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Comment aider son enfant à trouver sa place dans la fratrie

"C’est elle qui a commencé !", "C’est mon jeu, pas le tien", "T’es plus ma sœur"… Les disputes entre frères et sœurs sont courantes, tous les parents de fratrie peuvent en témoigner ! Ce n’est pas toujours simple de les gérer, et en tant que parents, on rêve de faire naître des beaux liens, une belle complicité entre ses enfants ! Comment favoriser des relations apaisées et harmonieuses entre frères et sœurs ?


C’est le thème du livre de Véronique Maciejak, romancière, auteure en parentalité, formée au coaching parental, à la Communication Non Violente, à l’approche empathique et à la discipline positive.

1, 2, 3, frères et soeurs - Résoudre les conflits entre enfants, aider chacun à trouver sa place et à construire des liens forts est publié aux Editions Eyrolles, collection Parents au top. Ce livre propose de se déstresser par rapport à des conflits qui reviennent sans cesse, des thématiques pour lesquelles on n’a pas toujours de réponse, et de mettre en place des petites choses, des petits exercices.

"Mais il ne faut surtout pas se mettre la pression, l’imperfection en tant que parent, c’est essentiel. Nous sommes là pour montrer l’exemple. Et montrer l’exemple, c’est aussi montrer qu’on est faillible, qu’on n’arrive pas à tout faire, qu’on reconnaît ses erreurs et qu’on apprend tous les jours."


Cohésion et individualité

Dans une fratrie, il y a deux grandes thématiques à respecter : tout d’abord faire une belle cohésion de groupe, mais aussi respecter les individualités.

L’aîné a une position particulière parce qu’il a eu pendant un certain temps ses parents pour lui tout seul. Ce n’est pas évident pour lui de voir quelqu’un d’autre arriver. "Heureusement, une grossesse, ça dure 9 mois et ce temps est bien nécessaire pour pouvoir apprivoiser ce petit frère ou cette petite soeur qui va arriver."

Il ne faut pas oublier l’aîné et il faut lui faire comprendre que l’amour ne se divise pas. Car c’est souvent l’image que l’enfant a et il a peur d’être moins aimé. Dans son livre, Véronique Maciejak donne un petit outil : l’image d’une flamme. Avec une flamme, une bougie, on peut allumer plein d’autres bougies sans que l’énergie soit divisée. C’est cela qu’il faut expliquer à l’enfant : l’amour ne se divise pas, il se décuple.

En revanche, il faut être réaliste, vous allez avoir moins de temps ! Il faut donc être honnête avec l’enfant, il y a des choses qui vont changer. Véronique Maciejak propose que l’aîné puisse dire quelles choses sont importantes pour lui, qu’il ne souhaite pas voir changer. On peut en discuter ensemble et trouver des stratégies pour qu’elles ne bougent pas.
 

Comment amener les enfants à exprimer leur ressenti ?

"L’expression des émotions, c’est quelque chose de très important, souligne Véronique Maciejak. Accepter les émotions. Même si un petit ne parle pas. Les enfants, très jeunes, ont des émotions décuplées. Quand ils sont en colère, c’est une tornade. Quand ils sont tristes, ils sont dévastés. Parce que dans leur cerveau, tout ne s’est pas encore mis en place comme chez l’adulte. Dès petit, on peut apprendre à un enfant à exprimer ses émotions. A nous de les accepter.

Quand un enfant pleure, surtout ne jamais lui dire : non, ne pleure pas, ça va s’arranger. Non, la tristesse est là pour effacer une peine, il faut que les larmes coulent. Donc on dit à l’enfant : viens dans mes bras, viens donc pleurer. Tu as été triste, tu as été peiné. Tu n’as pas encore les mots pour me dire pourquoi, mais déjà, pleure, vide-toi."

Quand on annonce à un aîné qu’il va y avoir un nouvel enfant, il peut avoir des réactions très variées : certains vont sauter de joie, d’autres seront dévastés, d’autres encore seront en colère et ne comprendront pas. Peu importe, il faut accueillir toutes ces émotions et se dire qu’on va avoir 9 mois pour préparer tout ça !
 

La notion de partage

Avant deux ans, un enfant, quand il a un jouet dans les mains, va penser que c’est à lui. C’est une notion essentielle à expliquer à l’aîné : "Ton frère pour l’instant n’a pas la capacité de comprendre que cet objet t’appartient. Il l’a dans les mains, il croit que c’est à lui."

Cela ne résout pas le problème, mais au moins l’aîné comprend ce qui se passe dans la tête de son petit frère. Après, concrètement, que peut-on faire ?

Véronique Maciejak propose de dire à l’aîné : "Quand tu apportes des jeux près de ton petit frère, on va dire que ce sont des jeux que tu es OK de lui prêter. Il a l’autorisation de les prendre, parce qu’on ne pourra pas l’en empêcher. Si tu n’es pas d’accord de les lui prêter, mets-les en hauteur ou joues-y dans ta chambre, dans ton espace réservé à toi."

Si le petit a pris en douce un objet adoré du grand, il faut alors jouer le coup de la diversion, avec un autre objet qu’on va faire semblant de montrer au grand et qui va alors sembler au petit beaucoup plus intéressant !
 

Apprendre à se connaître

Pour favoriser la cohésion de groupe au sein de la famille, Véronique Maciejak recommande un outil souvent utilisé en discipline positive : le TEF, le temps d’échange en famille. On se retrouve tous ensemble et on commence par un tour de célébration. Chacun va dire un petit mot de remerciement ou d’encouragement à un autre membre de la famille. Par exemple : "merci d’avoir joué avec moi", ou "merci de m’avoir prêté ton jouet" ou "tu es super doué au foot et je t’admire".

"Et c’est hyper nourrissant pour les deux parties. Celui qui donne, parce qu’il fait un cadeau, et celui qui reçoit, parce que ça réchauffe le coeur. Et c’est super pour créer une cohésion de groupe !"

Le jeu du miroir permet de montrer aux parents que l’essentiel, c’est ce qu’on fait et pas ce qu’on dit. "Il faut être cohérent, que vos actes soient corrélés avec ce que vous dites. Si vous voulez que votre enfant soit poli, respectueux avec son petit frère, qu’il parle avec des jolis mots, qu’il soit optimiste, persévérant, etc… soyez-le, incarnez-le, faites-le !"

La difficulté d’être parent d’une fratrie, c’est que bien souvent on est énervé, et qu’entre la théorie et la pratique, il y a parfois une marge. Dans ce cas, il y a un formidable outil, c’est l’excuse : aller vers ses enfants et reconnaître qu’on s’est énervé et qu’on ne prend peut-être pas assez soin de soi.

Véronique Maciejak recommande de prendre soin de soi, car être parent, être parent d’une fratrie, c’est un véritable défi. Et pour faire au mieux, il faut s’aménager du temps rien que pour soi.

 

Faut-il intervenir dans les disputes des enfants ?

La majorité des disputes sont là pour attirer l’attention du parent, parce que l’enfant s’ennuie, parce qu’il a envie qu’il s’occupe de lui. Et souvent, si on quitte la pièce, on se rend compte que les enfants ne se disputent plus. Il n’y a plus d’intérêt, vous n’êtes plus là.

Pour les autres disputes, souvent on a envie d’intervenir.

Mais un conflit, quand il est sain, quand on s’explique, c’est super, cela permet d’exprimer son individualité, ses besoins. Un conflit peut apporter plein de choses, chacun argumente, fait preuve de créativité.

En tant que parent, il y a quand même des choses à cadrer. A partir du moment où il y a des gros mots qui fusent, de l’humiliation, de la violence physique, il faut dire : stop, vous ne vous parlez pas correctement. On peut utiliser la CNV, la communication non violente, pour discuter ensemble.


La communication non violente

La CNV, ça commence par observer et d’abord poser les choses : "Oh ! Je vois deux enfants qui se disputent parce qu’ils veulent jouer avec le même jouet".

Vous invitez ensuite les enfants à poser leur ressenti, à exprimer ce qui se passe pour chacun : je suis attristé, je suis étonné, je ne comprends pas, etc…

Puis on trouve le besoin qui se cache derrière : moi j’ai besoin de comprendre, moi, j’ai besoin de m’amuser, j’ai besoin de clarté ou j’ai besoin d’écoute.

Une fois que chacun a posé tout cela sur la table, a parlé en 'je' plutôt qu’insulté l’autre, on va essayer de trouver des stratégies qui peuvent convenir à tout le monde, un consensus qui satisfait tout le monde, que ce soit pour un jouet, pour la télé ou pour tout autre chose.

Cela fait marcher la réflexion, l’empathie, l’affirmation de soi, la recherche de solution, souligne Véronique Maciejak.

 

Ecoutez l’entretien complet ici

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