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Comment faire comprendre les gestes barrières aux enfants

L'école rend magique l'apprentissage des gestes protecteurs
L'école rend magique l'apprentissage des gestes protecteurs - © © Getty Images/iStockphoto

Il est bien difficile de faire comprendre les gestes barrières aux enfants. Ce sont pourtant des gestes qui devront peut-être perdurer. Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, a quelques solutions.

Même s’il est utilisé à bon escient par les virologues qui doivent faire barrière au virus, le mot gestes barrières ne fonctionne pas du tout avec les enfants. A l’école, il est beaucoup plus facile, pour les enseignants comme pour les enfants, d’utiliser le mot protection. Et tous les mots prennent alors un autre sens.
 

Le masque

Un masque pour un enfant, c’est d’abord quelque chose pour se déguiser. Etymologiquement, se déguiser, c’est changer de sa guise, changer de sa manière habituelle d’être. Ce qui fait qu’on peut en jouer, explique Bruno Humbeeck : les masques pour les enfants doivent avoir cet air ludique, c’est indispensable. D’autant plus qu’il est fort probable qu’on va continuer à avoir des masques en septembre.

Pourquoi ne pas utiliser, pour fabriquer les masques, la même délicatesse utilisée pour recouvrir les cahiers ? Le choix du papier nous donnait une identité, parlait de nous, de qui nous étions.

En Chine ou en Japon, le masque fait culturellement partie du collectif, il n’a pas cette fonction identitaire, il n’a pas pour but de se singulariser. Les enfants n’en souffrent cependant pas. Il n’y a pas trop de souci à mettre en place des masques, parce que l’enseignant en porte. Chez nous, c’est plus compliqué.

Le superhéros est masqué parce qu’il joue avec son identité. Il est important que l’enfant puisse jouer de la même façon, que le masque ait une fonction identitaire. Les enfants ont cette merveilleuse aptitude à pouvoir jouer, y compris avec ce qu’ils prennent au sérieux.

L’enseignant aussi doit être identifiable, rendre son masque ludique ou le moins effrayant possible aux yeux d’un petit. Ce n’est pas le masque utilitaire, celui du soignant, qui doit être diffusé dans les écoles, c’est le masque utile, mais ludique, qui encourage la proximité et n’empêche pas d’être souriant, exhorte Bruno Humbeeck.


Les gestes protecteurs

Tous les gestes protecteurs doivent être intégrés dans un discours pédagogique : il faut associer la prudence des virologues à l’audace des pédagogues.

Dans les cours de récréation, Bruno Humbeeck a vu des enfants parqués comme des petites chèvres. Ce n’est pas la bonne façon de parler des gestes protecteurs. Le geste protecteur est celui qui maintient les uns à distance respectueuse des autres. C’est ce qu’on appelle l’amour paradoxal : plus j’aime quelqu’un…, notamment si la personne est fragile.

Il faut que l’école continue à enseigner ces gestes protecteurs, par exemple rester à distance respectueuse des grands-parents qu’on aime pourtant énormément., enseigner que les gestes d’affection peuvent continuer à se transmettre, même à distance des autres : le sourire avec les yeux, la conversation agréable…

Les enfants doivent apprendre qu’on ne doit pas envahir tout le monde par une distance intime systématique. Plein de jeux permettent d’ailleurs de le faire : les concours de mimes, le football à passes,…

Quand on encourage les enfants à mimer les comportements respectueux, dans les espaces ludiques que doivent impérativement rester les cours de récréation, ce n’est pas un souci s’ils deviennent sécurisants sur le plan effectif et sanitaire, explique Bruno Humbeeck.

 

C’est cela mettre en scène des gestes protecteurs, amenés à durer. Et quand l’école les prend en charge, c’est beaucoup plus efficace, parce que c’est le lieu qui rend magiques les apprentissages.

C’est le bon moment d’apprendre aux enfants des gestes protecteurs, de manière durable, des gestes qui sont à intégrer dans notre manière d’être ensemble et pas à ressortir uniquement en période de pandémie !

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