Tendances Première

Comment se reconstruire après un "accident de la vie" ? Les conseils de la psychiatre Christine Mirabel-Sarron

Il y a 30 ans, Christine Mirabel-Sarron a été victime d’un accident de voiture qui lui a laissé des séquelles permanentes. Après un parcours chaotique de reconstruction et une réorientation professionnelle, l’ancienne médecin devenue psychiatre puis psychothérapeute est aujourd’hui auteure du livre Se reconstruire après un accident de la vie publié aux Editions Odile Jacob. Son but ? Décrire les étapes essentielles de la reconstruction après un traumatisme – quel qu’il soit – et offrir des outils concrets pour surmonter ces accidents de la vie qui peuvent survenir brutalement dans nos vies et dans celles des autres.

Il n’y a pas de "petits" accidents de la vie

Christine Mirabel-Sarron insiste : il n’y a pas de petits accidents de la vie. Son ouvrage est d’ailleurs étayé du parcours d’une vingtaine de témoins qui ont, eux aussi, vécu des accidents de la vie de toute nature : des agressions, des viols, des accidents de la route, des deuils mais aussi des situations jugées plus banales et sans gravité comme une coupure en cuisinant, une petite chute dans les escaliers ou être témoin d’un accident. Ce qui caractérise les accidents de la vie ne relève pas de la gravité de la situation en tant que telle, mais plutôt de la trace émotionnelle qu’ils vont laisser.


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Les accidents de la vie sont brutaux, arrivent soudainement et changent le cours de notre vie. Parfois pour quelques jours seulement – si c’est une plaie par exemple – parfois pour des semaines, des mois, voire des années. "Ce qu’il faut prendre en compte, ce sont les émotions que ces accidents de la vie vont faire surgir. Elles peuvent être très diverses, mais ce sont elles qui vont déterminer la rupture avec notre vie courante et habituelle. Parfois, de petites choses peuvent nous bouleverser très profondément. Il ne faut pas dire qu’il y a de petits accidents de la vie. C’est la résonance qui compte et il faut respecter le fait qu’une petite chose, qui peut paraître banale, peut avoir de grands dégâts psychologiques." explique la Dr C. Mirabel-Sarron au micro de l’émission Tendances Première.

Les montagnes russes émotionnelles : une étape incontournable

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Les montagnes russes émotionnelles, une étape incontournable pour surmonter un traumatisme ou un "accident de la vie". © Getty Images

Lorsque nous sommes victime d’un accident de la vie, le corps passe en priorité. C’est normal. Viennent ensuite les émotions qui, bien qu’elles soient très variées d’une personne à l’autre, suivent systématiquement certaines tendances : "ça commence toujours par une période de stress aigu et puis ce sont les montagnes russes émotionnelles… dans lesquelles on peut éprouver énormément de choses."

Les réactions abruptes et soudaines de colère, d’irritabilité et d’amertumes font partie du tableau clinique du traumatisé. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : de traumatisme.

"Ce que nous avions prévu est stoppé brutalement par cet accident – que ce soit pour quelques jours, quelques semaines ou plus – et il va falloir définir des stratégies pour que la vie quotidienne redevienne la plus confortable possible" explique la psychiatre. Ces accidents de la vie impliquent parfois des changements drastiques où il faut repenser sa vie personnelle et familiale, changer de logement et/ou se réorienter professionnellement.

Pour Christine Mirabel-Sarron, toutes les victimes de traumatismes passent par les étapes de la colère et de la culpabilité suivies d’une période d’effondrement et de dépression avant d’atteindre la phase d’acceptation psychologique et la reconstruction. "Bien sûr, ces étapes ont des durées et des intensités différentes en fonction des individus. Mais c’est systématique. Il faut l’accepter, c’est comme ça. Et se rappeler que ce n’est pas nous, à ce moment-là. Ce n’est pas notre personnalité."

L’importance de la bienveillance et du temps pour vaincre le traumatisme

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Indulgence, bienveillance, compassion et positivité sont, pour la psychiatre Christine Mirabel-Sarron, les grands indispensables de la reconstruction post-traumatique. © Getty Images

Si dans un premier temps les victimes d’accident de la vie sont souvent (bien) accompagnées, la suite du parcours peut être plus compliquée. "Il faut aussi tenir compte des émotions et des réactions des proches, qui sont parfois eux-mêmes touchés et impactés par cette vague du traumatisme et qui ne peuvent donc pas être présents." Pour autant, il est indispensable de demander de l’aide et de communiquer, que ce soit auprès de professionnels, d’amis, ou même de nouvelles rencontres. "Il faut aller vers ce qui nous fait du bien et être autobienveillant" insiste Christine Mirabel-Sarron. "Prendre soin de soi est essentiel dans l’étape de la reconstruction. Il faut se concentrer sur des petites choses très simples : le sommeil, l’alimentation, l’hygiène de vie, le bien-être émotionnel."

Autre donnée importante : le temps. "Il faut se donner du temps et accepter de prendre SON temps", affirme la psychiatre. "Parfois, on prend plus de temps que les autres. Ce n’est pas grave. Il faut faire les choses lorsqu’on est prêt, sans tenir compte de "la moyenne"… "

Indulgence, bienveillance, compassion et positivité sont donc, pour Christine Mirabel-Sarron, les grands indispensables de la reconstruction, que ce soit pour les témoins et les proches que pour les victimes elles-mêmes.


 Retrouvez son interview dans le podcast de Tendances Première : 

Pour en savoir plus :

→ Le livre Se reconstruire après un accident de la vie, dans lequel Christine Mirabel-Sarron donne des pistes et des outils pour "tirer de cette expérience un enseignement précieux pour mieux affronter l’avenir".

Un livre bienveillant à destination des proches, des témoins et des victimes d’accidents de la vie publié aux Editions Odile Jacob.

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