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Comment ne pas tomber dans le piège de la radicalité ?

Osons l'esprit critique
Osons l'esprit critique - © Eoneren - Getty Images/iStockphoto

Les différentes formes de radicalité, qu’elles soient religieuses, politiques, culturelles, identitaires, sanitaires, alimentaires, etc. semblent de plus en plus présentes. Face à la tendance actuelle à la simplification, à l’exagération, au populisme, à la radicalité… Comment développer à nouveau la culture de l’esprit critique et une éthique du dialogue ? Comment construire collectivement un vison lucide et nuancé ainsi qu’un positionnement circonstancié face à tous ces mouvements ?

Avec Nicole Duhamel, consultante, coach, superviseur, formatrice au CFIP

et Bernard Lukas, psychologie clinique, psychothérapeute, coach au CFIP (Centre pour la formation et l’intervention psychosociologiques).

Ce centre développe la consultance et des interventions depuis 50 ans. Son objectif est d’accompagner la réflexion et l’esprit critique dans le monde du travail et essentiellement dans le secteur non-marchand et le secteur public.

Il s’agit d’accompagner les professionnels dans leurs questionnements, les aider à prendre conscience de leurs émotions, de développer leur pensée critique pour dégager des réponses adéquates. La question des radicalités se pose tant pour les professionnels que pour les bénéficiaires avec lesquels ils sont amenés à travailler.

Un peu de vocabulaire

La radicalité est un phénomène propre au genre humain qui relève d’une action qui est catégorique, sans concession, unilatérale et dont on use pour combattre quelque chose.

Le radicalisme est une attitude d’esprit d’une intransigeance absolue qui veut une rupture complète par rapport à un système. Il débouche sur un discours de vérité unique, une idéologie qui utilise le combat pour s’imposer et l’imposer à autrui.

Il est également lié à la construction de l’individu. Il peut s’installer suite à des traumatismes vécus, des blessures, à des souffrances non cicatrisées qui mènent à des clivages. La conjonction entre le contexte (précarité économique, émotionnelle) dans lequel se retrouve un individu et les rencontres qu’il peut faire peut être déterminante.

 

L’émotion suscitée par les réseaux sociaux

Les RS fonctionnent sur la médiatisation, sur l’émotion à tout prix qui l’emporte sur l’observation objective. L’émotion devient le sujet dont on parle. Lorsque la peur, la haine ou le mépris viennent s’y greffer et qu’elle est récupérée par un discours politique ou populiste, on constate des dérives dangereuses qui portent préjudice à un groupe d’individus. C’est en fait la visibilité de la radicalité qui est boostée par les réseaux sociaux et non la radicalité elle-même. Cette visibilité joue un rôle important sur l’impression d’apparition de nouvelles radicalités.

Les réseaux sociaux donnent l’impression que tout le monde sait tout sur tout. Cela délégitimise la vraie expertise et tout le monde n’a pas suffisamment d’esprit critique pour prendre du recul. C’est là qu’il y a danger. Certains individus seront amenés à ressentir une satisfaction sur des événements qui ne sont pas justes. L’immédiateté et la démultiplication des réactions inhibent complètement la pensée critique et laisse la porte ouverte aux extrémismes.

On connaît tous les algorithmes de Facebook qui nous proposent des contenus en fonction des publications que nous avons " likées ", qui correspondent à notre sensibilité. Ce mécanisme de séduction mentale amène à une paresse intellectuelle. La pensée complexe, réfléchie se perd. On ne prend plus le temps de réfléchir parce que nous sommes dans l’immédiateté. Or, le temps est la clé dans l’apprentissage de l’esprit critique.

Les radicalités sont-elles des valeurs refuges ?

Nous vivons dans une société où les repères sont mouvants : montée des particularismes, délégitimation des rôles d’autorité, individualisme exacerbé, consumérisme, compétitivité… Tous ces éléments sont sources d’inégalités, d’exclusions et mènent à une grande méfiance par rapport à tout ce qui se passe dans notre société, nourrissent la radicalité et offrent de belles opportunités aux " prometteurs de lendemains qui chantent " qui proposent des réponses toutes faites et une vision simpliste de réalité. Il faut mettre en place des stratégies de prévention par rapport à la montée du radicalisme.

 

Il faut oser avoir peur de ce qui fait peur

Nous vivons dans une société anxiogène qui favorise l’insécurité.

Cette insécurité peut s’être construite dès la petite enfance, en rapport à l’autre. Ce qui rend le " vivre ensemble" difficile.

Il faut affronter ses peurs pour savoir comment les combattre.

Les gens ne se sentent pas écoutés. On observe de la part de nos autorités politiques un déni par rapport à la souffrance ou au questionnement. Par exemple : les personnes qui sont contre la vaccination s’expriment beaucoup avec parfois des réactions fortes parce qu’elles ne se sentent pas entendues.

On voit émerger ainsi d’autres formes de radicalités dans domaines où on ne les attendait pas.

Ne pas confondre radicalité et extrémisme ou fanatisme

L’extrémisme et le fanatisme sont des phénomènes en aval de la radicalité.

On peut être radical sans être fanatique ou extrémiste.

Ce qui fait la différence, c’est le fait de vouloir imposer aux autres ses idéaux, sa propre vérité par la violence et la force. On a le droit d’avoir des opinions radicales, des convictions fortes et puissantes mais ça ne nous donne pas le droit de les imposer à autrui. Ma liberté s’arrête là elle celle des autres commence.

Les ados font partie de la frange de la population la plus vulnérable par rapport à l’extrémisme parce qu’ils se cherchent, cherchent un idéal. Ils sont la cible idéale pour les " recruteurs ".

Quand la radicalité est utilisée par certains pouvoirs politiques

Il y a danger quand une pensée est véhiculée, récupérée, pervertie par certains pouvoirs politiques, comme le discours martelé par Marine Le Pen sur les ondes et les réseaux sociaux sur la menace que représente l’immigration sur la vie des Français.

L’argumentation permet de combattre ce genre de discours, de dérive qui mène vers l’exclusion de l’autre. Et c’est là que l’éducation est fondamentale. Réapprenons l’esprit critique. L’école ne forme pas suffisamment à la pensée.

Il y a un travail à mener dès le plus jeune âge pour se construire au travers de la réflexion, du travail sur soi, pour connaître la solidité à l’intérieur de soi.

Les parcours de vie chaotique, les souffrances et les blessures peuvent être adoucis par le dialogue, la compréhension de l’autre.

On ne peut faire bouger les choses que si on se met à écouter, à analyser les situations et à en chercher le sens.

L’esprit critique trouve un support dans l’ouverture à l’autre et dans la culture. Culture sous la forme de l’ouverture au monde mais également l’ouverture à la connaissance des traditions, de l’histoire de l’autre.

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