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Comment éviter un maximum de perturbateurs endocriniens

Les hormones intriguent, voire inquiètent. Que dire alors des perturbateurs endocriniens ? Ils font peur car ils sont nombreux et insaisissables, et leurs effets sur la santé sont multiples. Comment les comprendre et s’en prémunir ? Où se trouvent-ils ? En quoi sont-ils dangereux, et à quels moments de la vie particulièrement ?

Les auteurs du livre Les perturbateurs endocriniens - Comment les cerner pour s'en protéger ? (Ed. Mardaga) proposent des pistes de réflexion et d'action. Anne-Simone Parent est docteure en médecine et en sciences biomédicales et pédiatre endocrinologue, elle poursuit les recherches du Dr Jean-Pierre Bourguignon sur le mécanisme du déclenchement de la puberté dans le cerveau et ses perturbations par l’environnement.

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Un perturbateur endocrinien, c’est quoi ?

Un perturbateur endocrinien est une substance qui est présente dans l'environnement, et donc extérieure au corps, et qui est capable d'altérer le fonctionnement des hormones, soit en se fixant aux récepteurs des hormones pour les activer ou les bloquer, soit en accélérant ou ralentissant l'élimination ou la production des hormones.

Les hormones sont ces messagers produits par une série de glandes pour organiser notre fonctionnement : les hormones thyroïdiennes, qui nous donnent de l'énergie, stimulent notre transit, notre coeur ; les hormones de la reproduction ; les hormones de l'insuline...

Le perturbateur vient dérégler ce système des hormones ; ils ressemblent aux hormones, ils peuvent mimer l'action des hormones, à un moment où on n'en a pas besoin.

D’où viennent les perturbateurs endocriniens ?

Il y en a différents types. Beaucoup sont produits par l'industrie : on en trouve dans les produits isolants, les retardateurs de flammes, les composés plastiques, les cosmétiques... On en trouve aussi dans l'air ambiant.

On en trouve aussi dans les nouveaux recouvrements de meubles, les ordinateurs, les tickets de caisse un peu brillants, les contenants souples et transparents en plastique...

Dans la composition des cosmétiques, on peut trouver des parabènes, des conservateurs qui ont un effet anti-hormones masculines, nocif pour les petits garçons et les foetus mâles. Mais il est difficile pour le consommateur de s'y retrouver dans les listes de composants.

La grande majorité des perturbateurs endocriniens ne sont pas naturels, mais certains le sont, comme le soja et ses dérivés, abondamment utilisés dans l'industrie alimentaire et dans des produits modifiés.

Les périodes les plus sensibles

A certaines périodes de la vie, on va être beaucoup plus sensible aux perturbateurs endocriniens.

C'est très certainement le cas de la période pré-natale, au moment où s'établissent les connexions qui vont durer toute la vie. Puis viennent les 3 premières années de vie, ainsi que la période pubertaire. Mais même à l'âge adulte, on peut être extrêmement sensible à certains effets.

Il est connu que les perturbateurs peuvent agir même à dose faible et qu'ils agissent aussi en équipe : leurs effets, mis ensemble, sont plus puissants.

Mesure européenne et lobbies

Les perturbateurs endocriniens sont à l'origine de nombreux débats. L'Europe impose aujourd'hui qu'un produit soit prouvé non dangereux, avant d'être mis sur le marché, plutôt que le contraire.

Mais la difficulté pour les pays européens, c'est de se mettre d'accord sur ce qu'est un perturbateur endocrinien, car cette question est à l'origine de nombreuses réactions de la part des différents lobbies.

"Plus on rend difficile le fait de prouver qu'une substance est un perturbateur endocrinien, plus on mettra du temps à limiter ou à interdire sa production", souligne Anne-Simone Parent.

Or, cette étude des perturbateurs endocriniens est très complexe. Elle prend énormément de temps, car il faut analyser leur impact sur une longue durée et parfois sur plusieurs générations. En outre, chacun va réagir différemment à ces perturbateurs ou, y être différemment sensible à différents moments de la vie.

"Pour mieux identifier les perturbateurs endocriniens, il faudrait qu'on tienne davantage compte des périodes de grande sensibilité au cours de la vie, des effets transgénérationnels. Puis agir davantage à la source, avant la production de ces substances."

Quels effets ont les perturbateurs endocriniens ?

Autrefois, il était prouvé que la génération suivante était toujours plus 'intelligente' en termes de QI que la précédente, mais depuis les années 70, ce n'est plus le cas, et c'est même l'inverse. Les chiffres concernant les troubles de l'attention, l'autisme, ne cessent d'augmenter, et ce n'est pas simplement parce qu'on consulte plus. Cela a été étudié et démontré.

Des études ont établi que, quand on a été exposé à certaines substances in utero, on a un risque nettement plus élevé de développer des troubles de type autisme ou des troubles de l'attention. Mais comme ces troubles sont souvent multifactoriels, il est difficile de les attribuer clairement aux perturbateurs endocriniens, et certains en jouent, notamment les lobbies.

Les perturbateurs endocriniens ont clairement une influence aussi sur l'âge du début de la puberté. Un faisceau de données le montre.  

"Et c'est vu depuis plusieurs dizaines d'années maintenant, c'est vu de façon internationale. Et c'est trop vite que pour être génétique. Ce n'est pas une évolution naturelle de l'être humain. Le gain de poids, l'augmentation de l'excès de poids peuvent aussi expliquer qu'on entre en puberté plus tôt, mais ce n'est pas vu que chez les personnes qui gagnent beaucoup de poids à l'adolescence, donc ce n'est pas suffisant pour l'expliquer."

Certains modèles montrent que les enfants plus exposés ont aussi plus de risques de présenter une puberté précoce, dans certaines populations. Même chose pour la diminution de la fertilité, précise Anne-Simone Parent.

Les perturbateurs endocriniens et le bébé

Le bisphénol A utilisé pour les biberons des bébés puis interdit, a été remplacé par le bisphénol S, dont on s'est récemment rendu compte qu'il s'agit d'une substance plus toxique encore, qui a les mêmes effets de perturbateur endocrinien. 

"Pendant 9 mois, la femme enceinte aura de toute façon bu dans des bouteilles d'eau qui contiennent du bisphénol A. Tous les jours, on est exposé à des dizaines de substances. Un bébé qui naît a connu une centaine de substances pendant la grossesse."

La maman peut par exemple éviter de manger trop de poisson gras. Il faut savoir que le saumon par exemple accumule des perturbateurs endocriniens et des métaux lourds, qui peuvent passer dans le lait. Il vaut mieux manger les poissons non gras, comme les poissons de rivière, truite, etc...

Il vaut mieux éviter aussi de repeindre la chambre du bébé, d'acheter des nouveaux meubles. 

Quelques pistes pour limiter les perturbateurs endocriniens

Anne-Simone Parent nous propose quelques mesures simples au quotidien :

  • Eviter les canettes, les boîtes de conserves, les poêles anti-adhésives.
  • Eviter les contenants en plastique. Pire : réchauffer un produit au micro-ondes dans un contenant en plastique est dangereux. La chaleur entraîne la libération des composés du plastique, d'autant plus que le contenant est vieux ou que la nourriture est acide, comme les tomates. 
  • Manger bio.
  • Limiter les cosmétiques. On est vite à 5 ou 6 cosmétiques par jour, entre le savon, le shampoing, la crème hydratante... Supprimer un ou deux produits peut déjà diminuer la quantité de perturbateurs endocriniens dans le sang.
  • Pour contrebalancer certains effets des perturbateurs endocriniens, on peut courir ! Courir ou marcher régulièrement permet en effet de compenser l'action des perturbateurs endocriniens sur la santé et la croissance des neurones de l'apprentissage et de la mémoire.
  • Certains aliments pourraient aussi avoir un bénéfice sur l'organisation de l'ADN, mais c'est encore au stade expérimental. 

Comment se passe l’élimination des perturbateurs endocriniens ?

Certaines substances comme le bisphénol A sont éliminées en quelques heures. Mais l'effet qu'elles auront eu avant d'être éliminées pourrait perdurer pendant plusieurs générations. D'autant plus qu'on y est exposé tous les jours.

Certains perturbateurs s'accumulent ainsi dans la graisse du cerveau, pour toute la vie, une fois qu'on y a été exposé.

Très tôt dans la vie, il y a un phénomène de programmation. Des connexions s'établissent au niveau du cerveau. Une fois faites, on ne peut plus revenir en arrière. D'où l'importance de la prévention pendant cette période.

Retrouvez l’entretien intégral ici

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