Tendances Première

Comment rester écolo sans finir dépressif ?

Tout le monde l’adore et tout le monde s’en revendique : l’écologie. La société entière semble mûre pour devenir verte ! À un détail près : devenir écolo, c’est basculer dans les affres du doute et des drames. Les limites sont atteintes, les espèces disparaissent sous nos yeux ébahis, notre ciel fait des siennes, notre cadre de vie change à vue d’œil… L’écologie est le royaume de la mauvaise nouvelle, et notre météo intérieure n’y est plus au beau fixe. On appelle cela l’éco-anxiété, la solastalgie, la dépression verte, le burn-out bio.

Les premiers à avoir dégusté sont les scientifiques scrutant les atermoiements de Gaïa, et dans leur foulée les journalistes environnementaux et les militants d’ONG, qui ont alerté sans relâche. Une question nous tenaille : quel est leur secret pour rester debout ? Peuvent-ils nous montrer une voie, celle de la résilience, de l’acceptation, de la marche vers un avenir moins naïf et plus juste ?

À partir de son expérience personnelle de journaliste environnementale, Laure Noualhat va partir à la rencontre de congénères atteints, eux aussi, par l’éco-dépression, qui lui confieront de quelle façon ils ont remonté la pente, forgé leur salut et retrouvé leur confiance en l’avenir.

 

 

Laure Noualhat a été journaliste environnementale chez Libération durant 15 ans. Elle réalise des documentaires entre autres " "Après-demain" " avec Cyril Dion.

Son livre : " Comment rester écolo sans devenir dépressif ? " a mis 10 ans à voir le jour.

En sa qualité de journaliste environnementale, Laure Noualhat a été confrontée chaque jour à de mauvaises nouvelles concernant l’écologie et petit à petit, elle a développé de l’éco-anxiété.

Mais le choc qui a tout déclenché, a été la lecture d’un article paru dans la revue " Nature " qui expliquait que les écosystèmes étaient à bout de souffle et qui si l’humanité continuait dans cette trajectoire, d’ici 2030 à 2040, on verrait apparaître les premiers effondrements de services rendus par les écosystèmes sans lesquels on ne peut pas vivre. Cette lecture l’a plongé dans une dépression.

[…]  la présence de l’homme sur la planète perturbe les écosystèmes et les équilibres en place depuis des millénaires à un point tel que notre seule présence pourrait provoquer notre perte, pire, il se dit que la civilisation thermo-industrielle est à bout de souffle, que l’effondrement guette, Attention, pas n’importe quel effondrement, un effondrement global, entier, écosystémique. […]

Cet extrait du livre peut se résumer en un mot : le deuil. Celui du 20ème siècle, celui de nos rêves d’enfants gâtés. L’écologie est l’univers du renoncement.

Quand on entre dans un deuil, quel qu’il soit, il y a trois étapes par lesquelles on passe :

  • La colère
  • La tristesse
  • La peur

Mais la dépression permet aussi de rebondir. Mais si on ne passe pas par ces différentes phases, on ne pourra pas vraiment s’en sortir.

Pour traverser tous ces sentiments, la condition sine qua non, est de se réconcilier avec soi-même. L’acceptation est très importante dans cette phase de deuil. Il faut accepter la situation : le monde auquel on a cru est parti.

Il faut se réconcilier avec notre place, sentir notre humilité, notre impuissance à changer le monde tout seul dans notre coin. L’alignement de notre désir profond permet d’inverser notre regard sur le monde, sur notre capacité à faire. Posons-nous la question de ce qu’on peut faire dans le monde qui s’annonce et de qui nous voulons être.

Ce qui est rassurant, c’est de savoir que de grands noms de la défense de l’écologie ont tous vécu ces périodes-là, les ont transcendés et ont réussi à tenir. Le livre ne parle pas que de la propre expérience de Laure Noualhat mais aussi de celle de personnalités comme Nicolas Hulot, Delphine Batho (ancienne ministre française de l’écologie), Cyril Dion, Claire Nouvian, Isabelle Autissier… qui ont livré leurs vérités émotionnelles.

 

Quoi que vous croyiez, quoi que vous fassiez, faites-le parce que l’action porte en elle la magie, la grâce et le pouvoir ". Goethe

L’arrêt dû à la crise sanitaire a été vécu par pas mal de gens comme une bulle d’oxygène et surtout comme une porte ouverte sur plein de possibles. Pas mal de gens ont pu redécouvrir le calme, la lenteur, un monde où l’essentiel serait la chose à cultiver plutôt que l’artificiel derrière lequel on court.

La ligne du temps n’est pas la même pour tout le monde. Il faut parfois du temps pour réagir. Décider de changer sa vie est une chose mais ce n’est pas pour autant qu’on est prêt. Il faut pouvoir s’accorder de bonnes respirations, de bonnes introspections. L’essentiel est de parler, de partager. Ne restons pas seuls face à nos déprimes, nos envies…

 

Des leviers pour engendrer le changement et des outils pour s’y préparer

Certains se sentent responsables, coupables de la situation actuelle, d’autres pas du tout. La culpabilité peut être un levier pour changer.

Bien dosées chacune de ces émotions : la colère, la douleur, la tristesse et la peur peuvent être des leviers pour engendrer le changement.

Dans son ouvrage, Laure Noualhat propose des outils qui l’ont aidée à sortir de l’éco-dépression : la réconciliation avec soi-même, la médiation, des rituels chamaniques, la sororité, la gratitude, le rire, la reconnexion avec la nature et l’établissement de liens avec des personnes qui avancent, innovent, qui irradient notre quotidien, qui lui donne du sens. 

 

Et les jeunes ?

Ils sont aussi sensibles à l’éco-anxiété. Ils vivent dans une époque tourmentée climatiquement parlant et n’y sont pas imperméables. Greta Thunberg est une de leur contemporaine. S’ils font partie de la génération solastalgique, ils sont aussi de grands consommateurs de réseaux sociaux. On leur reproche souvent ce paradoxe, cette dissonance cognitive. Mais c’est exactement la même chose chez leurs aînés.

Un peu de vocabulaire

Solastalgie ou éco-anxiété est une forme de souffrance et de détresse psychique ou existentielle causée par exemple par les changements environnementaux actuels et attendus, en particulier concernant le réchauffement climatique et la biodiversité.

Étymologiquement, le terme provient du mot anglais " solace " qui signifie " réconfort ", et de " algie " qui veut dire "douleur". Cela peut être traduit par la douleur liée à la perte de ce qui nous réconforte, en l’occurrence notre environnement. Notre cocon.

Sororité : attitude de solidarité féminine, lien de solidarité féminine basé sur le principe de la fraternité masculine. 

Pour réécouter la chronique, c'est ici :

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK