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Comment protéger ses enfants des clichés sexistes ?


Offrir des poupées à sa fille et des camions à son garçon, demander à la première de ne pas parler trop fort et au second de ne pas pleurer, encourager la sensibilité artistique de l’une et les compétences scientifiques de l’autre, valoriser l’élégance chez les femmes et la performance chez les hommes… De nombreuses attitudes véhiculent ces stéréotypes tellement ancrés dans notre culture qu’ils échappent encore trop souvent à notre vigilance. Comment faire, lorsque l’on est parent, pour protéger ses enfants des clichés sexistes ?


Le fait d’intégrer des stéréotypes va brider les personnalités, limiter les goûts et les projections dans l’avenir, et cela va exposer à un certain nombre de violences, soit subies, soit retournées contre soi, explique Nathalie Anton. 

Alors comment ne pas enfermer les filles et les garçons dans les cases prédéfinies et trop étroites du féminin et du masculin ? Comment leur permettre de devenir des personnes libres, épanouies et respectueuses des différences ? 

Enseignante et psychologue, elle publie Le manuel qui dézingue les stéréotypes, abécédaire pour déceler les préjugés et briser les automatismes, chez Eyrolles Editions. 


Des stéréotypes bien ancrés

Ces stéréotypes sont souvent en nous de manière très inconsciente. "On a l’impression qu’on n’est pas porteur de stéréotypes et finalement on les transmet malgré nous auprès de nos enfants, quand on est enseignante comme moi, auprès des élèves, et dans l’entourage, quotidiennement."

Nathalie Anton s’est effectivement rendu compte qu’elle-même véhiculait ses stéréotypes au quotidien dans sa classe. Un exemple ? Quand elle sépare deux garçons et les place à côté de filles. "Le préjugé que je véhicule est que les garçons et les filles n’auront rien à se dire, que les filles vont calmer les garçons, que les filles sont plus scolaires que les garçons, etc… Ce qui n’est pas forcément le cas, et heureusement."

Si les stéréotypes se perpétuent, c’est qu’ils ont une certaine validité, c’est qu’on les observe quand même. Les enfants les intègrent dès leur plus jeune âge et vont se conformer aux attentes, presque pour nous faire plaisir. Il sera normal qu’une petite fille soit douce, attentive, puisque c’est l’image idéale qu’on projette sur elle. Il sera normal qu’un garçon soit un peu turbulent, un petit peu rebelle, un peu beau parleur, puisque c’est l’image idéale qu’on projette sur lui.

Même dans les manuels scolaires

Dans les manuels scolaires, les clichés sexistes perdurent aussi. "Ce sont vraiment des 'impensés', explique Nathalie Anton. C’est-à-dire qu’on a tendance à se concentrer davantage sur l’exercice qu’on va construire, sur la résolution de problème. Et le décorum, ce qui va autour, l’histoire qu’on va mettre en scène pour amener le problème, n’est pas forcément examiné. C’est comme ça qu’on arrive à un brevet des collèges en 2019, en mathématiques, où il va y avoir des exercices extrêmement genrés. Puisque les exercices qui mettent en scène des hommes les présentent comme des conquérants, tournés vers l’extérieur, et dans les exercices qui mettent en scène des femmes, elles ont des activités de décoration d’intérieur."

Les choses avancent, certains éditeurs font beaucoup d’efforts, qui sont cependant davantage dirigés vers les filles, les femmes, qu’on voit dans d’autres rôles, mais rarement vers un changement de rôles pour les garçons.

Pour Nathalie Anton, cela s’explique par deux raisons :

  • Il a d’abord fallu rattraper le retard de la visibilité des femmes dans ces manuels et leur redonner leur rôle. Que ce soit en littérature, en histoire,… les femmes sont presque invisibles. Il a donc fallu rajouter des dossiers spéciaux sur les femmes pendant la Révolution ou sous la révolution industrielle par exemple.
     
  • Le féminin est souvent dévalorisé par rapport au masculin. On va avoir tendance à encourager les transgressions de genre qui vont du féminin vers le masculin, mais on va encore hésiter à encourager les garçons à s’emparer des rôles traditionnellement attribués au féminin, parce qu’on a l’impression de les amoindrir. On aura ainsi plus tendance, quand on est parent, à encourager sa fille à s’engager dans des filières scientifiques, qu’à encourager son garçon à aller vers une filière de puériculture par exemple.
     

Et dans les loisirs

Au niveau des loisirs et des jouets, Nathalie Anton montre à quel point nous sommes aussi conditionnés, "parce qu’on a envie de faire plaisir à son enfant, mais aussi à son entourage. On a envie que son enfant soit accepté par les autres. Cela demande une certaine force de s’opposer à ces stéréotypes."

Elle propose quelques conseils de réflexion très concrets, comme la vigilance au niveau des livres qu’on présente à nos enfants : lire les résumés, regarder les illustrations, observer si les garçons y sont vus comme actifs et les filles passives. Et plus un livre est daté, plus il risque d’être sexiste.

"On a toujours l’impression que les stéréotypes, c’est ailleurs, dans la société dans son ensemble, dans certaines familles, certains milieux, certaines cultures… Or les stéréotypes, on les a intégrés malgré soi, on les perpétue, ils entrent dans nos familles par nos enfants eux-mêmes, qui les intègrent à l’école, mais aussi par les médias. Et les livres sont des vecteurs puissants de stéréotypes. On adore transmettre à nos enfants ce qu’on a nous-mêmes aimé, et on a tendance à leur montrer des dessins animés, à leur relire des histoires qu’on a aimées, or tout cela est encore très genré."


Les jeunes, acteurs du changement

Les choses évoluent lentement mais il y a encore du travail, parce que la société reste assez genrée. Les hommes et les femmes n’ont toujours pas des fonctions interchangeables. Il n’y a en France que 17% des filières professionnelles qui sont mixtes.

Et si les choses bougent, c’est souvent grâce aux jeunes ! Nathalie Anton est frappée par l’avancée qu’ils ont faite par rapport aux questions de genre par exemple. Ils sont mieux au courant que les adultes des distinctions entre le sexe biologique, l’expression de genre, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, et sont assez audacieux par rapport à leur sexualité et à certains tabous.
 

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