dunning au magazine Forbes, celui-ci expliquait que l’une des raisons pour laquelle certaines personnes ne sont pas assez performantes est qu’elles n’ont tout simplement pas conscience qu’il est possible de faire mieux. En tant que collègue, c’est donc à vous, si vous pensez mieux maîtriser un sujet, d’éduquer votre co-worker. Cela peut être en abordant l’air de rien à la pause déj’la dernière conférence que vous avez suivie ou, si vous êtes manager, en lui proposant de suivre une formation.

 

…Et comment ne pas se surestimer soi-même ?

Apprendre à gérer les personnes qui ont une trop grande confiance en leurs capacités, c’est bien, mais comment être sûr que ce n’est pas vous qui vous pensez plus doué que vous ne l’êtes ?

Pour éviter de vous retrouver vous-même pris au piège de l’effet Dunning-Kruger : pensez à toujours élargir votre cercle de compétences :

  • Assistez à des conférences sur des sujets qui vous sont inconnus,
  • Lisez des livres sur des matières que vous ne connaissez pas,
  • Discutez avec des personnes qui font des métiers qui n’ont rien à voir avec le vôtre… humilité et authenticité, c’est plus porteur que de se survendre.

Si vous passez des entretiens, faites attention à ne pas vous “survendre”, soyez conscients de vos failles et montrez que vous avez envie d’apprendre.

Enfin, à l’inverse, ne vous sous-estimez pas non plus. De la même façon qu’il est important d’être conscient de ses limites, il est aussi indispensable de prendre la pleine mesure de ses capacités, et d’oser s’affirmer quand vous savez que votre raisonnement est juste et cohérent.

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